On vous présente : Jay Scøtt

Jay Scøtt, rappeur et fier représentant de Terrebonne


© Photo tirée de sa page Facebook

 

Par : Myriam Bercier

MatTv vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Aujourd’hui, MatTv et moi-même vous présentons Jay Scøtt!

 

On a pu découvrir Jay Scøtt au Rap Académie en 2013, alors sous le nom de PL3. Le Rap Académie est un tournoi de rap francophone au Québec qui en était à sa 8e édition en 2020. Suite à sa victoire, il s’est mis à faire des covers de chansons comme Babouine de d’Alaclair Ensemble ou encore SAPOUD des Anticipateurs à sa sauce sous le nom d’Elmuth Lotus. Il a ensuite lancé son EP Back To The Futur3 sous le nom de PL3. Finalement, il a changé son nom pour Jay Scøtt en organisant un baptême à Terrebonne avec Smitty Bacalley déguisé en prêtre lui lançait de l’eau. Smitty Bacalley et Jay Scøtt se sont rencontrés au skate park à côté de leur école secondaire il y a de ça une décennie. Ils ont ensuite lancé en 2017 leur premier album, Stockholm, qui met en scène plusieurs personnages dans un trailer park plutôt coloré.  Ils ont ensuite fait les Francouvertes ensemble en 2018 desquelles ils se sont rendus en demi-finales.

 

© Jay Scott x Smitty Bacalley/Photo: Alex Dilem

 

En 2018, Jay Scøtt a lancé deux EPs simultanément : Un chevreuil avec Smitty Bacalley et EM0G0D, seul. Ensuite, il a pris une pause de la scène musicale, pour réapparaître en 2020 en partageant sur sa page YouTube Copilote, une nouvelle chanson originale, un peu plus pop qui utilise le parler du rap. Depuis, à presque tous les mois, il publie un nouveau vidéo sur sa page YouTube. On a ainsi pu (re)découvrir à quel point Jay Scøtt est un artiste à part entière. En effet, on a pu le voir jouer du ukulélé, du piano, de la guitare et chanter. L’une de ses nouvelles chansons, We don’t wanna die alone, a été reprise par Roxane Bruneau. Sa plus récente chanson, Tb, le fait renouer avec le rap, sans qu’il soit dit si cette direction sera maintenue pour ses prochaines parutions. D’ailleurs, le titre de sa chanson peut porter à croire qu’il y parle de Terrebonne, ville de laquelle il est originaire. Il ne se cache d’ailleurs pas pour en parler dans ses paroles (« J’rep pour mon quartier/Terrebonne dans la place » peut-on l’entendre dire dans sa chanson Coudon sortie en 2018).

 

© Jay Scøtt et son chat, photo trouvée sur sa page Facebook, tirée de son vidéo Un peu trop vite

 

Il m’a donc passé un coup de fil le 4 août dernier et entre deux batailles de chats (les siens, les miens sont restés bien calmes pendant cette entrevue), nous avons parlé de laptop brisé, d’auto-tune, de collaboration via Instagram et de son futur musical. Voici, sans plus attendre, mon entrevue avec Jay Scøtt!

Myriam :  Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Jay : C’est ma professeure de musique quand j’étais au primaire qui m’a fait tripper là-dessus. Je suis embarqué dans la chorale en troisième année, et à partir de là, ainsi va la vie! J’ai fait trois ans de chorale, ensuite je suis allé en musique à l’école. Ça ressemble pas mal à ça. À partir de là, j’ai appris à jouer de la guitare pour impressionner les filles.
Myriam : Le classique!
Jay : Le classique! Je fais encore ça aujourd’hui grâce à tout ça.
Myriam : Je pensais que tu disais que tu faisais encore ça, impressionner les filles avec la guitare, je trouvais ça vraiment drôle!
Jay : (rires) Non, c’est vraiment pas mon style! J’avoue que ça sonnait de même! J’ai vraiment appris tout, tout seul avec Internet, avec YouTube. Moi, j’ai appris à jouer de la guitare avec Internet, j’ai appris à enregistrer avec Internet. C’est tout moi qui m’enregistre, qui fais mes mix, mes masterings, qui les mets en ligne. J’ai tout appris ça par moi-même.

