On vous présente : Raton Lover

Raton Lover, le groupe qui carbure aux performances


© LePetitRusse

Par : Myriam Bercier

MatTv vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Je fête le troisième mois de ma chronique avec le groupe Raton Lover.

 

Raton Lover, c’est un groupe qui s’est formé en 2012 officiellement alors que les membres du groupe (Simon LachanceMartin PlanteSimon GuénardFrédérick Desroches et Éric Blanchard) ont décidé de travailler sur leur premier album éponyme qui verrait le jour en 2014. Or, certains membres jouent ensemble depuis 2006, alors que le groupe est mis sur pied pour participer à Cégep en spectacle. Le nom Raton Lover représente pour eux la dualité entre le rock incisif (raton) et le côté tendre de leur musique (lover). Ils sortent leur second album, Sens du Vent, en 2017, suivi deux ans plus tard de leur plus récent album Changer de trottoir.


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Ce dernier offre des thématiques qui s’opposent aux idées du bonheur absolu. On le constate notamment dans une chanson comme Ça sert à rien qui aborde le confort tiède du déni que l’on peut vivre dans une relation amoureuse ou encore Changer de trottoir dans laquelle on entend Simon Lachance chanter «J’me suis croisé l’autre soir/Pis j’ai changé d’trottoir». Il a été enregistré à leur studio maison à Charlesbourg dans une volonté de capter l’énergie live des prestations du groupe, menant ainsi à une résultat moins lisse mais qui a su attraper l’énergie brute de leurs chansons et à une sonorité plus libre et plus aérienne.

Je me suis entretenue avec le chanteur Simon Lachance pour parler de son groupe. On a entre autres parlé de jam, de rencontres fortuites, de tournée et de la situation de la musique à Québec. Sans plus attendre, voici ma douzième entrevue :

 

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Simon : C’est une grande question! En fait, j’ai … c’est drôle (rires) excuse-moi, c’est drôle je réponds pas souvent à cette question-là vu qu’on est un band! Je m’étais jamais vraiment posé cette question-là. Mais en fait moi ce qui m’a amené à faire de la musique c’est que j’ai un de mes amis du primaire qui avait un drum chez eux, et j’étais très très jeune, je pense que j’avais genre 8 ou 9 ans. C’est comme la meilleure affaire qui m’est arrivée de ma vie. Je pense qu’il n’y a rien de mieux que de jouer du drum quand tu sais pas encore comment exprimer ce que tu as à exprimer dans la vie et que tu ressens une forme d’agressivité ou quelque chose, tu peux juste tapocher là-dessus et pas faire de mal à personne. Je pense que ça a été le meilleur remède pour un enfant, ça a été vraiment un beau remède.

Myriam : Donc tu as commencé au drum et après ça tu t’es mis au chant et à faire un groupe?
Simon : oui, c’est particulier, j’ai fait une technique en drum, et ensuite un bac en drum jazz pour me rendre compte à la mi-vingtaine que j’avais vraiment envie d’écrire des chansons. Heureusement les gars avec qui je jouais déjà depuis le cégep ont dit «ah ouais, tu veux chanter? Let’s go man, on fait un band, tu es le chanteur, c’est parti!» (rires). C’est là qu’on a créé Raton Lover à partir des miettes de notre ancien band.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire le plus pour créer de la musique? 
Simon : En écouter le plus possible. Écouter le plus possible tout ce qui se fait au Québec aussi. J’aime vraiment découvrir tout ce qui se fait de musique d’ici et je pense que si on en écoute pas assez à un moment donné on tombe à plat, on n’a plus d’idées.

Myriam : c’est quoi la meilleure façon pour toi de découvrir des nouveaux trucs québécois musicaux?
Simon : C’est certain que mes médias sociaux dans mon cas sont une très bonne source parce qu’évidemment il y a beaucoup de mes contacts qui font de la musique aussi donc je vois vraiment ce qui se passe de ce côté-là. Évidemment, je vois plein de blog, d’articles sur des albums qui sortent. Notamment je pense à Québec on a Écoute donc ça, un blog qui met vraiment en vedette la musique d’ici. Mais je te dirais aussi que c’est souvent du bouche à oreille, même les médias sociaux c’est un peu le concept du bouche à oreille, quand quelqu’un dit «vas écouter telle affaire c’est complètement débile». Mais aussi dans la van, parce que tu sais on tourne beaucoup. Les gars de Raton Lover on est tous aussi des membres de plein d’autres projets, Martin Plante, le bassiste, joue avec moi dans Jérôme 50, il joue avec Simon Kearnay, avec Jippé Dalpé. Tous ces musiciens-là, on se fait écouter pleins affaires, c’est très fertile.

