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OSM : Rafael Payare et la troublante Symphonie no 8 de Chostakovitch

Les profondeurs et les hauteurs de la civilisation jouées avec brio par l’OSM

Orchestre
Crédit photo : Antoine Saito

Par : Annie Dubé

J’admire les critiques et analyses de Christopher Huss dans Le Devoir, mais vous remarquerez que mon appréciation de la musique classique est celle d’à peu près tout le monde, basée sur les émotions et ce que ces sons forment dans mon imaginaire. C’est avec cette perspective autre que j’ai vécu l’incroyable expérience d’un concert de l’OSM encore une fois ce 6 mars 2024, alors que le chef Rafael Payare et ses musiciens d’orchestre nous plongeaient dans les profondeurs abyssales de la Symphonie no 8 de Chokatovitch.

La magie des sens a opéré comme les autres fois, me laissant surtout avec une force de vie comme souvenir de la soirée musicale.

La poésie musicale qui naît entre la détresse et la beauté du monde

C’est avec l’effet des sombres ténèbres dramatiques que le tout commence alors. Puis rapidement, on s’élève aux sommets tendus, les cris des archets qui nous hantent encore le lendemain. Errances entre le bas-fond des profondeurs de l’âme humaine et des pics de nos espoirs en lévitation. Entre basses et hautes fréquences, nos oreilles sont portées vers un tourbillon qui valse son chaos sonore, équilibré par la démesure du monde.

OSM
Crédit photo : Antoine Saito

Accélérations, sursauts, saccades : un feu roulant d’émotions mixtes prend forme dans notre corps, alors qu’il est figé par l’attention qui se transforme lentement en hypnose.

Comme un rave techno psychotronique… mais meilleur. Nécessitant une rapidité d’exécution et une agilité des muscles musicaux, sans doute, la Symphonie numéro 8 du compositeur dont je n’avais jamais entendu le nom m’a fait me demander qui était responsable de cette force, de ce chant historique sans paroles. Les musiciens, le chef, ou alors le compositeur mort? Un peu tout ce beau monde, je le crois bien.

OSM Raphael Payare
Crédit photo : Antoine Saito

Pendant l’heure de la pièce de résistance de cette soirée de concert, où Beethoven ravissait nos tympans lors de la première partie, avec la Symphonie no 1 en do majeur, l’impression d’une énorme vague qui roule sur elle-même et qui s’effondre sur la rive des rochers d’une falaise de l’Humanité, comme un phoenix d’eau. Suis-je trop dramatique dans mon interprétation de l’œuvre? Ceux qui l’ont entendue mercredi avoueront que non.

Je vais le redire. Avec nos nids de poule et notre métropole en déclin, nous sommes chanceux d’avoir Payare qui se donne corps et esprit dans la métropole.

Qui s’ennuie de Carey Price, quand on peut assister aux concerts de l’OSM et de ses musiciens prodiges dont on ne connaît pas le nom?

OSM - Raphael Payare
Crédit photo : Antoine Saito

On peut dire merci à tous ces talents pour une exploration sonore qui nous laisse non pas sans mot, mais plutôt, avec un infini paysage humain en tête. À vivre en présentiel, si possible, lors du dernier concert le 10 mars 14h30. Les billets sont disponibles sur le site Web de l’Orchestre Symphonique de Montréal.

Crédit de couverture : Antoine Saito

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