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Vous êtes animal – un théâtre de son temps

Critique de la pièce Vous êtes animal au Théâtre de Quat’Sous

Vous êtes animal
Crédit photo : Danny Taillon

Par : Annie Dubé

Sur les planches du Quat’Sous, le prolifique Jean-Philippe Baril Guérard et la troupe du Théâtre Le PàP présentent jusqu’au 11 février 2023 la pièce Vous êtes animal. Campé de manière anachronique dans un nouveau milieu, ce documenteur des arts vivants raconte l’histoire de Charles Darwin à partir de vrais faux témoignages. Vous me suivez? Non? Ce n’est pas grave, c’est un peu le tournis souhaité pour vous faire perdre vos repères historiques, car on entre dans une certaine dystopie inspirée par le réel.

D’entrée de jeu, la question que pose l’œuvre mérite réflexion : comment Darwin se serait-il adapté à notre époque, si sa théorie sur l’origine des espèces avait paru en 2022 plutôt qu’au 19e siècle? Disons qu’on ne peut que tomber dans l’invention pour l’imaginer.

Quat’Sous
Crédit photo : Danny Taillon

Darwin, PQ

Cette distribution pleine de cordes à son arc a le mérite d’être talentueuse, mais aussi habile de ses mains avec un tempo bien rodé. Les acteurs sont, en quelque sorte, l’équipe technique responsable de l’audiovisuel du spectacle, se filmant parfois alors que de multiples caméras captent les images, dans les coulisses ou derrière la scène, dans cet espace visible, mais voilé. On a alors l’impression d’être dans un métavers théâtral. Un 360 dans notre esprit de spectateur se forme et contribue à jouer avec les frontières entre le vrai et le faux et la viralité de l’époque.

Ces acteurs d’une belle diversité forment un tout solide, et plusieurs d’entre deux passent d’un rôle à un autre de manière fluide. Nul ne peut douter de leur talent d’interprètes.

pièce Vous êtes animal
Crédit photo : Danny Taillon

Élément intéressant : avec une bonne dose de personnages anglophones et une traduction parfois un peu effacée sur un projecteur, certains membres du public pourraient perdre le fil de ce collier de perles bilingue, qui ajoute toutefois une pluralité et un universalisme à cette fiction qui prend vie dans un environnement québécois.

La question qu’explore cette œuvre est assurément d’intérêt, ainsi que les moyens qu’elle prend pour le faire. La pièce passe très vite malgré sa durée (1 h 40), et plusieurs moments sont à la fois hilarants, et composés de tours de force au point de vue de la mise en scène.

Quat’Sous - pièce
Crédit photo : Danny Taillon

Léger bémol, les quelque dernières secondes avant la tombée sur rideau laissent un arrière-goût de facilité pour boucler la boucle. À mon avis, ce moment est inégal avec le reste du spectacle, et le public a hésité une seconde ou deux avant d’applaudir : il n’aurait pas su sans que les lumières s’éteignent, comme c’est parfois le cas lorsqu’il est déstabilisé.

Plus l’histoire avance, et plus la scène semble recouverte de peaux d’animaux. Est-ce là une sorte de déshumanisation, ou un rappel de l’animalité humaine? Chose certaine, Darwin n’est plus l’homme qu’il était! La réalité était-elle réellement plus simple à son époque? On ne peut qu’admettre que rien n’est moins sûr, il faudrait lui demander ce qu’il en pense!

troupe du Théâtre Le PàP
Crédit photo : Danny Taillon

Il aurait probablement passé une intéressante soirée à y réfléchir, en tout cas. Pour vous procurer des billets pour cette pièce unique, c’est par ici.

Interprétation : Jean-Philippe Baril Guérard, Isabeau Blanche, Lyndz Dantiste, Laurence Dauphinais, Harry Standjofski et Phara Thibault

Photo de couverture : Danny Taillon

 

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