On vous présente : Sunny Duval

Sunny Duval : quand le soleil t’invite à danser


© Sunny Duval, photo de Cynthia Bergeron

Par : Myriam Bercier

MatTv.ca vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous faire découvrir des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, plein feux sur le flamboyant Sunny Duval.

Sunny Duval, de son vrai nom François Duval, est un musicien québécois, réalisateur, chroniqueur (notamment pour le Bangbang) et l’ancien guitariste du groupe Les Breastfeeders. Il a six albums solo à son actif. Son premier est Achigan, sorti en 2005, suivi cinq ans plus tard par Sein blanc sein noir qui offre un mélange de doo-wop, rock’n’roll, rockabilly et de country. Toutes les chansons traitent d’amour, avec plaisir et humour. La thématique d’amour se poursuit dans son troisième album, Amour d’amour, paru en 2013 et enregistré entre Montréal et la Louisiane.


© Pochette du dernier album de Sunny Duval, Make my lost soul sing, photo de courtoisie

Le 23 avril dernier, Sunny Duval a fait paraître son plus récent album, Make my lost soul sing. Composé de 11 chansons, Make my lost soul sing offre des chansons qui vont dans toutes les directions musicales : du rock au dancehall jamaïcain, en passant par les ambiances de la musique de rue de la Nouvelle-Orléans en s’arrêtant sur une chanson qui peut faire penser à une comédie musicale de Marc Drouin. On y retrouve également beaucoup de collaborations, notamment Anne Frances Meyer des Deuxluxes, Vivianne Roy des Hay BabiesJoseph EdgarMarie-Christine Depestre et M.-A. Évincée, qui n’est nulle autre que sa complice Marie-Anne Arsenault de Propofol.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Sunny Duval la semaine passée. Nous avons discuté entre autres du jukebox dans sa tête en permanence, de son travail avec le cirque Alfonse, de la création de son dernier album et ce dont traitent ses chansons. Sans plus attendre, voici notre discussion!

 

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique ?
Sunny : Quand j’étais petit, je jouais avec mes bonshommes de Star Wars. j’avais des figurines qui étaient bien populaires parmi les personnes en bas âge. À moment donné, je jouais avec ça puis ils ont ouvert Much Music et MTV, je commençais à regarder les vidéos à la télé et je me suis mis à découper de petites guitares en carton à mes personnages. Ça s’est transformé éventuellement. Un jour, il y avait un vidéo de Twisted Sister qui jouait, j’ai vu qu’il y avait une guitare dans le sous-sol chez ma mère, j’ai pris cette guitare et j’ai appris le solo de guitare de Twisted Sister. Ça a été le début de ma relation avec la musique. Je pense que je voulais être un genre de héros : j’ai passé de Han Solo de la guerre des étoiles à quelqu’un qui joue de la guitare.

Myriam : Je ne suis pas sûre : est-ce que tu fais encore partie du groupe Les Breastfeeders?
Sunny : J’ai quitté en 2012. J’ai rejoué avec eux quelques fois après pour le plaisir, mais j’ai quitté à ce moment-là.
Myriam : C’est ce que j’avais compris, mais je n’étais pas sûre, je voulais confirmer. Tu as joué avec eux donc de 1999 à 2012, qu’est-ce qui t’a amené à te lancer dans l’aventure en solo?
Sunny : J’ai toujours vu mon aventure solo, en fait avant tout ça j’avais un groupe dans les années 1990 qui s’appelait Féroce F.E.T.A., éventuellement il y a eu Sunny Deloop, qui était mes chansons. Quand je suis arrivé à Montréal, j’ai eu ce groupe, on a fini par faire des démos. J’ai toujours eu mon aventure solo, j’ai toujours eu besoin de faire mes chansons à moi et d’accompagner d’autres gens. Ce sont des permutations très intéressantes. Ce sont des rôles différents. J’aime ça avoir tout ça en même temps. Ces temps-ci, je joue avec Joseph Edgar, un de mes amis. Je joue de la guitare avec lui, ça aussi c’est plaisant.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire pour écrire des chansons?
Sunny : Pas mal tout ce que je fais et que je vis. Pour les paroles, ça peut être une rencontre avec quelqu’un, une situation imaginaire. Pour la musique, c’est la somme de tout ce que j’ai fait depuis que je suis né. Il y a tellement de musique autour de moi, et il y en a toujours dans ma tête. J’ai toujours un jukebox qui joue en permanence dans ma tête, j’ai rarement des écouteurs sur les oreilles quand je marche parce que j’ai toujours de la musique qui joue. Des fois, je m’arrête et je me demande si je connais la musique qui joue dans ma tête à ce moment-là, et des fois je ne la connais pas. Je me rends compte que c’est juste mon cerveau qui joue avec les notes et qui m’est arrivé avec quelque chose qui, des fois, est intéressant, des fois moins. Quand c’est intéressant, je le note quelque part, et ça devient une chanson éventuellement.

