On vous présente : Laure Briard

Le voyage au bout de la langue


© Laure Briard, photo de Kamila K. Stanley

Par : Myriam Bercier

Ma chronique On vous présente est de retour pour l’année 2021! En guise de rappel, On vous présente vise à vous faire découvrir des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, c’est la Toulousaine Laure Briard qu’on vous présente!

Laure Briard a commencé sa carrière prolifique avec Julien Barbagallo (AquasergeTame Impala). Avec son son oscillant entre le yéyé français, le rock garage des années 60 et le psyché moderne, l’artiste est souvent comparée à Françoise Hardy et Jeanne Moreau. En 2012, elle lance son premier EP, Laure Briard chante la France suivi en 2015 de son premier album complet Révélation. Ce premier album est très lié à une rupture amoureuse difficile, comme l’illustre le son pop-rock intimiste et désillusionné qu’on y retrouve. L’année d’après, elle fait paraître son deuxième album en carrière Sur la piste de danse, puis en 2017 c’est au tour de l’EP Sorcellerie de voir le jour, un EP plus mélancolique au son yéyé psychédélique avec notamment une reprise de Jeanne Moreau On dit que je ne suis pas sage.

© Laure Briard, photo de Kamila K. Stanley

En 2018, elle se tente à enregistrer au Brésil et à chanter en portugais avec son EP Coração Louco (littéralement Coeur fou) encouragée par le groupe brésilien The Boogarins. On y retrouve encore une fois un son assez psychédélique, notamment la pièce Numa Fria Noite qui dure huit minutes et qui peut faire penser un trip d’acide, un délire fiévreux ainsi qu’une collision d’esprits fous et libres. Un peu d’amour s’il vous plaît est lancé en 2019 comme un appel universel. Il s’agit de son troisième album en carrière. On y retrouve le thème récurrent de l’amour, notamment de croire en l’amour malgré ses bas, ses souffrances et ses combats. On y retrouve également des personnages hauts en couleur, le quotidien et la détresse magnifiée, le tout, interprété de manière dramatique et insolente.

En février 2021, elle revient au portugais dans son EP Eu Voo dans lequel on retrouve plusieurs thèmes, dont l’amour, la tristesse, le voyage, la magie et l’intensité des émotions. Par exemple, sa pièce Eu Voo (je vole, littéralement) parle de traverser l’océan pour retrouver l’être aimé; il s’agit d’une histoire d’amour à distance. Ce EP est enregistré au Dissenso Studio à São Paulo.


© Laure Briard, photo de Andre Peniche

J’ai eu la chance de lui parler par zoom la semaine passée. Nous avons discuté entre autres de son parcours atypique, d’enregistrer dans une autre langue et dans un autre pays, de l’impact d’avoir une de ses chansons dans une série populaire de Netflix et de la création de son premier EP en portugais alors qu’elle était sur une forte médication pour une pneumopathie. Sans plus attendre, voici notre entrevue!

Myriam : Tu as fait des études en criminologie, tu as été actrice et maintenant tu es musicienne. Comment expliques-tu ce chemin, qu’est-ce qui t’a amené en musique?
Laure : Effectivement, je suis passée par pas mal de chemins. Depuis que je suis adolescente, j’ai un rapport obsessionnel avec la musique. J’ai toujours aimé écouter beaucoup beaucoup beaucoup de la musique, aller chercher des trucs. Je jouais de la batterie quand j’avais 16 ou 17 ans, mais je ne chantais pas. Je ne trouvais pas… je ne me disais pas « ah oui ma voix, je pourrais faire ça avec… » (rires) Pendant mes études, j’ai fait du théâtre, pendant plusieurs années, je voulais vraiment être comédienne. Ça ne s’est pas passé comme prévu, je suis allée vivre à Paris pour me lancer, ça n’a pas fonctionné donc j’ai bifurqué, j’ai fait de la criminologie, car j’ai toujours été intéressée par la psychologie des tueurs en série. Voilà en gros, c’est résumé très rapidement, très sommairement. Je pense que c’est à ce moment-là, vers 25-26 ans, que j’ai commencé à chanter sur des morceaux qui n’étaient pas les miens, c’étaient des paroles qu’on m’écrivait parce qu’à l’époque je collaborais avec un musicien. J’aimais bien, mais disons que je ne me disais pas que ça pouvait être mon métier. Après, j’ai voulu apprendre un instrument, le clavier, après j’ai appris la guitare seule. Il y a eu un moment dans ma vie où j’ai vraiment voulu écrire mes textes et composer, vraiment aller à fond dans le processus. Puis, je me suis dit « je veux en faire mon métier, je veux vivre de ça. » Ça a pris beaucoup de temps, ça a été assez long.