Myriam :  Qu’est-ce qui t’inspire le plus pour créer une chanson?
Jay : Probablement la mélodie de la chanson en tant que telle. Je vais écouter la musique, je vais la créer et c’est ce qui va m’inspirer une émotion, et à partir de cette émotion-là, je vais écrire par rapport à ça ou je vais développer le contexte par rapport à ça. Au niveau vraiment de la musique, c’est qu’est-ce qu’elle me crée à l’intérieur de mon moi (rires). J’y vais au feeling beaucoup. Ce qui m’inspire, c’est surtout la vie autour de moi en général, ce que je vis. Je parle beaucoup de moi sans être de moi. J’extrapole beaucoup les trucs qui se passe dans ma vie. En gros, je fais pas mal juste « gosser » sur l’ordi, mais quand je réussis à écrire ce qui me passe par la tête, souvent je réalise que c’est plus près de moi que je le pense.

Myriam : En 2018, tu as lancé deux EP (un seul et un avec Smitty Bacalley) et tu t’es rendu jusqu’aux demi-finales des Francouvertes. Puis, en 2019, tu as été beaucoup plus silencieux, plus discret. Que s’est-il passé?
Jay : Dans le fond c’est que je me suis plus remis en question sur où est-ce que je voulais aller avec tout ça. J’ai eu beaucoup de changements dans ma vie, j’ai déménagé, j’ai changé d’emploi, tout le blablabla qui fait en sorte que j’avais peut-être pas le temps ni la tête à la création. J’ai toujours fait un peu d’acoustique sur le side si on veut, sur mon YouTube ou sur ma page Facebook personnelle, mais c’était très rap, tout le monde avec qui je me tiens est très rap, ça m’a pris du temps à essayer de mélanger les deux styles, c’est récent que j’ai trouvé ma saveur si on veut. Mélanger un peu l’organique avec les paroles un peu plus rap mais plus chantées. C’est pas mal plus comme un changement de vie en général qui a fait en sorte que j’ai peut-être un peu moins créé. Mais je créais pareil, c’est juste que je sortais pas les trucs.

Myriam : Tu viens d’en glisser un mot, donc je vais sauter sur l’occasion pour t’en parler : tu as sorti quelques chansons qui sont quand même assez loin de ce que tu fais d’habitude, qu’est-ce qui explique ce changement de cap?
Jay : C’est un peu comique, mon laptop a brisé (rires). J’avais plus rien pour faire plus des beats, donc j’ai ressorti ma guitare, je me suis mis à reprendre le plaisir d’en jouer. C’est vraiment organique. Moi quand je fais les chansons, je me filme, c’est vraiment one take, c’est vraiment joué en direct. Ensuite je rajoute les petits back vocals, mais globalement c’est vraiment un one take de la chanson live. Ça m’a vraiment inspiré. J’avais pas vraiment le choix en réalité, mon ordi pouvait pas contenir plein de programmes donc je suis allé vraiment strictement avec la base. J’ai eu de la rétroactivité à mon emploi qui m’a permis de m’acheter une caméra. J’ai investi tout ce que j’avais dans deux spotlights et une caméra pour me filmer (rires).

