On vous présente : Karolan Boily

Karolan Boily et les émotions en phénomène naturel


© Karolan Boily, crédit photo de Gabriel G. Cohen

Par : Myriam Bercier

MatTv.ca vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous faire découvrir des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, pleins feux sur Karolan Boily.

Karolan Boily est une autrice-compositrice-interprète originaire de Saint-Raymond-de-Portneuf qui offre un mélange de pop-rock, de post-rock et d’ambiant. La diplômée de l’École nationale de la chanson (ENC) de la cuvée de 2016-2017 a un parcours académique musical important, en voici quelques points phares : enfant, elle prend des cours de chant avant même de savoir lire, adolescente sa participation au concours Secondaire en spectacle lui permet d’obtenir une session d’enregistrement au Studio Sismique et d’aller au Camp en chanson de Petite-Vallée et jeune adulte, elle termine un diplôme d’études collégiales en musique et chant au Cégep Marie-Victorin. Elle s’illustre dans quelques concours, dont MusiQualité et Musika.


© Karolan Boily, crédit photo de Gabriel G. Cohen

En février 2020, elle fait paraître son premier EP, Les éclats de verre en résistance, dans lequel on suit son évolution émotionnelle à la suite d’un échec amoureux, qui représente pas moins de cinq ans de sa vie sur lesquels elle boucle la boucle. Sa pièce Les amants pyromanes notamment traite du moment de la séparation de deux personnes qui s’aiment, mais qui ne peuvent être ensemble. Finalement, c’est par la pièce Aurores Boréales II, sortie comme single en mars dernier qu’elle met la clé dans la serrure de cette histoire, de sa voix blessée mais toujours aussi puissante.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Karolan Boily il y a deux semaines. Nous avons discuté, entre autres, de ses études à l’ENC, du rôle de son collaborateur Nikolas Benoit-Ratelle, de sa plus récente pièce Aurores Boréales II ainsi que de ce qu’il l’attend dans l’année à venir. Sans plus attendre, voici notre discussion!

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amenée à faire de la musique?
Karolan : J’ai toujours chanté depuis que je suis très jeune. Mes parents m’ont inscrit à des cours de chant à quatre ans, je ne savais même pas lire encore. Oui, car j’étais tannante quand j’étais jeune (rires). Mes parents se sont dit qu’ils m’enverraient là-bas me défouler, puis au fil des années il y a des instruments qui se sont ajoutés, à ma demande. J’ai commencé à jouer de la guitare j’avais huit ans, le piano vers onze ou douze ans. J’ai aussi appris un peu par moi-même au travers de tout ça, à m’accompagner durant mon secondaire, à faire des spectacles et même des contrats durant mon adolescence. J’ai commencé très jeune, mes premières scènes j’avais six ou sept ans. J’ai commencé à prendre des cours de chant à l’âge de quatre ans, donc à partir de six ou sept ans, ce n’était plus un problème, je pense (rires). Donc l’expérience est venue automatiquement, c’était comme mon chemin tracé. J’ai décidé d’aller au cégep par la suite en musique, car c’était mon premier choix. Ça m’a suivie, et je n’avais pas vraiment d’autres options en tête.

Myriam : Tu as aussi été diplômée de l’ENC en 2017, à quel moment as-tu su que tu voulais t’y inscrire?
Karolan : Durant l’année après mon cégep. J’ai terminé ma technique en 2015, puis j’ai pris une année pour me concentrer sur mes chansons à moi, car au cégep on apprend la théorie musicale, comment être de bons musiciens, mais on ne travaille pas sur nos trucs personnels tant que ça. J’avais besoin de me concentrer sur mes trucs. Le bassin est grand, donc comment est-ce que tu attaques ta musique? Ça devient de grosses questions donc j’avais besoin d’un entonnoir, d’un coffre à outils pour remettre les choses en perspective pour mon projet. C’est là que ça a été logique de m’inscrire là-bas pour orienter mon projet.

