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Danse urbaine à Montréal : la mal-aimée?

Battle Kiff your Style :  lutter contre les préjugés

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Par : Marilyn Bouchain

À en juger par la salle à moitié pleine du Club Soda en ce samedi 21 janvier, il semblerait que la danse hip hop ne soit pas aussi populaire dans notre belle métropole qu’en Europe ou aux États-Unis où, loin de la cantonner à l’expression corporelle de quelques délinquants à casquette, elle fait les beaux jours des amateurs de créativité et de prouesses, public familial et promoteurs de spectacles compris. Étonnant, lorsque l’on songe au nombre d’écoles de danse qui proposent cette spécialité en ville… Peu prisée du grand public généraliste, la danse urbaine à Montréal aurait-elle gardé son statut d’art underground? Les buts avoués de la team Kiff your Style « Rafraîchir l’image de la danse urbaine en défaisant les préjugés et les images préconçues de cet art » démontrent bien que cette discipline subit des a priori bien ancrés dans les esprits.

Dommage, car la relève hip hop d’ici démontre une belle vitalité qu’on aura pu apprécier lors de ces battles opposant des membres de crews en provenance des différents quartiers de Montréal et d’ailleurs (Paris, Los Angeles, New York, Toronto). Divisées en plusieurs sessions, les joutes chorégraphiques se sont enchaînées, entrecoupées d’exhibitions de Dance all et de danse urbaine de bonne qualité. Sans doute victimes du syndrome des « premiers à passer », les compétiteurs de la section « Popping » (danse à base de contractions des muscles et d’une combinaison de gestes fluides ou robotisés), fourniront des prestations dans l’ensemble très convenues, à quelques exceptions près, dans une ambiance amicale, mais un tant soit peu « studieuse », chaque concurrent semblant plus occupé à exécuter ses figures qu’à les vivre…

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Au passage des « AllStyles », deuxième catégorie de danseurs, l’atmosphère s’était rechargée en énergie et audace : diversité des styles de danse, avec notamment une prestation de tecktonik réactualisée et trois démos de (toujours très spectaculaire) Krump et des styles vestimentaires allant de la chevelure XXL de thrasher au look neo-geek ou BBoy de Londres. L’occupation de l’espace scénique est plus mûre, les figures au sol font enfin leur apparition; on ose se lâcher sur le dance floor, et la salle embarque! À noter le très faible pourcentage de participantes qu’on ne pourra que regretter. Néanmoins, on se réjouira de la mixité des battles, évitant l’écueil de confrontations monogenres.

L’élan était dorénavant pris pour les sessions suivantes « BBoys » et « hip hop » où les aficionados de Breakdance et de ses Power move (figures giratoires effectuées sur la tête, le dos ou les épaules) auront eu leur dose de virtuosités acrobatiques qui ont fait la réputation des danses urbaines en d’autres contrées. Un incident d’ailleurs viendra souligner le caractère sensible de la culture hip hop à Montréal et le souci omniprésent de ses défenseurs de « javelliser » une image de marque tributaire de la mauvaise réputation du Gangsta rap

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L’excellent BBoy Genesis (si ce n’est le meilleur) en fit les frais lorsqu’il se permit un « material » (geste traditionnel du krump, exempt de toute agressivité) en tirant, tout sourire aux lèvres, un pan du tee-shirt de son adversaire : admonesté d’un Do not touch the other dancer suivi d’un laïus sur le respect que se doivent les participants, le pauvre garçon s’est vu payer son geste de sympathique provocation par une défaite qu’il n’avait pas méritée…

Malgré ce quiproquo qui aura surpris les habitués des contests de hip hop, cet événement organisé par une équipe de passionnés mérite d’être soutenu et d’attirer un public curieux de découvrir de jeunes danseurs dont le mode d’expression, profondément contemporain, en perpétuelle évolution, est un des courants artitiques les plus marquants du XXe siècle et gageons-le, du XXIe siècle. Rendez-vous donc au Battle Kiff your Style 2018, soyez-y!

Texte corrigé par : Annie Simard

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