On vous présente : Marie-Gold

Marie-Gold, l’ingénieure du rap québ


© Photo trouvée sur la page Facebook de Marie-Gold

Par : Myriam Bercier

MatTV vous présente une nouvelle chronique : On vous présente… En effet, dans les prochaines semaines, nous vous ferons découvrir des artistes underground qui méritent d’être plus connus. Cette chronique se déclinera en trois parties : un aspect descriptif de l’artiste, des questions générales sur sa carrière et un quiz musical rempli par l’artiste. Aujourd’hui, je fête le deuxième mois de ma chronique avec la rappeuse Marie-Gold.

Certains ont découvert la rappeuse Marie-Gold dans le collectif Bad Nylon, duquel elle a fait partie de 2015 à 2018. Elle fait désormais son bout de chemin seule depuis 2018. Si cette année a marqué la fin dudit collectif, c’est aussi l’année du lancement de son premier EP Goal : une mélodie qui a remporté le prix EP rap de l’année au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ). En 2019, l’artiste a participé aux Francouvertes en même temps que P’tit Belliveau (qu’on a pu apprendre à connaître dans une chronique antérieure).

© Adrian Villagomez

En se lançant dans le rap, Marie-Gold a comme objectif d’être un modèle pour les filles qui veulent rapper. Or, elle refuse toute catégorisation de son rap selon son genre. Selon elle, le rap féminin n’est en effet ni une sous-division du rap ni une catégorie à part.

Le 27 mars 2020, elle a lancé son premier album : Règle d’or. Cet album est né quelque part dans un camp d’écriture à Paris à l’automne dernier auquel la rappeuse a participé. Son album aborde la validité de chaque parcours, l’importance de remettre en question les traditions et l’impératif besoin de revoir les codes. Par exemple, sa chanson Mémoire a pour thème l’affirmation de soi et le droit de s’exprimer sans censure alors que Aucun Bling dénonce les failles du système économique en invoquant les (ses?) difficultés financières. Une pièce comme Doser, qui clôt d’ailleurs l’album, parle de surmenage, d’ambitions démesurées et d’anxiété qui rencontre parfois les sentiments d’accomplissement et de réussite.

Voici ma rencontre téléphonique avec la rappeuse et étudiante en génie Marie-Gold. Il y a été question notamment de l’inspiration qu’on peut trouver dans les deadlines, de Jenny Salgado, connue sous son nom de rappeuse J-Kyll du groupe Muzion et de ses études.

© Lian Benoît


Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?

Marie-Gold : Moi j’ai commencé en faisant de l’improvisation au cégep, j’étais beaucoup entourée de musiciens et je pense que ça m’attirait vraiment mais je ne savais pas par où commencer et le rap, c’était le début de la génération actuelle et j’étais vraiment attirée par le dynamisme du rap. L’espèce de comportement que, aujourd’hui je me rends compte qui est un peu cliché du «dans ta face» et être vraiment vraiment confiant et je sentais que c’était comme un défi aussi parce que je voyais aussi qu’à l’époque il y avait encore moins de femmes qui étaient dans le milieu mais moi je trouvais que c’était comme un challenge, un défi qui me parlait. Comme je voulais commencer à faire de la musique justement, ben faire des beats sur un logiciel chez moi, avec pas nécessairement besoin de grandes connaissances musicales c’était une bonne porte d’entrée pour moi.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire le plus pour créer de la musique?
Marie-Gold : C’est vraiment dur de mettre le doigt dessus, parce que sinon je serais tout le temps en train de faire des hits. Mais je pense que c’est comme une espèce de questionnement constant du musicien «c’est quoi qui est inspirant?» Moi je trouve que les deadlines, c’est niaiseux mais moi les deadlines ça m’inspire. S’il faut que je livre, c’est là que je vais être comme «OK go go, j’y vais» et je vais plus me mettre dans un contexte où je vais créer, créer, créer et finalement mettre le doigt sur quelque chose. Ce genre de contexte-là m’inspire énormément.

Myriam : Tu dis que tu te mets dans un contexte pour créer, c’est quoi le meilleur contexte pour toi pour créer?
Marie-Gold : Justement c’est un contexte avec une forme d’urgence, souvent je vais me dire «OK, j’ai un show dans deux semaines, je veux vraiment présenter cette chanson-là, donc je vais la terminer» et là je travaille là-dessus. Mais ce qui inspire après l’âme des chansons, les sujets ça va être vraiment plus des expériences personnelles.