Myriam : Qu’y as-tu appris, concrètement?
Karolan : Énormément de choses. Ça a été d’énormes remises en question, tout s’est retourné de bord : essayer tout et rien en même temps pour finalement vraiment mettre l’emphase sur mon identité artistique et mon identité personnelle comme mon identité musicale. Je suis qui, moi, en tant qu’artiste, qu’ai-je à offrir, comment vais-je bien le faire pour que ça corresponde à ce que j’aime?

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire pour écrire des chansons?
Karolan : Clairement, c’est beaucoup mon personnel (rires). C’est très personnel, ma création. Je pense que j’ai besoin de vivre une situation particulière pour m’en inspirer. On dirait que je m’inspire des moods, des ambiances dans lesquelles je suis, dans certaines périodes de ma vie. C’est vraiment ça, mon focus. J’ai de la difficulté à raconter une histoire.

Myriam : Dirais-tu que ça a été plus compliqué de composer avec la COVID comme on vivait moins de choses, ou pas pour toi?
Karolan : Ça m’a fait une grosse pause, pour moi, la COVID. Je pense que c’est plus de l’épuisement… J’étais sur une lancée, je venais de lancer mon EP en février, la COVID est arrivée en mars, donc j’avais des spectacles qui s’en venaient, des entrevues, ça se passait bien, il y avait une belle réception, puis là, la COVID arrive, PAF, tout a arrêté vraiment vite. Ça avait été tellement une année intense de travail pour cette sortie-là. Ça m’est rentré dedans, puis j’ai tout mis à off. Je ne sais pas si c’est parce qu’il se passait moins de choses ou si c’était par épuisement de travail. Donc non, ça n’a pas été très prolifique pour vrai pour moi. En même temps, ça m’a donné une belle pause mentale, de corps et musicale. Présentement, je me sens sur une lancée, et c’est le fun. Les choses ont mijoté tranquillement. C’est bénéfique.

Myriam : As-tu un processus de création? Si oui, lequel?
Karolan : Je ne pense pas. Probablement que j’en ai un, qui est acquis, que je fais sans réfléchir, qui est devenu ma manière de fonctionner. Je sais que j’ai des étapes particulières. C’est du gros feeling, je pense, et j’essaie le plus possible de me coller aux intentions que je souhaite. Ça part d’un texte, souvent, parce que ça part de ma vie, de ce que je vis, d’un mood. Je vais écrire là-dessus, travailler mon texte, ensuite revenir tranquillement à la musique, puis tout coller à l’intention première de ce texte-là, de qu’est-ce qui avait été vécu, et ce, jusque dans la création d’arrangements et la production.

Myriam : Tu travailles avec Nikolas Benoit-Ratelle, qui semble jouer un rôle important dans ton son et ta création, peux-tu nous en parler un peu?
Karolan : On s’est rencontrés au Cégep Marie-Victorin. On a commencé à travailler ensemble après mon année à l’École nationale de la chanson. On n’avait jamais fait de musique ensemble jusqu’à ce moment-là, on s’est organisé une rencontre en se disant « je pense qu’on a des vibes similaires dans ce qu’on aime, est-ce qu’on essaie de faire une chanson? » Finalement, ça a vraiment cliqué musicalement, on n’a pas besoin de finir nos phrases pour comprendre où est-ce qu’on s’en va. C’est toujours très clair où est-ce qu’on s’en va. On n’a pas d’opinions divergentes dans la direction artistique des chansons. On s’entretient beaucoup dans nos idées, donc on pousse plus loin ces idées, car on peut faire rebondir la balle l’un de l’autre. C’est comme de la création fusionnelle on dirait (rires). C’est un bon ami, donc c’est toujours vraiment le fun de créer ensemble parce que ça fonctionne bien, on sent qu’on a encore des choses à explorer ensemble. Justement, d’avoir travaillé le EP et cette chanson (Aurores Boréales II), on a creusé un son ensemble, on est rendu vraiment loin, donc c’est clair où on s’en va maintenant. On est à un nouveau point et on veut continuer à creuser là-dedans encore plus loin. On en est là.