Myriam : Pour votre deuxième, album Sens du vent, vous avez fait 45 jours de tournée avec juste 10 jours de congé entre les deux. Il semble important pour vous de faire de la tournée. Pourquoi?
Simon : En fait, à cette époque-là c’était littéralement un idéal pour nous, on se disait «il faut qu’on joue le plus possible, on est un band, il faut faire des shows» on s’est vraiment garoché dans une tournée de fou. On se disait on va faire comme les bands des années 60-70 : ils faisaient énormément de route, ils revenaient complètement brûlés, faisaient du studio et ils continuaient. Il y a quelque chose d’un peu étourdissant là-dedans et quelque chose d’excitant aussi. C’était notre manière de créer pour le deuxième, mais pour le troisième on s’est rendu compte qu’il nous fallait peut-être un peu plus de temps pour laisser les choses reposer ça peut permettre aux réflexions de se développer et aux idées musicales de mieux prendre forme. C’est pour ça que le troisième on a fait un peu le contraire, on a refusé des spectacles pour pouvoir vraiment prendre le temps d’être en studio. Je pense que c’est important de varier nos façons de créer, essayer des méthodes différentes. Ça change le résultat, aussi.

Myriam : Ça tombe bien, j’avais une question là-dessus. Comme tu viens de dire, votre deuxième album, Sens du vent, vous l’avez écrit pendant que vous étiez en tournée, alors que pour le dernier, Changer de trottoir, vous avez décidé de vous retirer un peu de la scène. Qu’est-ce qui explique ce changement de fonctionnement?
Simon : Le troisième parle quand même beaucoup de tout ce qui touche un peu la dépression, l’épuisement. Évidemment, c’est pas étranger à ce qu’on s’est infligés à quelque part aussi parce que quand tu es trente jours dans une van et que tu passes d’une ville à l’autre il y a quelque chose de fun, mais il a un downside aussi à ça et je pense qu’on l’a tous vécu à un moment donné et justement ça a nourri le troisième parce que ça a permis de porter des réflexions. Moi, j’ai fait appel à une thérapeute et l’album parle quand même beaucoup de ce chemin que j’ai faite après toute cette tournée.

Myriam : Comme tu dis, votre plus récent album, Changer de trottoir, aborde des thématiques qui vont à l’encontre du bonheur absolu. Pourquoi avoir fait ce choix thématique outre le fait que la tournée vous avait brûlés?
Simon : Parce que je considère que notre société vend du bonheur constamment et je pense que des fois c’est pour les bonnes raisons, des fois non, sauf que je pense qu’il y a des limites à ça et j’ai l’impression qu’en ce moment on s’en rend compte des conséquences des fois irréversibles pour certains individus et pour la société en général de toujours être performants, toute la notion de stress, le fait de toujours bien aller, de présenter aux gens par les médias sociaux ou par peu importe quoi à quel point notre vie est belle, à quelque part on dirait que ça fait juste nourrir encore plus un vide intérieur et on a voulu s’attaquer à ce sujet-là pour justement aborder une réflexion et se dire «on peut tu prendre un break? On peux-tu se permettre des fois d’être triste? On peux-tu se permettre d’être vraiment qui on est, c’est-à-dire l’humain imparfait?» et en acceptant cette nature-là, peut-être qu’on va vraiment devenir meilleurs.

Myriam : Vous semblez apprécier les spectacles de gang, comme le prouve les soirées de jam que vous faisiez après le Festival d’Été de Québec (FEQ) si je ne me trompe pas. Qu’est-ce que vous aimez le plus de jouer avec d’autres artistes?
Simon : Ça ça a été une école complètement magnifique parce que tu sais quand tu es un musicien de Québec il faut que tu sois diversifié dans ton travail, il faut que tu sois capable, si tu veux gagner ta vie, de faire plein d’affaires parce que évidemment il n’y a pas nécessairement une scène assez grosse pour chacun des styles donc on s’est retrouvés, jeunes musiciens, à vouloir jouer le plus possible et le fait de faire des jams après le FEQ, et on en faisait à tous les mardis soirs pendant environ cinq ans, c’était vraiment hot parce qu’on pouvait jouer avec un musicien du Burkina Faso qui débarque avec un gyil et après ça jouer du reggae avec un gars du Cap-Vert et après ça jouer une chanson de folk avec une jeune chanteuse de Québec. Dans la même soirée on enchaînait tous ces styles-là, c’était hyper varié, ça donnait vraiment un spectacle qui était assez tout-aller et en même temps c’est de l’improvisation. On sait jamais ce qu’on va faire, on sait jamais qu’est-ce que ça va donner, mais on se lance, sans filet. Je pense qu’il n’y a pas de meilleure école que ça pour un jeune musicien. C’est assez épique comme soirée.

