On vous présente : Zen Bamboo

Zen Bamboo, une musique actuelle et introspective 

© Lian Benoit

Par : Myriam Bercier

MatTv vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. On continue, pour cette neuvième chronique, avec Zen Bamboo.

Zen Bamboo a vu le jour au Collège Durocher de Saint-Lambert, formé par Simon Larose, Léo Leblanc, Xavier Touikan et Charles-Antoine Olivier. Ils sont influencés majoritairement par Frank Zappa, David Bowie, Kurt Cobain, The Pixies, Malajube et Karkwa. Dans les dernières années, on a pu les apercevoir au Festival de Musique Émergente (FME), aux Francofolies, au Coup de cœur francophone et à M pour Montréal notamment. Partout où le groupe passe, leurs performances scéniques énergiques ne passent pas inaperçues puisque le but ultime de Simon Larose avec sa musique est de faire danser et pleurer le public en même temps.

Leur premier album, Glu, est paru le 27 mars 2020, réalisé par nul autre que Julien Mineau (le chanteur de Malajube). Avant ça, ils ont lancé en l’espace d’un an et demi quatre EPs Volume 1 : Juvénile, Volume 2 : Plus mature, plus assumé, Volume 3 : Carrière solo et Volume 4 : Retour aux sources. Le choix des titres illustre volontairement le parcours traditionnel d’un groupe. Glu est un album duquel émane «la lumineuse violence. L’urgence de la scène encapsulée sur disque, par de surprenants tours de production; un décapant amalgame du nouveau et de l’Ancien Monde» peut-on lire dans le communiqué de presse accompagnant la sortie de l’album.


© Photo de courtoisie

Lorsqu’on écoute Glu, on est frappé par la dualité très émotive des narrateurs, notamment dans les chansons Regretsdéchiré entre orgie et carême»), Xoxoxobrise et répare/viens et repars […] prends le temps qu’il faut/prends-en pas trop») ou encore Chimpanzéun nouvel état/entre confort et coma/ni chaud ni froid»). On peut également y sentir des notes de dichotomie entre le beau et le laid, la pulsion de vie et de mort, créant ainsi une représentation de la jeunesse actuelle. Par exemple, la chanson Xoxoxo offre une vision du contraste entre la sexualité moderne (souvent non protégée) et le fait de faire des enfants au 21e siècle. Certaines de leurs chansons trouvent écho dans la situation sanitaire actuelle, comme Dieu qui n’est rien de moins qu’un appel à Dieu face à une situation bizarre ou encore j'<3 vivre qui évoque la crise écologique planétaire.

J’ai donc eu la chance de rencontrer Simon Larose, le chanteur du groupe, pour une entrevue sur la plateforme Zoom (une première pour tous les deux). Il y a été question notamment de la banlieue, de méditation, de Kurt Cobain, de Karkwa et de Malajube.

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Simon : Je pense qu’on était tous de Saint-Lambert, on vient tous de la banlieue et c’était très plate. Je sais pas si toi tu viens de la banlieue mais tous les gens de la banlieue savent que y’a pas grand-chose à faire. Faut tu te trouves un moyen de te désennuyer pour ne pas perdre la boule. Nous, nos parents étaient tous un peu sensibles à la musique et très tôt on a eu des cours : moi j’ai eu des cours de piano, je pense que Léo en a eu aussi. C’est devenu notre exutoire très tôt. […] La guitare j’ai commencé ça plus tard, mais je pense que pour tous les membres du band, une fois qu’on a découvert ça, c’est devenu notre manière de ne pas devenir fou en banlieue.

Myriam : Considérant la longueur de certains de tes textes et le point auquel ils sont travaillés, qu’est-ce qui t’inspire le plus pour écrire?
Simon : Je me rends compte que je me mets à écrire quand je me mets à lire. […] Je pense que c’est très digestif mon processus créatif, donc c’est vraiment quand je vais être en contact avec une œuvre d’art qui va me chambouler que ça va enclencher le mécanisme. Surtout des romans. Au niveau de la musique c’est différent je pense que… Ah mais on parle juste des textes hein?
Myriam : Oui, mais tu peux y aller avec la musique aussi, tout est pertinent.
Simon : Au niveau de la musique, c’est vraiment l’inverse. Comme, je me mets à écrire quand je suis rempli de mots, que je lis et qu’il faut que je fasse sens de ce que j’ai consommé en le mettant dans mes propres mots, ou je sais pas comment le dire, en l’exprimant de ma perspective. Pour la musique, c’est l’inverse. Je compose quand je suis dans le silence longtemps. Comme tout le monde, quand y’a pas de musique tu te rends compte que tu te mets à chantonner pour remplir le vide. Je pense que pour la musique c’est ça. C’est quand j’ai pas écouté de musique. Quand on crée les albums, on écoute à peine de musique. Les mélodies naissent du silence. C’est paradoxal un peu. Les mots viennent du vacarme et la musique vient du silence.