Myriam :  Quand tu rappes, tu utilises beaucoup d’auto-tune sur tes chansons, pourquoi?
Jay : Parce que je le vois plus comme un instrument ou une manière d’aller chercher des accords vocaux que j’aurais pas retrouvé malgré tout. Je te dirais que tous les albums en 2020 ont de l’auto-tune, juste pas au même niveau. Je te dirais que j’ai diminué beaucoup avec le temps, mais c’est quand même un outil que je trouve vraiment intéressant. Un coup que tu l’as essayé, c’est bien dur de te sortir de ça, c’est comme de la grosse drogue dure (rires).
Myriam : Comment ça?
Jay : C’est tellement le fun, t’as pas besoin de penser ou rien, le programme va aller chercher les notes à ta place. Mais ça reste que c’est quand même un instrument, il faut quand même réussir à s’en servir, c’est pas tout le monde qui peut l’utiliser à bon escient. Ça a l’air plus simple que ce l’est, je pense. Ouais, parce que tu dois trouver les bonnes keys de ta chanson, faut que tu sois quand même capable de chanter, ça ne fait pas des miracles non plus, mais ça peut venir corriger souvent à droite et à gauche. Mais maintenant je te dirais que je l’utilise très peu, du moins les dernières chansons que j’ai sorties, il n’y en a pas, excepté sur les back vocals un peu. J’essaie de m’en départir un petit peu, surtout que je vois que la mode est vraiment à ça maintenant, tout le monde est là-dessus, donc je pense que juste ne pas s’en servir c’est de se différencier d’une manière.

Myriam : Justement, on parlait de tes nouvelles chansons, la plus récente, Numéro, tu l’as faite en collaboration avec Cendre. Comment c’est venu cette collaboration?
Jay : Écoutes, c’est quand même comique, c’est elle qui m’a texté à 3 h du matin pour me dire à quel point elle aimait ce que je faisais. Je pense qu’elle était un peu sous l’effet de l’alcool forte. On a commencé à discuter, moi j’ai lu ses trucs, je lui ai dit « si ça t’intéresse de m’écrire une chanson, moi je vais la chanter ». Elle avait jamais écrit une chanson auparavant donc elle était, je pense qu’elle était vraiment contente. Elle m’a envoyé des panoplies de lignes et des panoplies de lignes et moi j’ai un peu fait le casse-tête de tout ça pour essayer de la former en version chanson. C’était vraiment de là que ça vient. C’est une collaboration strictement Instragram. On se connaissait pas avant ce message texte nocturne. Ouais. Très satisfait du travail qu’elle fait et du travail qu’elle a fait aussi!
Myriam : Mais en temps de COVID, vous êtes-vous rencontrés ou c’est resté sur Internet toute cette rencontre-là?
Jay : Non, on s’est jamais rencontrés, on s’est même jamais parlés, c’est vraiment juste en message sur Instagram. La technologie aujourd’hui c’est incroyable (rires)!