Myriam : comment ça vous était venu cette idée de soirée de jam avec des gens que vous ne connaissiez pas?
Simon : au départ, j’avais rencontré une fille au dépanneur, que je savais qu’elle chantait parce que je l’avais déjà vue chanter au Sacrilège. Elle m’avait dit «je fais des jams pendant le FÉQ, ça te tentes-tu d’y aller?» et finalement son batteur s’est désisté, j’ai pris la place du batteur, et quelque temps après, elle est partie faire des jams dans un autre bar et moi j’ai récupéré les jams. J’ai fait venir mes collègues et amis de toujours Martin [Plante], Simon [Guénard], qui sont aussi dans Raton Lover, et on a rebâti cette soirée-là pour les années qui ont suivi.
Myriam : Quel coup de chance quand même!
Simon : C’est un coup de chance mais c’était aussi un coup de tu sais quand tu sens que… je sais pas… Tu rencontres quelqu’un et qu’elle te dit de quoi… Là tu fais «hey, tu chantais pas l’autre jour au Sacrilège?» «Oui, justement je fais ça!» C’est souvent des rencontres fortuites mais il faut leur donner juste assez d’espace pour nous surprendre, ça s’en est un bon exemple.

Myriam : je viens de repenser au fait que tantôt tu m’as dit que vous faisiez tous partie de plusieurs projets en même temps, qu’est-ce qui vous pousse à faire partie de plusieurs projets en même temps?
Simon : Donne-moi une seconde je réfléchis… je pense que ça va dans le même sens que ma réponse du jam de tantôt. Au sens que quand tu veux faire de la musique et que tu es à Québec, à peu près tous les musiciens que je connais sont dans 14 projets. J’exagère un peu mais ils sont dans beaucoup de choses. C’est justement en multipliant l’identité artistique là qu’on peut nous-mêmes en tant qu’individu essayer plein de choses. Comme par exemple, demain Martin [Plante] et moi on va jouer du reggae avec Le Panda chez Simon Kearney. C’est un autre développement, une autre façon de voir la musique, c’est extrêmement enrichissant car d’un projet à l’autre, il y a toujours des idées qui se passent, des idées musicales. Je te parlais du bouche à oreille. C’est sûr que demain quand je vais voir Simon Kearney il va me dire «ah oui, as-tu écouter telle affaire qui vient de sortir?» c’est un peu sans arrêt tout ça et je pense que c’est la meilleure chose pour un musicien. Je serais pas surpris qu’à quelque part ça soit un peu pour ça que la musique de Québec ressort un peu, en tout cas plus qu’avant, au niveau national. Il a vraiment une belle effervescence là-dedans, les gens sont dans un esprit de collaboration. C’est pas juste une façon de jouer et de s’engager en tant que musicien, mais aussi pour faire de la co-écriture. Je considère qu’en dehors pour mettre un nom pour un feature et compagnie, demandé par ta compagnie de disque de mettre telle personne parce que ça va t’aider à élargir ton public et vraiment juste faire de la musique avec quelqu’un parce que tu as envie d’écrire des chansons avec, pour moi c’est deux choses totalement différente, et à Québec il y a beaucoup de gens qui se mobilisent pour co-créer et partager le plus possible. Je me considère extrêmement chanceux de vivre à cette époque-ci de la musique à Québec.

Myriam : J’ai cru comprendre que pour vous, le groupe représente une cellule familiale. Qu’est-ce que vous entendez par là?
Simon : On est comme des frères. On est tous différents, et on travaille toujours pour la famille. Je pense que c’est un esprit de communauté à la base dans laquelle les gens en général ont tendance à se greffer quand on arrive quelque part, je pense que ça se sent, c’est vraiment dans la vibe, on va arriver dans un festival, on est comme une petite famille qui se promène et qui s’élargit avec d’autres personnes. Par exemple, le Festival de la chanson de Tadoussac l’an dernier ils nous ont engagé pour être le house band sur la plage, ils ont invité des artistes, on a joué avec Sara Dufour, Marc Déry, en tout cas je ne te nommerai pas tous les noms. Quand tu sens qu’il y a une famille et des gens qui sont liés, c’est facile de t’y greffer. Tu sais quand tu rentres quelque part et que tu sens que les gens sont à l’aise ensemble, c’est un peu ça je pense qui est notre force à quelque part. Après ça, les gens peuvent se greffer à nous, sentir aussi qu’ils font partie de cette énergie-là de cellule familiale.

