On vous présente : Gros Soleil

Gros Soleil, du rock dans ta face!


© Camille Gladu-Drouin

 

Par : Myriam Bercier

MatTv vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, pour fêter mon sixième mois de chronique (eh oui!) on vous présente le groupe Gros Soleil!

Gros Soleil, c’est un groupe formé de trois des quatre membres originels du groupe Les Truands (Dominic Lamoureux, Frédéric Lamoureux et Christian Boileau) bonifié de la présence d’un petit nouveau, Sébastien Boucher. On y retrouve l’énergie, l’urgence et l’arrogance du rock garage et du punk. Le chanteur Dominic Lamoureux signe des textes au franc-parler qui aborde notamment des enjeux à consonance environnementaux. Ils ont lancé leur premier EP en 2009, avant de lancer leur premier album, Occulture populaire, le 18 septembre (demain!).


© Camille Gladu-Drouin

Occulture populaire traite de la bêtise humaine, des lacunes de la société, d’amour à travers le désir et les rencontres fugaces. Plus encore, la chanson Dans une fusée évoque l’idée de fuir et de recommencer qui s’impose lorsqu’on regarde la situation mondiale, l’obligation de ralentir notre mode de vie actuel et de se tourner vers la nature. La chanson Cercle de sel, quant à elle, parle de la descente aux enfers d’un amour passionnel. Cet album offre un équilibre entre les influences du heavy métal des années 1970-80, d’un son alternatif et plus moderne.

Je me suis donc entretenue avec Frédéric Lamoureux, le batteur du groupe. Nous avons parlé notamment de la formation du groupe Les Truands et de celle du groupe Gros Soleil, de faire de la musique avec son frère et de la nouvelle façon de faire des spectacles maintenant. Sans plus attendre, voici le fruit de notre discussion!

 

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Frédéric : C’est dans l’ADN de ma famille. Famille pas juste mon père et ma mère, les parents des deux côtés jouaient de la musique. Plus du côté de mon père : tout le monde jouait d’un instrument, guitare, piano. Du côté de ma mère, c’était plus des violoneux et des faiseux de gigues quand j’étais très jeune. Après ils ont vieilli et ils ont arrêté d’en faire. Tu es même pas à l’école encore que tu baignes un peu dans un environnement où tout le monde joue d’un instrument, donc c’est sûr que ça t’intrigue. Ma mère à un moment donné elle prenait des photos de moi enfant et je les ai regardé dernièrement et il y en a une, j’avais une casserole à l’envers avec deux cuillères je jouais de la batterie, je devais avoir deux ans. Je pense que j’étais prédestiné à faire de la batterie! Après, dans la maison, mes parents écoutaient plein de musique, ma mère écoutait plus de la chanson française, mon père plus du rock anglophone. […] Nous autres, il y avait de la musique à la maison tout le temps. Mon père avait une table tournante avec près de 3000 vinyles. Je me rappelle au primaire, le sous-sol était à mon frère et moi, et notre père nous laissait fouiller dans ses vinyles. C’est débile! Quand tu vieillis, tu deviens comme pointu, moi j’écoute tel genre de musique, au secondaire les gens se séparent en groupe : moi je suis métal, moi punk… quand on était enfant, on regardait les pochettes, on écoutait ce que c’était et c’est ça. Tu es un enfant naïf. Tu trouves que la pochette est belle. Mon frère et moi on a découvert un paquet de musique, je pense que c’est ce qui explique que je tripe sur la musique et que je fasse de la musique avec mon frère. C’est comme mon band. Il y a un gros squelette pop dans la structure. Quand tu aimes tellement la musique tu essaies de comprendre qu’est-ce qui fait que la musique vient te chercher, qu’est-ce qui fait que cette chanson-là est aussi bonne. […] Je pense que c’est ce qui nous a amenés, mon frère et moi, je vais parler pour lui aussi, les autres je le sais pas, c’est de grandir là-dedans et de choisir nos vinyles, autant disco que rock. Ça nous a fait absorber tellement de musique différente. Tu es tellement là-dedans tout le temps, ça va de soi que tu en fais. Tu en manges tellement, tu en entends tout le temps. Je programme pour des festivals, mais j’en écoute chez nous aussi. Il me manquerait quelque chose si j’étais pas en train de faire de la musique.