Myriam : Justement, pour que ça devienne une chanson, est-ce que tu as un processus de création que tu utilises toujours?
Sunny : Ça se limite à ça, mon début de processus de création. Quand les notes apparaissent dans ma tête. Sinon, j’ai tous les processus en même temps. Mon album représente un peu ça. Il y a des chansons que c’était juste un bout de guitare que j’avais auquel j’ai rajouté un rythme. Je jouais de la guitare pendant cinq minutes enregistrées et après je découpais et j’en faisais une chanson. Ça a été ça, et aussi des chansons qui étaient déjà toute nées dans ma tête ou sur papier et que j’enregistrais. Ça a été beaucoup des collages. Je n’ai aucune méthode en particulier. Je me laisse porter (rires).

Myriam : Tu travailles aussi comme musicien pour le Cirque Alfonse, comment est-ce arrivé?
Sunny : J’étais dans mon bar de quartier dans Hochelaga, et j’ai rencontré Antoine Carabinier qui est l’un des fondateurs du cirque Alfonse qui habitait dans mon quartier également. À cette époque-là, je cherchais une place pour habiter, j’étais en transition. Lui et sa conjointe Geneviève, qui est également dans le cirque Alfonse, partaient en tournée pendant 4 mois. Il m’a proposé d’habiter chez lui, donc j’ai accepté. Je venais de les connaître, c’était vraiment frais. J’ai habité là, et quand ils sont revenus, il y avait une place qui s’était libéré dans le même bloc. On a été des voisins pendant un certain temps. À un moment donné, Antoine et Geneviève m’ont proposé de les suivre en tournée cet été en Hongrie et en République tchèque. J’ai accepté. Ils savaient que je faisais de la musique, mais ils n’avaient jamais entendu une note de ce que je faisais, c’était complètement basé sur l’amitié. L’autre musicien en chef dans le cirque, Dâvi Simard, savait que j’étais capable de jouer ces chansons-là et qu’on s’entendrait bien, manifestement. C’est comme un concours de circonstances. Ma vie est basée là-dessus.

Myriam : Dirais-tu que ça influence ta manière de créer ou de jouer de la musique?
Sunny : Oui! Déjà, on a fait beaucoup de voyages ensemble, ils ont trois spectacles qui sont actifs, pas depuis un an mais … je fais partie de ces trois spectacles-là à différent degré. Ce sont des détails, mais des fois je remplace le directeur musical, des fois je suis là et lui aussi, mais bref, on a fait beaucoup de tournées avec ces différents spectacles-là, on a vu plusieurs pays, des villes, des gens, on a rencontré d’autres groupes et d’autres cirques. Toutes ces rencontres-là enrichissent mon bagage. Je ne suis pas une personne riche financièrement, mais c’est, pour moi, ce qui fait ma richesse, cette accumulation d’expériences-là. Ça paraît toujours dans ma musique. En tout cas, moi je sais que c’est là quelque part, je ne sais pas si ça paraît pour une oreille extérieure, mais c’est toujours là.

Myriam : Comment s’est passé la création de ton plus récent album, Make my lost soul sing?
Sunny : Je revenais d’une tournée qui a été écourtée avec le cirque en Europe. On devait aller en Hollande, que je n’ai toujours pas vu, finalement ça a été annulé, donc on a repris des billets pour revenir à Montréal, j’ai été deux semaines en quarantaine dans un bloc en rénovation. Le soir, ce que je faisais, je branchais ma guitare et mes écouteurs dans mon ordinateur, je jouais et j’enregistrais. C’est devenu peu à peu des bases de chansons. J’ai passé l’été au complet dans des parcs à écrire des paroles, à faire la fête avec des amis au soleil. À l’automne, quand il a recommencé à faire froid, je suis rentré à l’intérieur (rires) et j’ai commencé à mettre tout ça ensemble. Il y avait plein de musiques qui sont sorties de ça. Il y avait des chansons qui se développent plus que d’autres, je me suis rendu compte qu’il y en avait 11 qui s’en venaient finies et qui allaient bien ensemble. Ça a été pas mal ça le processus. Au début, c’était tout seul puis après j’ai invité mes amis musiciens à chanter et à jouer. Ça a été la complétion du projet, d’inviter d’autres humains à participer (rires).

