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Nadia Myre en solo au Musée McCord

Appropriation et réappropriation culturelles

expo myreVue de l’exposition
Courtoisie Musée McCord, Photo
©Marilyn Aitken

Par: Maude Nadeau

Au troisième étage du Musée McCord, Nadia Myre, artiste membre de la nation Kitigan Zibi Anishinabeg, reconnue pour son travail pluridisciplinaire et participatif portant sur les thèmes, entre autres, de l’identité et de la perte, présente Decolonial Gestures or Doing It Wrong? Refaire le chemin…., résultat de ses recherches effectuées dans le cadre du programme de résidence d’artistes du musée. Celui-ci convie l’artiste à puiser dans les collections du musée d’histoire afin d’y poser un regard neuf et critique. Les oeuvres créées dans le cadre de ce programme sont ensuite exposées temporairement.

Nadia Myre a choisi de travailler à partir de journaux féminins de l’époque victorienne où l’on retrouve des modèles d’artefacts autochtones, mocassins, sacs, paniers à reproduire facilement chez soi. Ceux-ci répondaient à la curiosité et au goût esthétique de la bourgeoisie de l’époque pour les objets exotiques. Les journaux que l’artiste a consultés étaient destinés à divertir les femmes bourgeoises et à les informer sur les questions d’économie domestique. L’artiste s’est intéressée aux gestes d’appropriation culturelle découlant de la pratique de recréation, hors de leur contexte, d’objets d’une autre culture. Elle a voulu se réapproprier cette culture qui est la sienne. Quatre instructions tirées des journaux lui ont été lues à voix haute en omettant tous les mots faisant référence au type d’objet à reproduire. Sans savoir ce qu’elle faisait, en l’absence de contexte, Nadia Myre a suivi les instructions. Une vidéo de 100 minutes montrant ses mains à l’œuvre, Acts that Fade Away, constitue le coeur de l’installation.  Entourant cette dernière, quatre postes d’écoute permettent d’entendre les consignes qu’elle a reçues. Au fond de la pièce, une impression numérique ( I worked Out Your Loss, 2016) montrent deux des  objets obtenus, soit un panier et une paire de mocassins. Dans la salle sont aussi exposés des artefacts autochtones, des photographies et des objets réalisés par des femmes d’après les modèles des journaux féminins dont quelques copies sont aussi exposées.

panier

Panier, Nadia Myre, 2015
© Courtoisie Musée McCord

« Les questions de l’authenticité culturelle, de la perte des techniques ancestrales et de l’appropriation sont ici abordées. Ce processus créatif permet de souligner les difficultés inhérentes à la reconstruction d’un héritage culturel en l’absence du paysage social, politique et culturel qui lui est propre. Je souhaitais faire refléter les conditions dans lesquelles les femmes de cette époque ont reproduit ces objets, révélant la décontextualisation des artefacts autochtones à de seules fins esthétique et décorative, en fonction de l’imagination et des principes victoriens. De la même façon, en me basant sur mes propres instructions, je réimagine ces objets en suivant un processus exploratoire d’essais et d’erreurs », déclare Nadia Myre. (source: communiqué de presse)

L’artiste souligne aussi le rôle du musée dans la décontextualisation des objets. Privés de leur environnement originel, ceux-ci sont souvent réduits à leur qualité esthétique. Leur authenticité est aussi remise en cause. Que faut-il juger authentique? Le sac perlé réalisé par une autochtone du passé? Celui d’une femme victorienne, ou celui d’une artiste issue des Premières Nations?

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Innue fabriquant un panier, Pointe-au-Pic La Malbaie, Qc, vers 1890
©Courtoisie Musée McCord, Jules-Ernest Livernois

L’exposition est simple et son potentiel réside davantage dans la réflexion qu’elle suscite que dans l’appréciation esthétique qui en découle. Le visiteur, en effet, est mené à se questionner sur ses propres gestes d’appropriation de la culture d’autrui, réduits parfois à quelques clichés et autres stéréotypes que l’on reprend souvent sans se questionner. La force de l’exposition se retrouve dans ce pouvoir de nous mener à remettre en question notre rapport à la culture de l’autre et à la nôtre, à travers ces gestes que nous avons nous-mêmes oubliés.

Decolonial Gestures or Doing It Wrong? Refaire le chemin… se termine dans trois semaines. N’attendez pas et réservez une après-midi puisque le billet d’entrée vous permettra d’accéder à l’ensemble du musée McCord.

Texte révisé par: Ambre Sachet.

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