On vous présente : vice E roi

Si la douceur avait un nom, ce serait vice E roi


© Guillaume Lessard et Jayana Auger, photo : LeBâtard

 

Par : Myriam Bercier

MatTV vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, on découvre ensemble la douceur de la musique et du duo vice E roi!

Selon Wikipédia, le Vice-roi (Limenitis archippus) est une espèce nord-américaine de lépidoptères (papillons) de la famille des Nymphalidae et de la sous-famille des Limenitidinae. Elle est connue pour être un mime de plusieurs autres espèces de papillons, dont le Monarque. Vice E roi, quant à lui, est un duo poétique d’auteurs-compositeurs-interprètes originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean formé de Jayana Auger et de Guillaume Lessard. Ce choix de nom s’explique par le fait qu’ils font tous les deux de l’improvisation et qu’ils se sont attachés à cet insecte. Le e de leur nom leur permet de s’en différencier juste assez, en apportant une sonorité différente et intéressante.


© vice E roi, photo tirée de leur page Facebook

Leur musique est une douce fusion de pop, d’indie et de folk orchestral. Leur premier EP a paru en 2016. Puis, en 2019, la paire a lancé un second EP, Les heures maladives, qui témoigne de l’angoisse qui rôde et des maux de la société comme l’amour à distance (Myopie du cœur), le jugement et l’anxiété. Par exemple, la chanson Par la main aborde le sexe, la maladie et la mort de manière poétique et imagée. 2019 a été une année chargée pour le groupe puisqu’en plus de lancer Les heures maladives, il a également participé aux Francouvertes et au concours Chante en français, duquel il a été lauréat de huit prix, dont la première place.


© Pochette officielle de L’enfer chez les autres de vice E roi

Son plus récent album, L’enfer chez les autres, a vu le jour le 20 mars 2020. Dans cet album, on retrouve le style pop-folk du groupe avec une poésie un peu plus sombre et des thèmes plus sérieux. Par exemple, la chanson Qui aurait cru que des mains ça casse des enfances aborde la maltraitance envers les enfants. Chimie aux urgences parle, quant à elle, du cancer et de ses conséquences sur la personne et sur l’entourage. La chanson Elie peut surprendre, avec son côté pop entraînant, mais n’aborde pas pour autant un sujet plus tendre : le duo y raconte l’histoire d’une fille qui ne trouve pas sa place dans la société.

J’ai donc appelé le groupe le 17 septembre dernier pour discuter notamment d’écriture de chansons, du fait de faire de la musique avec son compagnon de vie, de résidence en France et de faire des CV. L’entrevue est ci-bas!

Myriam : Qu’est-ce qui vous a amené à faire de la musique?
Guillaume : C’est quand on est allés voir un spectacle ensemble au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Moi ça faisait longtemps que je faisais de la guitare et que Jayana faisait du chant. Je sais même plus si j’avais commencé à faire du chant, je m’en rappelle plus. On s’est dit « hey, on se fait-tu un band? », on voulait se créer un projet et c’est parti comme ça. On a vu des gens faire de la musique et on s’est dit « on va le faire, on va s’essayer du moins! »
Jayana : Moi mon père est artiste multidisciplinaire, il est dans beaucoup beaucoup de groupes, c’est pour ça que j’écrivais des textes depuis vraiment longtemps. Guillaume a appris la guitare très jeune, c’est un autodidacte, il a appris la guitare très jeune et il en fait depuis quand, le secondaire 1?Guillaume : Secondaire 3.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire le plus pour créer une chanson?
Jayana : Moi personnellement c’est vraiment les émotions. C’est pas nécessairement une histoire ou quelque chose du genre, c’est souvent le style d’émotions que des fois on a de la misère à comprendre ou à mettre un nom là-dessus. Par exemple, notre chanson Pandore, c’est juste le sentiment quand un ami ressent quelque chose pour toi, qui est de l’amour, et que toi tu sais pas si tu veux y aller, au niveau de l’amour ou de l’amitié. Ou par exemple, Chimie aux urgences, l’émotion qui a dans cette chanson-là, c’est quand tu vois… on a tous vécu le fait de voir un de ses parents pleurer et de se dire « mon Dieu, ça doit être grave si mon père pleure… » C’est vraiment des émotions. Ça a été long avant de comprendre que c’était ce qui m’inspirait le plus, parce que sinon j’essayais d’y aller avec des histoires ou des choses comme ça, mais c’est tout le temps finalement l’émotion qui me donne l’inspiration.
Guillaume : De mon côté, je pense tout le temps à de la musique, je pense tout le temps à la guitare, parce que c’est comme ma béquille, dans le sens où j’ai déjà essayé de composer des textes sans vraiment penser à la musique, mais je trouvais ça trop compliqué, ça m’attirait moins. Avec la guitare, il y a l’émotion qui vient tout de suite parce que la musique, ça me parle plus. Je pars tout le temps de là pour créer le texte, de là pour trouver les sujets, je pars sur des phrases, je sais pas trop sur quoi je vais écrire mais j’y vais comme ça. Des fois ça débouche sur des chansons à trois thèmes et j’essaie de faire le ménage là-dedans, c’est un peu une espèce de melting-pot. L’inspiration vient souvent de plein de trucs qui m’entourent.
Jayana : Exact. Souvent on crée chacun de notre côté, et après que notre chanson ait un peu de sens, on se rassemble les deux et on peaufine chacun de notre côté. Guillaume va faire la mélodie de ma chanson, moi je vais peut-être peaufiner un peu ses textes. C’est comme ça qu’on travaille.