Myriam : De 2015 à 2018, tu as été dans le collectif Bad Nylon dont tu es l’une des membres fondatrices. Vous avez décidé de mettre fin au projet en 2018, en lançant votre album, et tu as lancé ton premier EP la même année. Est-ce qu’il y a des aspects du collectif qui te manque dans ta création musicale?
Marie-Gold : premièrement, l’aspect social clairement. Tu sais juste être une gang de personnes, se soutenir, c’était génial en ce sens-là, et je pense qu’il y a aussi l’idée de travailler en équipe, d’avoir un support affectif des autres, de s’encourager. Les filles y’a une époque on faisait toutes des rap battle en même temps et ça, c’était tellement cool et drôle. Mais ce dynamisme d’équipe-là je le retrouve plus en ce moment avec ma gérante, avec mes collaborateurs et tout mais tu sais avoir une gang de quatre filles qui s’en c*lice un peu entre guillemet, je pense que c’est le bon terme pour dire qu’on était décomplexées mais en même temps vulnérables entre nous. C’état comme trop cool d’avoir ces modèles de femmes fortes là autour de soi, aussi proches.

Myriam : Pour ton premier EP, Goal : une mélodie, tu as tout composé les beats et les raps, mais pour Règle d’or, tu as décidé de te laisser aider par d’autres artistes français, québécois et belges. Qu’est-ce qui t’a amené à cette décision?
Marie-Gold : je voulais faire des beats plus banger, donc plus entraînants parce qu’en show j’avais envie que ce soit cette énergie-là. Moi, au niveau de mon producing, je pense que c’est ça sur quoi je plafonnais le plus et j’avais vraiment envie de valoriser le travail d’équipe et l’acquisition de compétences ailleurs donc moi en ce moment je veux vraiment trouver cette balance-là entre quelqu’un qui m’envoie un beat ou trouver des beats, écrire dessus, mais, comme je suis producer, grâce à mon EP, grâce à Bad Nylon, après moi je peux jouer dans la session, je peux faire des arrangements, je peux modifier le beat à ma guise. Ça, ça me donne vraiment ce pouvoir-là. C’est vraiment une juste balance que j’ai trouvée en ce moment.

Myriam : L’idée maîtresse du titre de ton album, règle d’or, te vient d’une citation du philosophe George Bernard Shaw qui disait ceci : «la seule règle d’or c’est qu’il n’y a pas de règle d’or». Comment es-tu tombé sur cette citation?
Marie-Gold : J’étais chez un ami, et il avait le livre de toutes les citations du monde; je pense pas que c’est ça le titre exact, mais c’est un livre qui regroupait énormément de citations. Je l’ai ouvert, je suis tombée là-dessus et ça m’a tout de suite parlé parce qu’il y avait la référence. Ce que je trouvais cool, c’était pas juste écrit «la seule règle d’or c’est qu’il n’y a pas de règle d’or» – George Bernard Shaw, 1818. C’était écrit : «- George Bernard Shaw, tiré de son livre Maximes pour révolutionnaires.» J’étais comme «wow!»; je trouvais ça tellement puissant. Ça vient aussi avec l’idée qu’à travers mon album, soit le processus ou carrément le flow musical, j’essaie de ne pas tomber dans certaines normes ou certains clichés. Par exemple, je suis encore à l’école en génie physique en ce moment, et je sais que c’est un parcours inhabituel pour une rappeuse. Pendant longtemps je me demandais si c’était le bon parcours et là j’accepte d’être un petit peu plus mouton noir sur plein d’aspects et que finalement, c’est ça qui est innovateur et qui est une bonne chose.

Myriam : J’osais pas en parler dans l’entrevue parce que c’était pas «music related», mais tu en parles donc pourquoi le génie? Qu’est-ce qui t’amène là-dedans, qu’est-ce qui te motive là-dedans?
Marie-Gold : Au début j’avais commencé à étudier plus en physique et en écologie, en biologie, mais je pense que je trouvais que le génie c’était comme une formation vraiment complète qui sortait un peu du cadre mathématique et scientifique […]. C’est allé chercher chez moi un peu mon côté entrepreneur, créateur, trouver une solution à des problèmes. Je pense que c’est une formation qui peut ouvrir … Il y avait des cours d’économie là-dedans, des cours de génie électrique là-dedans donc c’était pas juste une formation en maths et physique traditionnelle, je trouvais que c’était comme un package deal plus complet. Je trouvais que ça me donnait plein d’outils pour le futur. C’est une plus grande culture générale, une formation plus complète.