Myriam : Justement, tu t’es entouré de beaucoup d’artistes sur cet album, c’était important pour toi ou c’était parce que comme c’est la pandémie tu t’es dit « aussi bien m’entourer de gens pour mon projet » ?
Sunny : Oui, c’est exactement ça. Je me suis dit : « je me fais plaisir. » Ce sont des gens que j’aime, il y en a que je connais plus que d’autres, d’autres moins, ça a été l’occasion d’enfin faire de la musique ensemble. Ça a été des rencontres. Je savais que je voulais chanter avec ces personnes-là et faire de la musique avec eux, donc je les ai tous invités.
Myriam : Je pensais que c’étaient des gens qui gravitaient autour de toi et que tu avais invité sur ton album. Il y en avait que tu ne connaissais pas du tout?
Sunny : Vivianne Roy des Hay Babies, je la connaissais comme ça, disons. Ça a été une occasion de la connaître plus même si ça a tout été fait à distance; elle a enregistré chez elle à Moncton au Nouveau-Brunswick et on a travaillé les paroles à distance aussi. Anne Frances des Deuxluxes, je la connaissais juste comme ça. Elle est venue à mon local, on a enregistré. C’étaient toutes des personnes que je connaissais. Ça a été une belle occasion de les avoir avec moi. J’ai un ami de cirque de Sidney en Australie qui a enregistré son saxophone chez lui. L’an passé, j’étais avec tous mes amis et je leur disais : « on fait de la musique! » à distance, mais je ne l’ai pas fait sauf pour mon album à la fin du processus.

Myriam : Qu’est-ce qui t’attend cet été? As-tu des projets de spectacle ou quelque chose comme ça ou c’est encore dans le flou?
Sunny : J’ai une tournée avec Joseph Edgar quasiment toutes les fins de semaine jusqu’au début juillet, sinon normalement j’ai du cirque avec Alfonse à Joliette, mais il n’y a rien de confirmé et on ne sait jamais comment ça va virer, mais jusqu’à maintenant c’est dans l’air. Après ça, à l’automne, on verra. Le cirque est toujours prêt à booker des dates, n’importe quand, dès que les frontières ouvrent. Au Québec, il y a du cirque, mais pas tant que ça contrairement à d’autres endroits où il y a des festivals de cirque, de gros festivals qui, des fois, durent trois semaines ou un mois, comme à Édimbourg en Écosse. On croise les doigts qu’on va pouvoir faire ça. Sinon, je vais continuer de faire du vélo et aller m’évacher dans des parcs cet été.

Myriam : Si vous pouviez prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question vous poseriez-vous, en y répondant?
Sunny : Ma question est : Sunny, de quoi parlent tes chansons? Souvent, mes chansons peuvent paraître ludiques, mais je parle d’amitié, d’amour et de poésie, de ma version de la simplicité volontaire, de la force de la nature, de la puissance des femmes, de la beauté de la liberté qu’on s’accorde, de la fête libre.

 

Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
C’est impossible pour moi de choisir une seule chanson, j’aime presque tout! Mais de toute façon, si mon lecteur plante, ce n’est pas moi qui aurai choisi la chanson, n’est-ce pas?

Ta chanson de rupture préférée?
Nicotine et Nuit Blanche, par Louise Portal. OU Never Say Goodbye de Bon Jovi.

Ta chanson d’amour préférée ?
Such A Night, par Dr. John.

Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Claude L’Anthrope. Plein d’albums, tous différents, des messages importants sur des musiques pour fêter, une voix unique et magnifique, tout comme cette créature mythique.

Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Mon prochain album, qui est en chantier, que je devrai me taper des centaines de fois jusqu’à ce qu’il soit prêt! 🙂

La chanson qui te rend le plus heureux ?
Mais c’est cruel toutes ces questions qui forcent à choisir! Okay disons “I’m So Excited” par les Pointer Sisters.

Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Allen Toussaint. Une personne toujours positive et créative, qui a écrit tellement de hits, mais surtout qui réalisait, écrivait paroles, musique, arrangements et chantait magnifiquement bien. Tout en jouant du piano!

La chanson qui t’obsède en ce moment?
Hungry Ghost, par Hurray For The Riff Raff.

Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
N’importe quelle chanson pro-femmes et/ou pro-diversité.

Ta chanson (à toi en tant qu’artiste) préférée?
Je les aime toutes (ou presque!). Ces temps-ci ça alterne entre “Tonight I Disco Discover Myself” et “WIP (Work In Progress)“.

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