Myriam : Tu as lancé une nouvelle chanson en mars, appelée Aurores Boréales II, qui vient clore la boucle du EP paru juste avant. Peux-tu nous en parler un peu?
Karolan : Oui! Grosse chanson! Elle vient clore le sujet de mon EP, elle vient rattraper plusieurs thèmes, dont le grand thème est une relation amoureuse qui échoue. C’est quand tu arrives au point de non-retour d’une relation toxique et que tout explose. Tu vis toutes les gammes d’émotions pas possibles. Toutes les gammes d’émotions ont été présentées préalablement par le EP. Quand cette personne-là revient dans ta vie, plus tard, et que tu as l’impression que tout le cycle qui a été fait repasse mais en mode rapide, tu ne comprends pas ce que tu fais là-dedans à nouveau, donc c’est de mettre un frein à tout ça. C’est une revendication de soi, se donner le droit d’exister, de se choisir. C’est la grosse explosion de ces émotions, des frustrations. C’est beaucoup de choses en même temps, c’est comme un défoulement, ça se veut aussi hyper sensible. À la fin de la chanson c’est aussi le détachement et le lâcher-prise, donner le droit à un renouveau, fermer la porte à cette relation-là pour de vrai, pour de bon. C’est pour ça que c’est à la fin du EP, c’est la vraie vraie fin, on passe à autre chose.

Myriam : Parlant de passer à autre chose, est-ce que cette nouvelle chanson signifie que le public aura du nouveau matériel de Karolan Boily sous peu?
Karolan : Oui! (rires) Ça nous mène à ça! On est déjà en production pour un single en 2021, qui est prévu à l’automne. On va s’en aller vers une nouvelle branche musicale, quelque chose de plus léger, plus lumineux. Mon objectif pour la prochaine année serait de plancher sur un premier album, et cet album-là serait aussi sur cet élan-là de renouveau, de se réapprivoiser dans une solitude en tant que femme indépendante. C’est l’objectif de la prochaine année.

Myriam : Outre ces beaux projets, est-ce qu’il y a des choses qui t’attendent dans les prochains mois, dans la prochaine année, as-tu des spectacles prévus par exemple?
Karolan : Je ne m’en suis pas prévu, car on a perdu l’élan qu’on avait l’an dernier. Comme on a planché sur la production, on n’a pas entretenu un spectacle, donc je ne me suis pas mise à la recherche de spectacles pour cet été. C’est un peu la fosse aux lions, j’ai eu envie de me concentrer sur ma musique à la place. L’objectif, en même temps, de repartir la création vers un album, serait de retourner à la charge de spectacle pour revenir un peu plus présente dans le milieu, plus vers l’automne. Pour cet été, ce sera plus de la production audio et compagnie.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Karolan : Est-ce qu’un jour tu aborderas d’autres sujets? Bientôt, promis.

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une
chanson, c’est laquelle?
Blue, Angelo De Augustine

2. Ta chanson de rupture préférée?
Broken, Patrick Watson

3. Ta chanson d’amour préférée?
Follies Fixture, Ben Howard

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage?
Matt Corby

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
New Ways, Leif Vollebekk

6. La chanson qui te rend le plus heureux.se?
L’été indien de ta vie, Étienne Coppée

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup?
Feist, Bon iver, Son Lux, Ben Howard, Andy Shauf, Patrick Watson. Sorry, c’est plus qu’un ça.

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Till now, Banks
Trick to be happy, Bahamas

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Ton équilibre, Salomé Leclerc

10. Ta chanson (à toi en tant qu’artiste) préférée?
Aurores Boréales II

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