Myriam : OK, donc tu fais des études en génie plus pour la culture générale que pour une carrière après si je te comprends bien?
Marie-Gold : oui oui en ce moment je suis dans mes études aussi mais en parallèle à ça c’est moi qui veux rester informée sur le développement des technologies actuelles, sur la politique en société, c’est super important pour moi, comment je peux m’impliquer là-dedans aussi de ce côté-là. C’est pour ça que je ne fais pas de merch, parce que je sais c’est comme la situation sur l’environnement en ce moment moi je ne me sens pas à l’aise comme artiste d’encourager ce système de consommation-là. Ça fait partie de mon présent, définitivement.

Myriam : C’est vraiment intéressant! Mais revenons à «la seule règle d’or c’est qu’il n’y a pas de règle d’or».  Que signifie cette citation pour toi exactement?
Marie-Gold : je pense que ça signifie juste comme un rappel de requestionner les règles, les normes et de toujours être conscients dans les choix qu’on fait et pas juste parce que c’est une norme établie, un consensus général. Je pense que c’est un peu une règle que tout le monde se donne en musique et en arts, justement de requestionner les traditions. C’est juste une citation de se rappeler ça en ce sens, que tout est permis finalement.

Myriam : L’album se conclut sur la voix de Jenny Salgado, pionnière du rap québécois dans le groupe Muzion. Quels impacts a-t-elle eus sur ta carrière et sur la création de ton album?
Marie-Gold : en fait Jenny, quand je me suis lancée en solo, c’était hyper important pour moi d’aller prendre un café avec elle, et je voulais qu’elle me raconte personnellement son histoire, comment elle voyait l’état du rap québécois. Je l’avais vue en entrevue un an avant ce café-là et ça m’avait vraiment choquée, ça avait vraiment été comme une claque dans la face comment elle parlait de l’industrie et tout. Pour moi, c’est important d’avoir une parole empreinte de sagesse et d’expérience. Elle a pas vraiment teinté le reste de mon album, les tracks et tout, on ne fait pas non plus dans le même genre de hip-hop musical quand je compare avec sa musique qu’elle fait en ce moment mais j’avais vraiment envie qu’elle amène sa poésie à l’album. Ce que je consomme d’elle en ce moment c’est beaucoup ses textes, son écriture, son slam; j’avais envie qu’elle le fasse sur cette forme-là et c’était un peu un sceau d’approbation. Moi, Ses paroles, ça va m’accompagner pour le reste de ma carrière.

Myriam : donc dans le fond, cette chanson-là, tu as écrit ton texte et elle a rajouté une partie de son texte dessus?
Marie-Gold : oui exactement c’est le seul beat de l’album que j’ai composé de A à Z aussi. À la fin, j’ai rallongé la partie de piano et j’étais comme «hey, j’aimerais ça que tu [closes] l’album» un peu comme Oxmo Puccino avait fait sur l’album de Hamza qui est un rappeur français. J’avais trouvé ça vraiment puissant comme approche et je me disais «ah, j’aimerais ça faire ça avec J-Kyll

À l’instar de tous les autres artistes rejoints par téléphone, Marie-Gold m’a fait parvenir la dernière question par courriel, avec ses réponses au quiz musical. Voici ses réponses :

Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu?
“Qu’est-ce que tu lis en ce moment?”
“L’encyclopédie de savoir relatif et absolu” de Bernard Werber et “Théorie des révolutions scientifiques” de Thomas Kuhn

Quiz musical :

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Hell N Back” de Bakar

2. Ta chanson de rupture préférée?
En ce moment, ce serait “Soon (feat. Dune & Crayon)” de Swing.

3. Ta chanson d’amour préférée ?
Until Morning” de James Vickery

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Lala&ce, qu’on pourrait namedrop davantage lorsque l’on parle de rap français

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Tristesse Business” de Luidji

6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
Say so” de Doja Cat

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Grimes ou Hamza

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Trap Beldi” de ISSAM

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Jalousie” de Angèle. Je trouve juste que c’est une chanson pop super bien écrite et enchaînée.

10. Ta chanson (à toi) préférée?

La seule règle” ou “s.w.t.id.”. Sur la seconde, j’adore le mood (prod. de Déjàvu) et le texte. C’est la dernière chanson que j’ai fait pour l’album, en plus. Ma chanson préférée n’est pas encore sortie, cela dit!

Vous pourriez aussi aimer...