Myriam : J’allais vous demander, vous avez l’air d’écrire les deux les textes, comment ça se passe, mais vous venez de répondre…
Jayana : (rires) Oui, c’est ça. C’est le fun parce qu’on trouve qu’on a un peu le même genre d’écriture. C’est pas pareil, mais les gens savent pas nécessairement le texte est à qui. Ça, on trouve ça le fun. On ne veut pas que les gens disent « celui-là c’est Jay, celui-là c’est Guillaume. » Souvent on s’entraide, il y a certains mots que j’ai trouvés dans les chansons de Guillaume et il y a certains mots qu’il a trouvés dans les miennes.

Myriam : Vous êtes en couple dans la vie, comment ça se passe de créer de la musique et d’en jouer avec son amoureux.se?
Guillaume : C’est relax (rires). Les gens pourraient penser que c’est difficile, mais si à la base ça se passe bien dans un couple je pense que ça peut bien se passer dans plein d’affaires. C’est comme un bébé aussi, on veut que ça marche, que ça soit bien fait. On fait vraiment attention à ce qu’on fait par rapport à ça, on travaille vraiment pour ça, on devient professionnels quand on passe dans l’étape musique. À la limite on n’est plus un couple.
Jayana : On divise vraiment les deux quand même je trouve. C’est sûr que c’est difficile de diviser les deux maintenant parce qu’on habite à Montréal ensemble et qu’on travaille un peu n’importe quand parce qu’avant on se voyait la fin de semaine tout le temps, on habitait à distance, on se prenait un moment pour faire de la musique et un moment pour être un couple. Maintenant c’est un peu n’importe quand. Je trouve que quand on a des spectacles, quand on a des pratiques, on divise vraiment les deux, on ne veut pas que les gens ressentent un malaise à ce qu’on soit tout le temps collés l’un sur l’autre ou quelque chose du genre. C’est juste naturel que l’on devienne comme si on était des collègues. Ça, ça fait du bien aussi, parce que justement on a l’impression qu’on n’est pas 100 % ensemble tout le temps parce qu’on a des moments où mentalement on est ailleurs (rires).

Myriam : Vous avez gagné 8 prix au festival Chanter en français en 2019, pensez-vous que ça a pu aider votre carrière d’une quelconque façon?
Jayana : Personnellement je pense que c’était plus au niveau peut-être pas de la confiance en soi, mais c’est venu boucler la boucle pour nous. Parce qu’on a fait plusieurs concours pendant longtemps et on gagnait pas nécessairement justement. Quelques prix de temps en temps, mais c’est ça. On n’avait jamais gagné le premier prix dans un concours et ça c’était un peu notre dernier concours. On venait de terminer les Francouvertes, on s’était dit « on pourrait faire celui-là à la fin. » Même à ça, on avait oublié parce que les inscriptions étaient très tôt dans l’année et ils nous ont appelés vraiment plus tard dans l’année. On a fait un saut, c’était comme une surprise de se dire « ah super, un dernier concours, on va le faire pour le plaisir. » On dirait que c’est justement le fait qu’on l’ait fait pour le plaisir qui a (rires), je sais pas, il y a eu une certaine magie. Sur scène on s’est rendu compte que presque tous les prix on les avait reçus, ça a bien bouclé la boucle et ça nous a donné un encouragement parce qu’on s’en venait à Montréal et on a trouvé que c’était un bel accueil.