Myriam : Pourquoi avoir choisi le nom de Zen Bamboo?
Simon : On était jeune et on voulait de quoi de bilingue qui était catchy. On voulait un Z. je pense qu’il y en avait plein, il y en avait avec zèbre, il y en avait avec zoo… Finalement on a opté pour zen. Là c’est bizarre y’a comme un vibe pleine conscience. T’sais quand tu cherches Zen Bamboo sur YouTube c’est des vidéos de 10h de bruits de chute, de musique de flûte pour faire dodo ou méditer. C’est bizarre un peu. Au final j’ai l’impression que c’est cabotin, et ça, ça me plaît. Je pense qu’un nom de band faut pas se prendre la tête avec les noms de band. J’aime le côté… comme au départ, la dimension spirituelle, un peu méditative à la chose on l’avait vraiment pas… c’était pas délibéré mais maintenant je suis content parce que y’a peut-être quelque chose d’un peu méditatif dans la musique qu’on a fini par faire. C’est mélangeant des fois, comme ma voisine était… quand j’habitais sur De Bordeaux, ma voisine était dans l’association Zen, elle faisait des partys de tablas et de chants hindous chez elle. Quand je lui ai dit que mon groupe s’appelait Zen Bamboo elle était comme «ah, wow!» et sans savoir la musique qu’on faisait elle était super intéressée. Clairement elle est allée écouter et elle m’en a pas reparlé parce que c’était pas ce qu’elle pensait que ça allait être. Je sais pas. Ça a donné lieu à cette anecdote-là. Aussi, à Saint-Lambert, il y a un resto asiatique qui est en face d’une boutique de linge. Le resto c’était Zen Asia et la boutique de linge c’était Bambou, et c’était sur la rue Aberdeen qui est la ville natale de Kurt Cobain. Drôle de coïncidence, on s’en est rendus compte 4 ans plus tard. Il y a clairement un lien avec Saint-Lambert et le grunge involontaire là-dedans, donc c’est cool. Les manteaux que tout le band portait quand on était jeune, c’était des vêtements cousus à la main par une madame à Saint-Lambert qui avait sa boutique. Moi j’en ai encore un, le vieux manteau Bambou de ma mère, c’est ce que je porte l’hiver. C’est drôle, y’a de quoi de familial dans tout ça.

Myriam : Je crois avoir compris que pour vous, les noms d’album, c’est de l’emballage. C’est ce que vous disiez quand vous parliez des titres de vos 4 EPs. Est-ce que tu peux m’expliquer ce que tu entends par emballage, parce que c’est pas très clair pour moi.
Simon : C’était vraiment le projet de quand on a fait les volumes, c’est pas ce qu’on a voulu faire avec le disque Glu. Pour les volumes on se disait que, c’était un peu de base comme réflexion, mais on se disait que le nom de band et le nom de l’album c’est un peu du marketing au final, c’est plus quelque chose qui va accrocher les yeux. Ça pourra jamais encapsuler fidèlement 40 minutes de musique avec huit mots. Mais c’est tellement de base comme réflexion. Je pense que la recherche d’un bon titre est une quête valable, valide et louable. On était un peu comme excessivement Entry level punk dans notre attitude à l’époque. Glu, pour moi, ça représente beaucoup, on l’a choisi avec soin notre titre. Je pense qu’au final ça découlait plus du fait qu’on l’assumait pas pleinement. Des EPs c’est moins engageant, moins compromettant de manière identitaire et artistiquement qu’un album j’ai l’impression. On avait envie de niaiser, donc on a niaisé. Au final je suis content de l’avoir fait. Mais pour l’album on n’a pas niaisé. Cette question-là, j’ai du mal à y répondre parce que je le pense plus.
Myriam : C’est bon. Écoutes, je voulais te poser la question pourquoi, dans ce cas, avoir choisi Glu comme titre de votre premier album? Tu dis que vous l’avez choisi soigneusement, qu’est-ce qui faisait partie de votre réflexion?
Simon : au début, c’était vraiment instinctif. Dès qu’on jonglait avec Glu et qu’on en parlait à des gens, tout le monde était frappé, et c’est dû à ce titre-là. La texture gluante, le rappel d’une esthétique 80s-90s genre Ghostbuster, le slime, le vert lime, le rose bonbon, l’écriture film d’horreur qui coule et tout ça. Au final, esthétiquement ça marchait et après je me suis rendu compte que ça encapsulait vraiment la perspective poétique de l’album parce qu’il y a un fluide corporel par chanson au moins sur l’album. C’est comme ça que les narrateurs dans les chansons se démasquent et assument leur animalité, leurs pulsions, leur dualité, c’est à travers les larmes, le sang. Il y a des références au lait et des affaires moins cute : il y a de la mouille, du sperme, du plasma, il y a de tout. C’est un album pour assumer, à travers lequel, les narrateurs de chaque chanson, essentiellement moi, j’assume mon animalité, le paradoxe de vivre en société versus être comme un animal sauvage qui s’est peigné les cheveux, la douceur versus la violence et tout ça. Glu, c’est devenu l’égide de toute cette réflexion-là, de se démasquer tel qu’on est et de l’assumer en passant par l’espèce de gluance grouillante qu’on renferme derrière notre peau propre et bien seyante.

