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Albertine en cinq temps – L’opéra: une powerhouse féministe

Une femme et toutes ses vies

Photographe Véronique Duplain.

Par : Lucia Cassagnet

Basé sur la pièce de Michel Tremblay, Albertine en cinq temps – L’opéra est présentée au Théâtre du Rideau Vert cette semaine, une production de la compagnie 10 Avril en collaboration avec l’Initiative femmes de la Banque Scotia. L’équipe composée de Nathalie Deschamps à la mise en scène, Catherine Major à la composition, Marie-Claude Roy à la direction musicale, et d’autres femmes encore, offre cette adaptation de la pièce parue originalement en 1984.

Les cinq musiciennes qui donnent vie aux harmonies sont Marie-Claude Roy (piano), Mélanie Vaugeois (violon), Élise Poulin (cors anglais), Annie Gadbois (violoncelle), Anaïs Vigeant (contrebasse). Albertine, personnage à la fois figé à travers les décennies et vieillissant, est interprété par Catherine St-Arnaud (30 ans), Florence Bourget (40 ans), Chantal Dionne (50 ans), Monique Pagé (60 ans)et Chantal Lambert (70 ans). Les Albertines sont accompagnées par Marianne Lambert dans le rôle de Madeleine, sa soeur.

Une histoire toujours présente

L’œuvre de Michel Tremblay n’offre pas une voix aux femmes, mais bien cinq, car la protagoniste est en constant dialogue avec elle-même dans le présent et le passé. «Bertine» à 70 ans, se retrouve toute seule, la première nuit de sa nouvelle vie dans une chambre typique d’un CHSLD québécois. Elle est angoissée, il n’y a qu’elle pour lui tenir compagnie. Grâce aux Bertines de son passé, la septuagénaire revient sur sa longue vie en tant que femme au Québec.

De la rage, de la culpabilité, de la rancœur, de la méfiance. La pièce explore tous les états d’âme que cette femme a vécu à travers les ans et garde, à ce jour, avec elle. La robe de Bertine à 70 est composée des tissus de toutes ses versions précédentes, complétant le personnage, illustrant leur unité tout en démarquant la différence.

Le décor, très simple, offre une scène relevée avec les musiciennes en arrière, une grande lune qui passe du bleu au rouge durant la pièce, tout en se balançant lentement, et des petits cubicules cachés par des portes qui s’ouvrent pour découvrir les Albertines. Les lumières de bleu et de mauve qui illuminent les artistes durant l’heure et demie que dure la pièce accentuent les moments en chœur avec la musique.

La modernité au théâtre

Photographe Véronique Duplain

Ce premier opéra en joual est une expérience musicale divertissante, attendrissante et parfois difficile et sérieuse. Les parties davantage sombres sont entrecoupés par l’humour de la Bertine à 60 ans qui insère des répliques familières et cocasses. Lors des moments chantés, les cinq interprètes principales réussissent à s’unir et démontrer une continuité entre elles-mêmes tout en gardant leurs propres identités.

La narration dévoile les périodes difficiles, passant du moment où Thérèse, fille la protagoniste, a des rencontres avec des hommes à l’âge de 11 ans, jusqu’à la libération féminine à 50 ans au Parc Lafontaine, tout en introduisant la dépendance aux « pilules » à 60 ans.

L’alternance entre le théâtre davantage classique et l’opéra, ponctué par de courtes chorégraphies, présente une œuvre innovatrice. La mise en scène de Nathalie Deschamps met de l’avant la langue d’ici dans une mélodie d’opéra. C’était un défi que l’Alberteam a relevé avec assez de succès.

Ce projet, féministe du fait de sa thématique, son équipe et sa mission, a accueilli une salle remplie de femmes et d’hommes, qui a reçu des applaudissements retentissants durant plusieurs minutes lorsque le dernier projecteur s’est éteint.

Il y a encore quelques représentations de la pièce au Théâtre du Rideau Vert jusqu’à la fin de la semaine, puis la tournée se poursuit au Québec en 2023.

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