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Vernon Subutex 1

Un air de Punk rock à l’Usine C

Vernon Subutez à l'Usine C
Crédit : Photo officielle

Par : Cyriel Truchi-Tardivel

Voila que la metteuse en scène Angela Konrad s’attèle au dernier grand succès de Virginie Despentes, la trilogie de l’histoire dramatique, rocambolesque, cruelle et mystique de Vernon Subutex.

La première mondiale se joue le 14 juin 2022 à l’Usine C, une salle de spectacle toute convenue pour cette adaptation. Jusqu’au 22 juin, se sera la version du tome 1 qui sera présentée au public montréalais.

Un défi de taille, et ce, pour de nombreuses raisons ! Adapter à la scène une histoire aussi complexe, présentant de nombreux personnages, le tout en quelques heures, n’est pas chose aisée. Rendre hommage au monstre de génie qu’est l’autrice Virginie Despentes est une tache ardue. Répondre aux attentes des amoureux de l’univers de Despentes, tout en créant des scènes relatant à la fois de l’horreur décrite dans les romans et acceptable à soutenir du regard de la part du spectateur, la tâche se complique grandement. Et surtout, rendre au public québécois l’univers contemporain d’un peuple français en souffrance tout en intéressant le-dit public, … cela serait presque mission impossible.

Vernon Subutez à l'Usine C-2
Crédit : Photo officielle

Et pourtant, Angela à réussi ce pari.

A ceux.lles qui ne connaissent pas Virginie Despentes, courez découvrir son univers. Autrice française punk, féministe, humaniste, engagée et enragée ; les vies naissantes de sa plume sont les destins de ceux.lles dont on ne parle pas. Les marginaux, les exclus.es, les oublié.e.s, les paumé.e.s, les gens brisés. C’est une réalité crue qu’elle dépeint sans compromis et avec une grande justesse. Dans l’œuvre de Despentes, on découvre une France fatiguée d’être abusée par les gens au pouvoir, on y découvre des personnes qui font fi de tout humanisme pour leur seul plaisir, des personnes devenus les dégâts collatéraux de l’attitude égocentrique des autres, ceux.lles qui tombent dans des idées extrémistes à force d’observer l’injustice, des rêveur.se.s, des abandonné.e.s et des êtres rempli de lumière. C’est beau, c’est choc, c’est vrai.

C’est tout cela qu’Angela Konrad a voulu partager au public québécois. Installée depuis plus de 10 ans au Canada, elle est une habituée de l’Usine C. Très impliquée dans le paysage artistique québécois, à la tête de La Fabrik, elle sera bientôt la directrice générale et artistique de l’Usine C.

Sa mise en scène du premier volet de Vernon Subutex est un énorme travail.

Vernon Subutez à l'Usine C-3
Crédit : Photo officielle

La scénographie est très intelligente. Le mobilier fixe d’un appartement (canapés, lit, table, frigidaire,…) nous entraine tour à tour dans les différents espaces de l’histoire. Astuce malicieuse, la projection numérique sur le cyclorama (immense toile blanche en fond de scène), permet la projection d’intérieurs différents, se promenant dans des appartements luxueux avec vue sur la scène, au petite chambre plus modeste, voir même à des taudis. Oui, la projection au théâtre est très à la mode, mais Angela Konrad l’utilise à bon escient.

Tout comme la musique, qui de base est très présente dans l’oeuvre de Despentes, est choisie avec soin. Du punk, du rock, du hardcore, Motörhead, Bad Brain, Patti Smith, Nina Hagen, … quel plaisir de les entendre à fond dans une salle de théâtre. Des artistes et une sonorité particulière qui ont marqués des générations.

D’ailleurs, c’est bien de cela dont il est question, d’une génération en particulier. La génération de Vernon, celle des années 70/80, qui sont quinquagénaires (voir plus) et qui prennent conscience qu’aujourd’hui il.elle.s sont désilusionné.e.s, perdu.e.s et surtout bien loin de ce qu’il.elle.s révaient de devenir.

Vernon se retrouve à la rue. Après des années à briller de l’aura du disquaire banché du magasin « Revolver », il tente encore désespérément de s’illusionner sur le fait qu’il ne possède rien et à même tout perdu. S’en suit une odyssée de retour au contact avec les ami.e.s d’antan. Et avec ces reconnexions, survient une histoire troublante. La mort d’Alex Bleach. De là, tout un canevas de personnages, de situations, de rencontres et de secrets va se créer au fil de l’œuvre.

Mais durant ces 3 premières heures de spectacle, c’est uniquement le premier volume de la trilogie qui est abordé. Il faudra patienter pour la suite.

David Boutin - Vernon Subutez
Crédit : Photo officielle

Adaptation réussie, avec un casting admirable !

L’interprétation des acteur.rices de « Vernon Subutex 1 » est magistrale. Il.elle.s se donnent entièrement dans chaque personnage incarné (et chaque artiste, hormis David Boutin qui incarne Vernon, interprète plusieurs rôles, parfois très opposés). L’introduction des personnages centrales de l’histoire se fait par des monologues. Certains sont drôles, même loufoques, ce qui régale le public ; d’autres, à l’image typique des personnages de l’univers de Despentes, sont incisifs, violents, et difficiles à entendre. Dans toute cette panoplie de vie, les artistes restent constants et vrais.

Certaines adaptations ont été réalisées spécialement pour le public québécois. Légèrement décontenançant au début, ce mélange des 2 cultures finit par être intégré complétement et ne dérange pas à l’adaptation de l’oeuvre originale.

Même si certaines personnes du public ne comprennent pas toute la complexité, la diversité et la réalité du peuple français dépeinte dans cette œuvre, ni même toute l’histoire assez complexe , le public se retrouve dans les portraits présentés. Et les situations cocasses apportent une brise légère dont le public s’abreuve avec délectation.

Il n’est pas dit que tout le monde soit conquis par l’adaptation théâtrale de « Vernon Subutex 1 » de Angela Konrad, mais pour ceux et celles qui ont adoré, vivement la suite !

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