Myriam : Vous êtes fréquemment rapprochés à des groupes d’indie rock comme Malajube et Karkwa, mais vous vous considérez comme un groupe qui jouez du grunge. Comment tu expliques la comparaison?
Simon : C’est tout simple, je pense, de un, c’est un peu nos modèles de rock au Québec, de rock alternatif qui ont décidé de faire… Je sais pas comment le dire. C’est juste des bands qu’on écoutait beaucoup quand on était jeune et nécessairement ça transparaît dans la musique qu’on fait, qu’on a tripé là-dessus. C’est pas évident de faire du rock, c’est important et quand c’est bien fait, c’est merveilleux, mais c’est pas évident de traduire, ou de passer l’énergie brute du rock, à travers le français, parce que, je sais pas si c’est la vocalité des voyelles ou le genre de rimes qui revient souvent mais il y a quelque chose de délicat qui complique les choses. C’est sûr que ces bands-là nous ont inspiré parce que je trouve qu’à leur manière ils ont réussi à le faire très bien. Après on a travaillé avec des membres de Malajube beaucoup, alors c’est sûr que la comparaison devient encore plus évidente. Karkwa c’est pas grunge, mais Malajube je serais prêt à dire que c’est très grunge, dans la surcharge… mais même Karkwa… Je pense que le motif principal du grunge c’est des changements de dynamique radicaux. Dans Nirvana, le riff au début il rentre fort, pour le verse ça redevient tout doux et ça repète. Ça, ça vient des Pixies. Je pense que Malajube joue avec ça. Karkwa aussi, mais Karkwa c’était plus des crescendos. Je sais pas, le rock des années 90 ça a marqué tout le monde, et nous particulièrement parce que je pense que ça découle un peu du fait que quand tu fais du rock en français tu as comme deux traditions séparées desquelles tu descends. Il y a la musique francophone et la musique rock’n’roll de guitare qui est très très très en très grande majorité anglophone. Après ça je pense que ça vient du fait qu’artistiquement on a deux mères patries et que ça découle de cette complexité de les rassembler en une seule voix.

Myriam : Comme tu viens de l’énoncer, vous êtes souvent comparés à Malajube, et vous avez travaillé avec Julien Mineau, le chanteur de Malajube, et aussi avec un autre pour les quatre EPs dont le nom m’échappe…
Simon : Thomas Augustin, le claviériste.
Myriam : Merci! Vous avez travaillé avec lui pour le dernier disque, est-ce que c’est la comparaison avec Malajube qui vous a mené à collaborer avec Julien Mineau?
Simon : C’était par hasard en fait qu’on a travaillé avec Julien parce qu’au début on voulait faire un disque comme live essentiellement. On voulait que ce soit deux guitares, une basse, un drum tout chanter en même temps et on voulait l’enregistrer principalement nous-mêmes. Finalement on a fait tout l’inverse. C’était ça notre plan de départ. C’est pas surprenant, parce que tout le monde finit par faire quelque chose de différent que ce qu’il pensait, mais nous je pense que c’est encore plus vrai pour nos affaires. Il y a comme une beauté dans nos accidents qu’on a pas le choix d’assumer. On avait écrit à Ryan Battistuzzi parce qu’on avait un local de musique à côté du sien. Ryan Battistuzzi c’est un ingénieur de son qui a travaillé sur plein de projets rock indie à Montréal récemment comme NOBRO par exemple qui a produit leur album, c’est f*cking bon. C’est aussi lui qui a enregistré Trompe-L’œil, l’album de Malajube qui les a propulsés. Il est full bon ami avec Julien Mineau encore donc nous on a approché Ryan pour qu’il nous aide à enregistrer et par hasard il en a parlé à Ju et Ju nous a écrit pour savoir si on avait besoin d’aide. À partir du moment qu’il nous a écrit, on a commencé à repenser la patente dans notre tête et on s’est dit «merde, je pense qu’on va avoir besoin d’un réal» et là on l’a rencontré et c’était évident qu’on allait le faire avec lui. C’était vraiment comme une drôle de coïncidence, vraiment heureuse.