Myriam : Après votre participation à Chante en français, vous avez fait une résidence en France. Qu’est-ce qui vous a amenés là-bas?
Guillaume : C’est notre gérante qui voulait qu’on travaille vraiment l’aspect de notre son parce qu’avant de recommencer à faire des spectacles, on veut vraiment construire le produit pour que ce soit vraiment bon et intéressant pour tout le monde. C’était vraiment pour que le son marche, mais aussi en Europe. Parce qu’il y a quand même une différence entre le son québécois, nous on s’en rend pas compte, mais entre le son québécois et le son français. On est allé là-bas travailler quels types d’instruments fonctionnent, quels types qui fonctionnent pas, des micros, pleins d’affaires comme ça pour que quand on aille en France, ça fonctionne, qu’on ait un bel accueil pour notre musique.
Jayana : Notre gérante veut y aller sur les deux plateaux, c’est un peu son objectif depuis qu’elle nous a rencontrés, donc elle essaie tranquillement pas vite de nous faire une place dans le marché européen.

Myriam : Et jusqu’à maintenant, ça se passe comment cette percée-là?
Jayana : C’est sûr qu’avec la COVID ça a buggué raide parce que là on peut pas vraiment y aller, mais avec la résidence ça a super bien été. C’est sûr que je peux pas dire certains détails, mais elle est en discussion avec des festivals. Ça va se faire tranquillement pas vite. Avec la situation actuelle, on va commencer par rester à 2 m des gens du Québec (rires).

Myriam : Qu’est-ce que cette résidence vous a apporté concrètement?
Jayana : Ça nous a vraiment beaucoup aidés au niveau du son, pour que le spectacle soit dynamique, que même les compositions soient dynamiques, ils aiment beaucoup ça les nuances en France donc ça c’était intéressant de voir ça. On a eu un cours de chant aussi qui nous a appris plein de choses sur notre voix et sur comment on pouvait s’améliorer. C’est sûr que ça nous a donnés beaucoup d’espoir pour la suite.

Myriam : Vous avez sorti l’album l’Enfer chez les autres, pourquoi avoir choisi ce titre?
Guillaume : En fait, on savait pas trop comment l’appeler et on voulait quelque chose qui fesse un peu. Je pense que c’est toi Jay qui est arrivé avec une expression qui est « l’enfer, c’est les autres. » Après, on aime bien ça modifier des expressions, des mots, donc on a modifié ça et ça réunissait tous nos thèmes de l’album de manière commune. C’est pas un album nécessairement qui est thématique comme Pink Floyd The Wall, mais reste qu’on voulait une espèce d’uniformité et pas juste appelé ça le nom de la première chanson ou quelque chose comme ça. On voulait vraiment avoir une espèce de thématique même si toutes les chansons sont pas créées sous cette bannière-là.
Jayana : L’enfer chez les autres, pour nous, toutes les chansons parlent de témoignages de gens qui nous ont parlé, c’est des histoires qu’on a racontées à notre manière, des choses qu’on a entendues de nos proches ou  même des choses qu’on a entendues à la télé ou des trucs comme ça. L’enfer chez les autres, c’est pour dire qu’on ne pense pas que c’est les autres, l’enfer, mais on s’est vraiment penché sur l’enfer des autres, qu’est-ce que les autres ont vécu. On visite l’enfer chez les autres. C’est un peu ça, la thématique d’album.

