Exposer l’âme humaine

Spectacles d’Émile Proulx-Cloutier aux Francofolies 

Emile

©Véronyc Vachon/MatTv.ca

Par Maxime D.-Pomerleau

Émile Proulx-Cloutier vous invite dans son foisonnant univers au Gesù les 13 et 14 juin dans le cadre des Francofolies de Montréal. Après une centaine de spectacles de la tournée Aimer les monstres, les musiciens s’accordent beaucoup de liberté sur scène et le résultat est sincère et la symbiose avec le public opère.

Avec ce premier album, le prolifique artiste se montre à la fois drôle et vulnérable, donnant une voix à des personnages aux vies fracturées et aux destinées indécises qui jaillissent de son piano. Ils prennent vie dans une série de tableaux; se faufilant entre une taverne (Votre cochon se couche), une salle de bain où on dialogue avec Biz (Race de monde) pour se perdre dans Les cités grises. Au travers on y croise le vieil Auguste, Madame Alice et le petit Joey, que la nuit tient éveillé. Le spectateur se retrouve dans une sorte de cabaret de chansons françaises, à mi-chemin entre la musique et le théâtre.

Impossible de passer sous silence la relecture de Mommy, popularisée par Pauline Julien, plaçant cette fois-ci les Abénaquis au centre de ce mélange de science-fiction et de cri d’alarme. La voix chaude du chanteur contribue sans aucun doute à nous rendre moins sourds à leur situation. Les amateurs de Pierre Lapointe se retrouveront dans Le tambour de la dernière chance, qu’Émile sert dépouillée (d’ailleurs, Philippe Brault est derrière la réalisation de l’album et on remarque sa signature particulièrement sur cette pièce). Pour absorber la dose dramatique de ces moments forts du spectacle, on s’en remet à des pièces ludiques comme Le grillon et la luciole et La complainte du premier de classe.

On sent un peu trop la mise en scène derrière les anecdotes et histoires placées entre les chansons mais on peut difficilement en vouloir à l’homme de théâtre de vouloir s’assurer qu’on comprenne tous les mots qu’il a à nous livrer, ses épopées lyriques et ses messages politiques. On apprécie la langue d’Émile Proulx-Cloutier autant dans ses compositions que dans ses interventions, et on pense à Fred Pellerin pour les talents de conteur manifestes (même le tic de la main dans les cheveux y est!).

Aimer les monstres, c’est le genre de show qu’on voudrait enregistrer pour pouvoir se rappeler le moment, les paroles, la lumière et la poésie. Le show où toutes les deux lignes il y a une phrase qui allume une lanterne dans la tête, empoigne le cœur ou humidifie l’œil. Hâtez-vous, on m’a dit que les billets s’envolaient vite. Il faut le voir, ce spectacle vivant avec un public vivant et des artistes encore plus vivants. Parce qu’à travers ses mots et ses histoires, c’est plus d’une vie qu’Émile Proulx-Cloutier nous fait vivre.

Crédit photo pour la couverture : Rolline Laporte

#FrancosMTL

Écrit par

Geekette de la musique de champ gauche, passionnée de culture et de médias, animatrice radio, artiste en performance et petite voyageuse. Doyenne des collaboratrices de MatTv.ca!

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