Myriam : J’ai vraiment essayé de ne pas en parler dans mes chroniques, mais je n’ai pas vraiment le choix : votre album est sorti le 27 mars, soit 13 jours après la fermeture des salles de spectacle au Québec. Comment le coronavirus a-t-il influencé la réception de votre album, selon toi?
Simon : Je pense qu’on hésitait à le sortir le 27, parce que le confinement avait commencé un peu avant et on s’est demandé «est-ce qu’on va retarder tout ça?» Mais on s’est dit que l’album était dû, et on avait l’impression que dans les circonstances comme celles qu’on vivait, les gens avaient besoin plus que jamais de musique et surtout de nouveauté, de fraîcheur. Donc on s’est dit «c’est l’heure de le sortir.» Mais finalement ça s’est avéré que même si on ne le faisait pas de manière intéressée, ça l’a fini par être payant comme décision parce que les gens étaient vraiment disponibles pour l’écouter. Je pense que thématiquement il résonnait avec des angoisses que les gens vivaient au début du confinement et encore, comme de l’écoanxiété et de l’anxiété de solitude et de relation, un peu de s’interroger sur notre nature profonde aussi parce que quand tu es pogné chez vous tu as le temps de faire de l’introspection malgré toi en *sti. Donc je pense que la perspective un peu troublée, en questionnement des textes de l’album ça a vraiment tombé à pic pour ce que tout le monde vivait. Au final les gens, la réponse a été merveilleuse, les gens étaient contents, mais là il y a un énorme vide, parce qu’on fera pas de show pour des mois et on sait pas trop ce qu’il en est mais pour la sortie on n’aurait pas pu demander mieux.

J’ai un peu changé ma dernière question depuis la dernière chronique, elle est devenue la suivante : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu? À l’instar de tous les autres artistes, j’ai laissé le temps à Simon d’y réfléchir une semaine. Voici ce qu’il m’a renvoyé :
J’ai ceci à dire, sans vraiment savoir à quelle question ça répond, à quiconque n’a pas encore osé: joue de la musique. Commence la. Et si t’as arrêté recommence. M’en fous t’as quel âge ou si t’es bon bonne. Chante dans la douche. Ramasse un instrument pis gosse après. L’art, mais la musique tout particulièrement (si je peux me permettre de prêcher pour ma paroisse), a un pouvoir que je ne peux décrire autrement que MAGIQUE. Et moi ayant grandi loin de toute superstition. Je suis embêté. Car la musique transforme l’angoisse, la rage, la douleur etc. en beauté et en miel. C’est un bug dans le système. Un grain de sable dans l’engrenage de la propagation du mal. Comme si on avait trouvé la clé de notre propre cellule. Je me dois de partager. Particulièrement en ces temps angoissés. En ces temps en tabarnak. En ces temps révolutionnaires. La musique ça occupe les mains. Ça occupe l’esprit. Ça chatouille la spiritualité. Ça rassemble. Ça crée de la réciprocité. Ça remue. Et c’est facile comme tout. Taper des mains ça compte. Trébucher sur une rime en jasant ça compte. Crier à plein poumons ça compte. Je vous invite dans mon clan. Je vous en parlerais mille ans. S’il vous plait s’il vous plait s’il vous plait. Jouez de la musique.

Quiz musical :
1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Human SadnessThe Voidz
2. Ta chanson de rupture préférée?
Nothing Compares 2 USinéad O’Connor
3. Ta chanson d’amour préférée ?
Le toi du moiCarla Bruni
4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Elvis Perkins / The Drones (leur album Feelin Kinda Free)
5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
From a Basement on a HillElliott Smith
6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
I’ve Just Seen a FaceThe Beatles
7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
les Clash / Frank Zappa
8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
The Revolution Will Not Be TelevisedGil Scott Heron
9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Life on Mars?Bowie
10. Ta chanson (à toi) préférée?
Xoxoxo

Merci pour cette rencontre!!

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