Myriam : Dans le dernier mois, vous avez fait un spectacle à Terrebonne et en avez annoncé un autre pour le mois de novembre. Comment ça se passe pour vous du côté des spectacles?
Jayana : Ça va quand même bien, dans le sens où avec la situation actuelle, c’est sûr qu’on n’en a pas énormément, mais on est en train de terminer la mise en scène du spectacle aussi, on a eu énormément de pratique pour préparer un spectacle qui nous ressemble, avec une mise en scène qui nous ressemble, un décor, des éclairages, tout ça. On a beaucoup travaillé plus dans l’art au niveau de la création du spectacle. Mais là on a quelques spectacles qui ont été annulés à cause de la COVID, il y en a d’autres qui ne sont pas annulés non plus, il y a des spectacles qui vont être annoncés bientôt, on a aussi notre lancement d’album virtuel du 29 septembre à 19 h 30 sur notre page Facebook sur lequel on travaille très fort et qui nous a pris beaucoup de temps.

Myriam : Il va se passer comment ce lancement-là?
Guillaume : Le lancement va être filmé, on n’aura pas personne dans la salle, ça va être sur le virtuel, on a essayé de faire un lancement thématique, mais je veux pas trop en dire parce que j’aimerais ça qu’on garde la surprise. On a essayé de créer une thématique et pas juste faire un lancement « on vous joue cinq chansons et après c’est fini. » On voulait vraiment créer quelque chose d’intéressant à regarder et vu que c’est un format qui est changeant, on n’aura pas personne dans la salle, tout va être sur le Web, donc on a essayé de jouer avec l’aspect des caméras pour faire des choses que normalement on pourrait pas faire en spectacle.

Myriam :  Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Jayana : (rires) Moi j’aime ça quand on parle de la création, des textes. C’est le fun quand on parle de la musique.
Guillaume : Une question? C’est quoi votre repas préféré? (rires) J’aimerais pas ça une question personnelle. Ah! Je sais! Qu’est-ce que vous feriez si vous n’étiez pas musiciens?
Jayana : C’est bon ça!
Guillaume : Moi j’aime ça m’imaginer faire d’autres choses. C’est le fun de parler d’autres choses, on est habitués de parler tout le temps de musique. C’est le fun de parler d’autres choses…
Jayana : …de parler de nos autres intérêts. Donc on y répond?
Guillaume : Moi je serais un scientifique des fonds marins. Je tripe ben gros sur les fonds marins même s’ils me font vraiment peur.
Jayana : Moi je vais dire quelque chose, ça va plus en dire quelque chose sur la personnalité que sur la job parce que je sais pas si j’aimerais vraiment ça, mais tu vas comprendre. Je pense que je ferais des CV (rires) parce que j’aime vraiment ça mettre les autres de l’avant dans des textes, trouver la phrase qui va faire que l’employeur ou l’autre personne va accrocher. Ça m’est arrivé souvent de faire des CV pour quelques amis et la satisfaction quand il a le poste ou qu’il s’est fait dire que sa lettre de recommandation était belle, ça me fait vraiment du bien. Faire des CV, peut-être que j’aurais fait ça dans une autre vie.

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Jayana : VertigeLa Bronze
Guillaume : GoliathWoodkid

2. Ta chanson de rupture préférée?
Jayana : ÉtoilesGab Bouchard
Guillaume : We will rock youQueen

3. Ta chanson d’amour préférée?
Jayana : J’aurai cent ansBEYRIES (avec Louis-Jean Cormier) – Paroles de Maxime Le Flaguais
Guillaume : Ce soir l’amour est dans tes yeux (reprise de Louis-Jean Cormier)

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage?
Jayana : Joey Michael
Guillaume : Tamino

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Jayana : Les grandes artères de Louis-Jean Cormier
Guillaume : Notre-Dame-des-Sept-Douleurs – Klo Pelgag

6. La chanson qui te rend le plus heureux?
Jayana : BegginMadcon
Guillaume : RavinLouis-Jean Cormier

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup?
Jayana & Guillaume : Woodkid

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Jayana : WAPCardi B feat. Megan Thee Stallion
Guillaume : Red Right HandRed Nick Cave & The Bad Seeds

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Jayana : Watermelon SugarHarry Styles
Guillaume : Lose YourselfEminem

10. Ta chanson (à toi) préférée?
Jayana : La chimie aux urgences
Guillaume : Mon poids, mon prix, ma langue

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