Pour ma dernière question, je lui ai envoyé en courriel et voici sa réponse :
La question que j’aimerais me faire poser :
Quelle est ton anecdote de tournée préférée?
La fois où on a joué pour la Saint-Jean Baptiste dans la ville de Racine et que l’organisateur nous a donné le choix entre dormir à l’auberge ou à l’Aérogare Transdimensionnelle. Évidemment, on a choisi la deuxième option mais on ne pouvait y aller qu’à une seule condition, on n’avait pas le droit de rire…
Après le soundcheck, on s’est donc rendu avec Gilles, le propriétaire, dans son ancienne commune des années 70 au top d’une montagne dont le sol est connu pour sa richesse en quartz. UFO parking only, pouvait-on lire près de la porte d’entrée. À l’intérieur il y avait des tapis de shaggy rouges et des sculptures de bois représentant des personnes nues, de dos, se tenant la main (voir photo). Des groupes de personnes échangeaient, un peu comme on le fait dans une thérapie de groupe. On est allé faire le show et quand on est rentré à l’Aérogare au milieu de la nuit, il y avait un gars qui s’affairait à faire la centrale de communications en observation extra-terrestre. On a passé un bout de temps avec lui et il nous a montré la “preuve” de leur existence sur Youtube. Le lendemain, on a rencontré un couple à la recherche d’un Sasquatch qui nous questionnaient sur la présence de tas de roches dans les bois. Après maintes discussions sur les orbes de lumière et les timelines quantiques avec Gilles et son équipe de chercheurs hors de l’ordinaire, on nous a demandé si on restait pour le “CE-5”… On s’est excusé et on est parti. En route vers Québec, en passant par l’Avenir, on a googlé CE-5 et c’était classé comme “Close Encounter of de fifth kind”; c’est-à-dire: une rencontre extraterrestre avec contact physique qui laisse des séquelles irréversibles. On s’est dit qu’on avait bien fait de ne pas rester…
*** Attention, ceci est une histoire vraie

Voici la photo : 

Quiz musical :

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter
une chanson, c’est laquelle?
Pink MoonNick Drake, c’est probablement la chanson qui m’apaise le plus dans tout ce que j’ai écouté, y’en a qui trouvent ça deep ou downant, moi j’trouve ça mystique et enveloppant!
2. Ta chanson de rupture préférée?
Sixto RodriguezForget it, parce que c’est comme ça que j’ai toujours rêvé de réagir, idéal sans concession que je n’ai jamais atteint!
3. Ta chanson d’amour préférée ?
Amy de Ryan Adams, malgré les scandales et les allégations à son sujet, la chanson en soi demeure une de mes préférées.
4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Le groupe Casual Rites, qui est sincèrement un des meilleurs groupes que je connaisse, peu de francophones d’origine arrivent à me convaincre en chantant en anglais, eux oui, ils sont excellents, peu importe la langue!
5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Notre-Dame des Sept-Douleurs de Klô Pelgag, j’en peux plus d’attendre de pouvoir l’écouter au complet, je m’en contenterais pendant un an je pense!
6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
En ce moment, c’est le chanson How I Feel, la version de Wax Taylor parce qu’elle représente l’espoir d’un jour nouveau pis j’trouve ça motivant.
7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Daniel Bélanger, sa grandeur d’âme, sa bienveillance, son écriture et son sens de la mélodie m’impressionneront toujours.
8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
C’est weird mais la chanson qui m’obsède le plus est toujours celle que je suis en train d’écrire, bonne ou pas bonne hahah! Je la vire de tous les bords dans ma tête et la remâche sans arrêt. J’peux pas te dire le titre, elle n’en a pas encore un.
9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
La vie est si fragile de Luc De Larochellière, il y a des chansons comme ça qui touchent à une vérité que tout le monde peut voir mais que personne avant n’était arrivé à mettre en mots ou en images. Si un jour j’arrive à faire ça, je serai vraiment un artiste accompli.
10. Ta chanson (à toi) préférée?
Ça dépend dans quel sens…
Pour le texte, j’dirais L’amour sans le deuil
Pour la musique j’dirais Husky

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