Myriam : As-tu un processus de création? Si oui, lequel?
Laure : Pas du tout. Je ne sais pas si c’est lié au fait d’avoir appris toute seule les instruments, mais je n’ai pas du tout de processus d’écriture ou de truc ritualisé. J’écris quand ça me vient, quand je sens que j’ai quelque chose à dire ou que j’ai des idées, parce que souvent je n’ai pas d’idées. Il peut y avoir des périodes de plusieurs jours où je vais écrire, et ça va être entrecoupées de longues périodes où je ne vais pas écrire ni composer. C’est complètement anarchique en fait, et ça vient quand ça vient. Parfois c’est le texte que j’ai, parfois c’est uniquement la mélodie, parfois je vais envoyer un texte à quelqu’un pour qu’il me fasse la mélodie, parfois c’est tout mélangé. Je n’ai pas de processus.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire dans ce cas-ci pour créer une chanson?
Laure : J’avoue qu’il y a pas mal de mes morceaux que j’ai écrits qui sont un peu autobiographiques, d’une manière ou d’une autre ça parle de ce que j’ai pu ressentir dans ma vie en général. J’ai beaucoup écrit sur l’amour, les amours déçues, d’autres sur des thèmes tirés de la vie quotidienne, des sentiments de la vie de tous les jours en fait et aussi les voyages parce que j’ai eu la chance de pouvoir voyager et c’est vrai que j’ai souvent écrit à leur retour au sujet de mes sentiments, les émotions que ça avait provoqué en moi.

Myriam : La mer semble t’inspirer beaucoup, je pense notamment à tes chansons Marin solitaire et Supertrama, peux-tu nous expliquer pourquoi?
Laure : C’est vrai que j’ai un rapport très particulier avec la mer, et plus particulièrement l’océan. Je pense que c’est dû au fait que depuis que je suis petite, je vais dans une région, dans les Landes en France où il y a l’océan Atlantique et ça a toujours été quelque chose pour moi de synonyme de liberté, de pouvoir regarder, d’apaisement aussi, de regarder l’océan, de regarder les vagues. Il y a quelque chose qui me rappelle des souvenirs d’été, de bonheur. Je ne sais pas, quand je vois l’océan ou la mer, ça me fait toujours quelque chose, même maintenant j’y habite, j’ai déménagé au bord de l’océan, et je sais que tous les jours, même si je vais me promener, je me dis « wow! », c’est hyper fort pour moi, hyper puissant le symbolisme de l’océan, de la mer, des vagues. C’est vrai que ça revient souvent dans mes chansons.

