Ne m’oublie pas

La limpidité du souvenir qui s’estompe

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© Caroline Laberge

Par Sébastien Bouthillier

Comment se rappeler d’événements oubliés? La mère qui abandonne son enfant en adoption préfère oublier. D’ailleurs, elle a refoulé son geste en brodant un tissu de justifications l’excusant, mais en nourrissant aussi l’espoir que son fils grandirait dans de meilleures conditions que celles qu’elle pouvait lui offrir.

L’amour maternel transcende pourtant la situation matérielle. En incarnant Marie, Louise Turcot représente l’incrédulité de la mère qui apprend que son fils vit et qu’il souhaite la retrouver une cinquantaine d’années après qu’elle l’eût confié à l’adoption.  Quelques souvenirs lui reviennent, elle les a entretenus toutes ces décennies.

Beaucoup d’incertitude place cependant, car il est permis de douter de l’authenticité de la mémoire sur une aussi longue période. L’espoir et les remords influencent aussi le récit des souvenirs qu’elle conserve de son fils, Gerry. François Papineau a oublié, car il a quitté trop tôt sa maison d’enfance et sa génitrice pour que leurs souvenirs aient gravé sa mémoire.

En effet, l’irascibilité de Gerry transpire par son impatience, sa grossièreté et sa violence.  Il se défoule sur le mobilier et submerge dans l’alcool son passé jusqu’à ne plus savoir pourquoi. Il n’a pas été confié en adoption « à une bonne famille de Liverpool », comme sa mère l’a cru.  Elle a été trompée, il a été embarqué pour l’Australie, dont le gouvernement menait la politique White Australia (pour laquelle elle a présenté ses excuses officielles en 2009).

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Découpée en cinq, la scène évoque les lieux de la mémoire, généralement semblables, mais différents dans les détails et le temps. L’espace entre eux devient les zones vides qu’emplit l’oubli.  Gerry et Marie se rencontrent au centre de la scène. À moins qu’ils imaginent se rencontrer. Gerry et sa fille Nathalie (Marie-Ève Milot) embarquent pourtant dans le premier avion dès que Marc (Jonathan Gagnon) les avertit qu’il a trouvé le certificat de naissance de Gerry dans les archives britanniques…

Frédéric Dubois signe cette saison encore une mise en scène chez Duceppe, après Ils étaient tous mes fils. L’an passé, il a aussi mis en scène Five Kings, l’histoire de notre chute, la fresque de cinq heures, présentée à l’Espace Go. Fanny Britt a traduit cette pièce de l’Australien Tom Holloway.

Ne m’oublie pas, au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 25 mars.

Crédit photos: Caroline Laberge

Texte révisé par : Matthy Laroche

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