Philippe Brach : «Le Show Chié»… pas si chié que ça!

Changement de salle, ambiance chaotique, mais un artiste à son apogée

©Maryse Phaneuf/MatTv.ca

Par : Myriam Bercier

Lundi le 14 octobre 2019, les fans de Philippe Brach avaient rendez-vous au Club Soda pour un spectacle spécial, Le Show Chié. Mais, coup de théâtre, les spectateurs se sont cognés le nez sur un portier leur expliquant que «Philippe Brach n’a pas payé le dépôt de la salle». Ils sont donc redirigés vers Les Foufounes Électriques. Dans la salle, une ambiance est un peu chaotique : les spectateurs semblent tous hébétés, les tests de son sont encore en cours et la table de marchandise qui devrait offrir des objets à l’effigie de Philippe Brach offre un capharnaüm des plus éclectiques, qui ne sont rien de moins que des objets rassemblés par le directeur de la maison de disque de l’artiste, qui doit faire une vente de garage pour se refaire un peu d’argent. Ce manque d’argent est présenté pour la première fois dans la vidéo de promotion de cet événement. «On te remercie de vendre les disques d’or qui étaient sur les murs…», lance Brach.

C’est avec vingt minutes de retard que se présente un Philippe Brach avec des vêtements sales, sans soulier. Il passera le spectacle à emprunter des vêtements aux spectateurs, expliquant qu’il avait un costume à 15 000 euros dans sa loge au Club Soda, mais que ces derniers refusent de le laisser entrer pour aller le chercher. Il nous explique que le  Club Soda a refusé de lui ouvrir à cause d’un manque de paiement. Il se doit donc de se débrouiller avec ce changement de salle imprévu, et se permet de conseiller les éclairagistes sur ce qu’ils doivent faire, se justifiant par le fait qu’ils n’ont pas eu le temps de se placer. Il faut tout de même lever notre chapeau aux artisans de l’éclairage Sébastien Pednault, Gabriel Fournier El-Ayachi et Xavier Dubois, qui ont manié les éclairages de main de maître.

Les éclairagistes ne seront pas les seuls à être repris par le chanteur, son guitariste aussi y passera : alors qu’ils s’apprêtent à jouer Nos Bleus Désirs, ledit guitariste se trompe de tonalité, ce à quoi Philippe rétorque:  «JC ici a juste joué la gig 200 fois, y’a pas regardé ses affaires. On va la faire d’une autre façon alors!», offrant ainsi une nouvelle version de cette chanson, qui ne déplaît pas au public.

Ce ne sera pas le seul moment musical surprenant. En effet, la populaire Alice se verra transformée en mash-up avec l’iconique Mes blues passent pu dans’ porte d’Offenbach. À la fin de la chanson, Philippe exprime son incompréhension face à ce qui vient de se passer, puis son band recommence à jouer l’air de Mes blues passent pu dans’ porte, ce à quoi il répond par un micdrop bien senti. Par la suite, un joueur de saxophone arrive sur scène pour offrir le solo bien connu de cette chanson. Il prend de plus en plus de place, jusqu’à ce que tous les musiciens quittent la scène, et que Philippe Brach doive utiliser la force pour le sortir.

Un peu plus tard, un spectateur demandera à l’artiste d’interpréter Ravin, ce qui n’est pas au programme de la soirée et que Philippe Brach semble avoir oublié. Il fait monter le jeune homme pour qu’il la joue à la guitare et l’interprète avec lui. Quelques chansons plus tard encore, tous les guitaristes de Philippe Brach (il en a quatre avec lui à ce moment) éprouvent des problèmes avec leur guitare 12 cordes au moment d’interpréter Ressac sur ta peau. Puis, tout d’un coup, le son fonctionne à nouveau pour tous, et Philippe s’exclame «on va la faire en 48 cordes!». Chaque musicien y va de son interprétation personnelle, de sa petite touche musicale, se relayant, illustrant la belle complicité qui les unit. L’artiste n’est pas du même avis : «ça fait 5 ans que je suis pogné avec ces gars-là! Imaginez!», s’exclame-t-il.

Il se fait ensuite sortir violemment de la scène par le portier du Club Soda, à la grande surprise du public. Il est remplacé par VioleTT Pi, qui affirme que c’est «son show» maintenant. Sa version de Crystel, qui se termine sur un long scream bien senti, a convaincu assez rapidement le public. Vient ensuite Raphaël Pépin-Tanguay et Julie-Anne Miquelon, deux jeunes artistes que l’on a pu voir à Secondaire en Spectacles, vêtus de kimono. Ils offrent une version toute en douceur et en beauté de Tu voulais des enfants.

Ce spectacle a connu des ratés bien volontaires, qui ont causé de beaux moments, notamment lorsqu’une fumée épaisse (serait-ce l’ampli, qui est aussi un frigo rempli de bière, qui aurait brisé?) envahi la salle de spectacle. À ce moment, la scène accueille nul autre que Philippe Fehmiu, qui est là pour animer la foule en lançant des chandails dans la salle.

Vers la fin du spectacle, Philippe Brach nous apprend qu’aucun festival n’avait voulu de son concept de spectacle, croyant que les gens ne comprendraient pas le changement de salle et qu’ils n’iraient pas. La seule salle de spectacle qui ait accepté est le Club Soda. Il prend donc la peine de remercier chaudement les gens de le suivre dans ses folies : l’artiste originaire de Chicoutimi n’en est pas à son premier spectacle spécial, rappelons notamment la soirée nippone, lors de laquelle il avait refait son spectacle mais avec des instruments japonais; sa participation au 375e anniversaire de Montréal, Ma ville Mon ange, marqué par ce moment où il a chanté sur un taureau mécanique; Bienvenue à Enfant-Ville, qui a accueilli Carmen Campagne pour quelques chansons et Boum Dang Sangsue, qui s’est déroulé à la Maison symphonique de Montréal.

Il clôture son spectacle en disant que l’on se revoit dans quelques années. Lorsque les gens lui demandent un rappel, il revient dire «Vous voulez un rappel? Bin ça sera pas moi, je suis déjà à la retraite !», et il laisse la place à une DJ qui finit la soirée avec l’album Bienvenue à Enfant-Ville.

Philippe Brach semble avoir la tête pleine de nouveaux projets, ce qui nous permet de se demander ce que l’avenir nous réserve avec cet artiste plein de surprises?

Crédit photo : ©Maryse Phaneuf/MatTv.ca

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