Myriam : Est-ce que le bar de ton frère a joué un impact dans votre groupe et votre musique?
Frédéric : Oui. Un impact dans le sens où on est rendus où on est rendu sur Indica avec un album et tout ça. Avant que mon frère ait son bar, on jammait, on faisait juste improviser. Comme du jazz, sauf que c’était du rock. On jouait, on s’enregistrait et on se disait « à moment donné on va avoir des idées pour quelque chose. » […] Le fait qu’il ait eu son bar, il y avait des bands qui venaient jouer et ça prenait des premières parties locales et il n’y a pas 2000 bands à Saint-Hyacinthe. C’est en voyant un autre band de Saint-Hyacinthe, dont le batteur était parti et qui se cherchait un local, nous on avait notre local où on pratiquait, on s’est mêlé ensemble, ça a fait Les Truands. On a fait Les Truands en niaisant avec un band qu’on avait vu en show qu’on trouvait bon. Le fait que mon frère ait son bar ça a tellement précipité les choses. On avait une tribune. […] À un moment donné, quand tu as des opportunités comme le bar de mon frère, tu arrêtes de trop penser parce que ça t’arrête. Il y a des moments dans la vie où quand c’est vraiment ta passion tu t’en mets plus sur les épaules, plus d’inquiétude, d’angoisse « je suis pas prêt à faire un show, on n’a pas de chansons, c’est pas parfait… » on avait l’opportunité d’ouvrir pour des bands qu’on aimait : « fuck that! On joue 20 minutes, c’est toi le boss! » Tu joues 20 minutes, tu fais 4 chansons. C’est comme comment Gros Soleil a commencé justement : c’est un gars qui nous a demandé pour la sixième fois si ça nous tentait de reformer Les Truands pour le festival Agrirock. Il me l’a demandé et ça a adonné qu’on avait jammé la semaine d’avant avec Les Truands quelques jours d’avant. Je me suis dit « je suis tanné des Truands, c’est notre passé, mais on va faire une parenthèse ouverte, on va faire quelques chansons et après on fait des nouvelles chansons avec notre nouveau band et on ferme la parenthèse ». Je me suis dit « je suis spontané, je dis oui, je vais en parler aux gars, il va nous trouver une place dans sa programmation et au pire je dis les gars veulent pas, ils ont changé d’idée et ça finit là » mais j’ai été spontané. Ça a forcé les gars à reformer un groupe, à faire « OK, on va refaire des chansons des Truands, on va faire des nouvelles chansons et si ça marche tant mieux on aura un nouveau groupe ». Tout ça parce qu’un gars nous a redemandé pour la sixième fois si ça nous tentait de reformer notre groupe d’il y a 13 ans. Sinon on existerait peut-être pas, j’ai aucune idée. J’ai continué à faire de la musique avec d’autres groupes, mais mon frère et Christian pendant 13 ans ils faisaient rien d’autre. Il faisait d’autres choses je veux dire, mais ils faisaient pas de musique, ils en écoutaient quand même, ils étaient pas dans la rue à quêter (rires), ils avaient une vie pareil. Moi je continuais, j’ai eu Les Revenants et tout. J’avais le temps de faire des spectacles encore.


© Camille-Gladu-Drouin

Myriam : Tu viens de dire que vous avez pris une pause de 13 ans avec Les Truands, qu’est-ce qui justifie cette pause-là?
Frédéric : Christian, le bassiste, a eu des enfants, mon frère a eu un restaurant. Dans la pause des Truands, moi j’avais un band à l’époque avec des amis, mon frère est rentré dans le groupe. […] Ça a comme arrêté le groupe des Truands. Christian n’était plus dans le portrait, il avait sa famille. Moi j’ai fait du hiphop un peu. Mon frère s’est donné corps et âme dans son restaurant avec ma mère, Christian a eu ses enfants, l’autre guitariste a eu des enfants aussi. Ça a arrêté tout.