Myriam : En 2018, tu enregistres ton premier EP en portugais au Brésil, comment ça s’est passé l’écriture dans une autre langue, enregistrer un album dans un autre pays?
Laure : Je n’ai pas appris le portugais à l’école. J’avais des petites notions dues au fait que j’ai beaucoup écouté de musique brésilienne, ça fait très longtemps et que j’aime bien chercher les traductions des chansons; il y a des mots qui m’ont marquée, des phrases. Puis, j’ai appris les base dans mon coin. Le premier morceau que j’ai composé en portugais, c’était juste avant d’aller au Brésil pour la première fois en tournée. C’était deux ou trois jours avant de partir, je me suis mise à la guitare, j’ai trouvé des accords et des paroles assez simples, j’ai fait ça toute seule. Après, c’étaient des mots simples. Je me suis dit que ce serait l’occasion de jouer cette chanson avec mes musiciens en direct et de voir comment les gens réagissent au Brésil par rapport à ça. J’avais juste une chanson guitare-voix et après on a arrangé, quand on a répété avant la tournée, on en a fait une chanson guitare batterie assez psyché et j’étais trop contente. Quand on était en tournée, à moment donné on a passé plusieurs jours à Goiana, la ville d’où viennent les Boogarins, on y est restés plusieurs jours et ils m’ont dit « il est cool ce morceau, il faudrait que tu l’enregistres, on a des potes qui ont un studio, vous allez pouvoir faire une session live. » On a enregistré ce morceau, c’était super, puis quand je suis rentrée du Brésil, j’étais complètement nostalgique, ça m’avait tellement bouleversée ce voyage, j’avais tellement été contente d’avoir pu enregistrer ce morceau que je me suis dit que j’allais en écrire d’autres.

J’ai eu une pneumopathie, qui est comme une pneumonie mais en un peu moins grave. Je ne pouvais rien faire, je ne pouvais plus sortir de chez moi. J’étais bloquée chez moi car je ne pouvais plus très bien respirer. Je prenais des médicaments très forts, c’était comme si j’étais dans un autre monde, j’étais un peu droguée. J’étais chez moi et je pouvais rien faire d’autre, donc je me suis dit « je vais écrire en portugais » et c’est là que j’ai composé et écrit le premier EP. Je pense qu’il s’est vraiment passé quelque chose de magique mais aussi de chimique par rapport aux médicaments que je prenais. C’est vrai que ça a été assez fou quand même, parce que j’avais l’impression d’avoir une espèce d’inspiration divine. C’est assez space (rires).

Myriam : As-tu remarqué des différences entre enregistrer en France versus au Brésil?
Laure : Oui, déjà, le contexte fait que quand je me retrouve au Brésil à enregistrer un disque, c’est quand même pour moi inimaginable. Juste ça, c’est différent, et ça rajoute sûrement quelque chose en moi.  Le fait que je sois aussi avec des musiciens français, à la différence du premier EP, que j’étais venue enregistrer toute seule, entourée de musiciens Brésiliens. C’était assez surréaliste. Je suis débarquée là avec des gens que je ne connaissais pas forcément, que j’avais rencontré, qui m’avait aidée et en qui j’avais une grande confiance, avec qui je me sentais super bien, mais c’étaient des gens que je ne connaissais pas, alors que j’étais habituée en France à enregistrer avec mon équipe, ma famille musicale, mes ami.e.s. Il y avait quelque chose d’un peu particulier, mais en même temps super intéressant dans nos rapports, dans l’évolution de l’enregistrement, dans la confiance mutuelle. C’est vrai que le fait d’être au Brésil c’est un truc de fou.

Myriam : On peut t’entendre chanter en français, en anglais et en portugais, est-ce qu’il y a une langue que tu préfères pour l’écriture de tes chansons ou est-ce que les trois te permettent d’explorer des choses différentes?
Laure : Je pense que les trois me permettent d’explorer ou de dire des choses différentes en fait. Après, forcément, ce n’est pas du tout le même processus parce qu’en français c’est naturel même si c’est très dur d’écrire en français, dans sa propre langue que tout le monde va comprendre ici, il y a une dimension assez particulière. En anglais, ça dépend aussi. En portugais, c’est autre chose, parce que je suis moins à l’aise, j’ai besoin d’aide à la traduction, de correction et tout ça mais c’est vrai que je pense que je ne dirais pas par exemple en portugais ce que je pourrais dire en français mais je ne sais pas trop comment l’expliquer en fait. C’est un feeling, j’ai du mal à l’expliquer, mais c’est vrai que … comment dire? Je me permets par exemple en portugais d’utiliser des images que je n’utiliserais pas en français, voilà.