Myriam : Qu’est-ce qui attend Jay Scott pour l’année à venir?
Jay : Je vais continuer à faire exactement ce que je fais là. Sortir des chansons à peu près à tous les mois, au moins une fois par mois. Tu sais, l’album, je trouve ça intéressant, je suis un grand fan des albums en général, je les grave encore dans ma voiture pour écouter un album de A à Z, je l’achète sur Bandcamp, je le grave, parce que je n’ai pas de fil auxiliaire dans mon Acura 2004. J’écoute vraiment les albums de A à Z au complet, je trouve que c’est vraiment intéressant, tu peux conceptualiser des trucs. Mais tu sais, tu vas passer une année à travailler onze chansons, tu vas sortir ton album à la fin de l’année, il y en a peut-être une ou deux qui vont se retrouver sur les playlists puis après ça on en parlera plus. Donc je trouve que la manière single est vraiment plus… premièrement je dirais plus lucratif et à chaque fois que je sors une chanson les gens la partagent super bien. L’aspect single m’intéresse, donc je vais complètement continuer à faire ce que je fais là, en sortant des chansons sans arrêt mais sans sortir d’album ou quoi que ce soit.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Jay : La question que je me poserais là… Sacrifice! C’est une maudite bonne question!
Myriam : Je pensais que tu en avais déjà une de prête, je me disais « wow, tu es le premier! »
Jay : Je suis bon là-dedans, j’essayais de me (rires), je sortais ça en me disant «je vais y penser en disant ça», mais il n’y a rien qui est sorti. La question que je me poserais ça serait : est-ce que je me vois faire ça jusqu’à ma mort? C’est vraiment une question que je me pose de plus en plus, je te dirais que c’est extrêmement récent que je décide d’y aller all-in avec ça et de mentionner à voix haute que mon objectif c’est de faire ça. Ça a pris peut-être 10 ans, ça fait quand même longtemps quand même que j’en fais de la musique, depuis que j’ai 18, mettons, que je fais de la musique sérieusement, mais jamais à me dire que c’est possible d’en vivre, que c’est possible de faire une carrière là-dedans. Mais je dirais que depuis cette année je pense que c’est possible que ça se puisse. Ma réponse à ma question c’est oui, je crois que je vais faire ça jusqu’à ce que je meure, heureusement ou malheureusement, ça dépend pour qui (rires).
Myriam : Qu’est-ce qui explique ce changement de cap, d’opinion-là?
Jay : Je me dis qu’on a juste bien qu’une vie à vivre. Est-ce que je veux me lever à chaque matin pour travailler pour quelqu’un qui s’en fout de qui tu es? C’est vraiment plus que le fait que j’ai envie de me lever le matin et être heureux de faire ce que je fais. Pas que je trouve ça poche d’avoir un emploi 9 à 5 et tout le tralala, il y a des gens qui adorent ça, mais j’ai l’impression que si je fais pas ça, je vais le regretter toute ma vie.

 

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
WolfmotherJoker and the Thief

Pas un choix facile. Je me suis dis que si j’étais pogné à dormir sur un lit en bois et à manger du sable toute la journée, ça me prendrait bien une chanson pour me motiver un peu.

2. Ta chanson de rupture préférée?
Louis-Jean CormierCe soir l’amour est dans tes yeux

Oui l’original est de Martine St-Clair, mais la version de Loulou est nettement supérieure. (Sorry Martine)
Le sujet, c’est pas relié au break-up, mais à l’écouter parler, ça va pas tougher longtemps.

3. Ta chanson d’amour préférée?
Dead cab for cutiesI will follow you into the dark

Probablement la plus belle chanson que j’ai jamais entendue de ma vie. J’suis même pas gêné de le dire.

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Zen Bamboo

La plume et la musique de cette formation de Montréal me rendent fou. C’est réel, ça sonne bien et c’est bon en maudit.
Impossible que c’est pas encore le plus grand groupe québécois de tous les temps.

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Kendrik LamarTo pimp a butterfly

J’écoute pas trop de rap, mais cet album est probablement un des plus grands albums de tous les temps tous genres confondus.
C’est un album qui date de 2015, mais si j’avais à écouter un album pour toujours peu importe l’année, c’est ça.

6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
RMRRascal

Ce gars-là a réussi à venir me chercher avec quelque chose de vraiment simple et même pour certain, un peu niaiseux. Mais bon dieu que je relate.
La première chanson à jouer dans ma playlist favorite sur Spotify. Le sourire assuré. Surtout avec le vidéoclip.

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Coheed and Cambria

Mon groupe favori. Le groupe qui a construit mon amour pour la musique depuis que je suis kid.
Un groupe qui m’inspire beaucoup, car ils ont construit un univers incroyable autour de leur musique et des personnages de leurs chansons. Bref, c’est le band que j’ai de tatoué sur le cœur jusqu’à la fin de mes jours.

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
DwellingsATM (at the moment)

Le band que j’écoute en loop en ce moment.
La complexité de cette chanson me rend fou.
Ça semble si facile et évident quand tu l’écoutes mais j’y comprend rien.

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Philippe BrachC’est toute oublié

Pas mal toutes les chansons de Philippe Brach j’suis vraiment déçu que ce soit pas mes tounes.

10. Ta chanson (à toi) préférée?
J’attends encore de l’écrire.

 

Vous pourriez aussi aimer...