Myriam : Deux de tes chansons se retrouvent dans la série Emily in Paris, comment as-tu été approchée?
Laure : Il n’y en a qu’une!
Myriam : J’avais lu deux, pardonne-moi!
Laure : Figure-toi que oui, j’ai vu quelque part… une fois j’ai lu un truc où l’article disait deux mais en fait c’est une. J’ai des éditeurs en France, je pense qu’ils ont proposé beaucoup de groupes de leur catalogue à la série et ils en ont retenus plusieurs car on a été plusieurs de la même boîte d’édition à figurer dans la bande-sonore de la série. Ça n’est pas passé par moi, ça s’est fait …
Myriam : Hors de ton contrôle?
Laure : Oui, c’est ça.
Myriam : As-tu senti des répercussions depuis, par exemple plus d’écoutes sur Spotify ou des trucs comme ça?
Laure : Pas plus que ça. Je pense que oui, sur le titre, il y a eu un petit plus au niveau des écoutes, mais ce n’est pas non plus fou-fou quoi.
Myriam : Je me disais que c’est quand même un succès, c’est un truc fait par Netflix donc peut-être…
Laure : Non, c’est plus compliqué que ça.

Myriam : Qu’est-ce qui t’attend en 2021?
Laure : Comme 90 ou 95% des gens sur la planète, j’aimerais que ce virus disparaisse, qu’on arrive à faire quelque chose, parce que là ça fait un an que je suis en arrêt, comme beaucoup d’autres personnes, et là je sens vraiment les limites, surtout qu’en plus j’ai ce disque qui est sorti en février, normalement je serais en train de le jouer en live et j’ai des perspectives de jouer dans des pays étrangers mais là tout s’efface un peu, tout s’éloigne. J’aimerais pouvoir me dire que c’est possible vite. Même en France je ne peux pas jouer, je ne sais pas comment c’est chez vous, la situation…
Myriam : Tu vois, nous ils ont ouvert les salles de spectacle le 26 […] on ne sait pas pour combien de temps car la troisième vague s’amène mais pour l’instant tout est ouvert.
Laure : Nous non, tout est fermé encore et ce n’est pas prévu que ça rouvre pour l’instant. Je ne sais pas franchement, j’hésite. Je n’ai aucune visibilité en fait, j’aimerais vraiment faire du live en 2021, j’aimerais jouer, j’aimerais voyager et faire voyager ma musique, ça serait super.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Laure : (rires) Je me poserais la question : qu’est-ce que tu aurais voulu faire si tu n’avais pas fait de la musique.
Je dirais qu’il y a plein de choses qui m’intéressent en dehors de la musique forcément, j’aurais bien aimé être médecin légiste, c’est-à-dire faire parler les morts (rires) après je n’aurais jamais pu faire médecine parce que j’étais nulle en maths et en biologie, donc je n’aurais pas pu, mais dans l’idéal je trouve que ce métier, qui est très particulier, on est d’accord, mais que … je ne sais pas, j’y ai souvent pensé. Sinon j’aurais bien aimé être anthropologue et travailler sur des religions comme le vaudou ou le candomblé au Brésil, travailler sur les phénomènes de la transe dans les tribus ou des choses comme ça. Explorer des régions, voir des coutumes, remonter à l’ancien temps. Je trouve ça super intéressant. Sinon, j’aurais pu être profiler.

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Two princes de Spin Doctors

2. Ta chanson de rupture préférée?
Voilà de Françoise Hardy

3. Ta chanson d’amour préférée ?
L’amour joue au violon de Jeanette

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Norma: https://www.facebook.com/iamnorma

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Acabou chorare de Novos Baianos

6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
Que pena de Jorge Ben

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Véronique Sanson

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Vancouver de Véronique Sanson

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
I feel the earth de Carole King

10. Ta chanson (à toi en tant qu’artiste) préférée?
Marin solitaire

 

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