Myriam : Comment c’est revenu sur le tapis que vous jammiez ensemble 13 ans plus tard? Vous êtes-vous écrit « Hey ça fait longtemps les gars on fait quelque chose? »
Frédéric : Non (rires). Je connais Christian depuis longtemps, et sa blonde aussi, c’est des amis que je connaissais indépendamment qui se sont matchés. Marianne, sa blonde, a écrit à mon frère et moi pour nous dire de quoi comme les enfants sont assez grands, Christian gosse tout seul dans le sous-sol avec sa basse, je pense qu’il est temps qu’il se remette à avoir une passion, c’est triste dans la maison. C’était pas exactement ça, plus genre « il a l’air d’avoir une nostalgie ». Elle sentait ça. Probablement qu’il gossait avec sa basse, il faisait trouvait des sons et des riffs dans le vide. La chanson Dante, qui va être le single qui va lancer l’album, c’est un riff que Christian gossait dans son sous-sol pendant des années qu’il a peaufiné. Marianne nous a écrit et mon frère m’a dit « hey est-ce que ça te tente de jammer avec Christian pour le fun? » Moi je suis jamais tanné de jouer, avoir 12 groupes en même temps ça me dérangerait pas. Mon frère était super allumé, il m’a demandé d’aller à mon local avec Les Revenants, qui est le même local qu’Avec pas d’casque et plein d’autres groupes mais il y avait sept groupes dans le même local, donc trouver une case pour aller pratiquer avec mes amis et mon frère c’était compliqué. J’ai dit à mon frère que ça existait des locaux à louer à l’heure dans lesquels tu as rien à amener à part tes baguettes ou ta guitare. Je dis ça à mon frère en me disant que c’est en l’air, trois heures plus tard il me dit qu’il a trouvé une place qu’il a réservée. Ça devient vrai. On a été dans le local, tous les amplis sont déjà là, et ça a parti tout de suite. Pour se réchauffer on jouait des chansons qu’on avait pas joué depuis 13 ou 15 ans, on les savait encore par cœur. […] Il y avait une magie. Tu rejoues les mêmes chansons, il y a une nostalgie, c’est le fun de rejouer les mêmes chansons mais j’aimerais ça en jouer des nouvelles. De chanson en chanson qu’on rejouait on avait ben du fun. On inventait des affaires. Tu le sens. Tu es avec tes amis, il y a de l’énergie, plein d’inspiration qui arrive de je sais pas où, tu as plein d’idées. On joue et on se regarde « on est rendu où?! » y’a de quoi de magique dans l’improvisation, assez pour qu’on se dise «on rejoue encore», assez pour que quand le gars d’Agrirock nous a demandé je me suis pas gêné. On avait plein de petites bulles d’idées de plein de chansons qui étaient sorties en un jam de trois heures. C’est pour ça que j’ai pris les devants et que j’ai été spontané.

Myriam : Je comprends que le jam a une grande importance dans votre processus de création de chansons mais outre ça comment créez-vous, les textes par exemple?
Frédéric : Mon frère écrit tout, il est bon là-dedans et en plus c’est lui le chanteur. Mon frère écrit toutes les paroles, c’est très environnement, des métaphores de société et tout ça. Pour les paroles c’est tout le temps lui, pour la musique ça dépend, pour Dante Christian est arrivé avec un riff et on a tourné autour de ça, pour Tigre Debout on niaisait, on aime tous Black Sabbath et on se disait « on a aucune chanson inspirée de Black Sabbath » donc on niaisait. Mon frère a lâché Tigre debout, parce que quand mon frère improvise il fait de la phonétique, pour que ça sonne beau, même s’il dit pas des mots ou qu’il dit des mots pour que ça sonne au lieu de faire « nanana », il invente des mots, il a dit Tigre debout en niaisant et la chanson est sortie en même pas 15 minutes de jam. Donc, des fois Christian arrive avec un riff, des fois mon frère arrive avec un squelette de couplet refrain ou moi je propose qu’on change de notes, des fois mon frère ou Sébastien joue de la guitare, je leur dis « qu’est-ce que tu viens de faire là? Refais ça! » La moitié du temps, mon frère amène un riff ou deux, et on a une idée de chanson. […] Mon frère et moi on est souvent dans des odes à d’autres groupes. Je dis souvent à mon frère par exemple « on n’a aucune chanson à la Weezer » donc mon frère va écouter du Weezer, il revient avec un riff ou deux, je lui dis « ça me fait penser à du Deftones » et là il va écouter du Deftones, et ça devient un mélange de tout ça. […] Sinon c’est un peu aléatoire, l’idée de riff de l’un ou de l’autre. Des fois Sébastien pense à des riffs, il nous les envoie sur Messenger.

Myriam : Tu parles souvent de ton frère, ton frère fait partie du même groupe que toi c’est assez évident, comment ça se passe de jouer avec lui?
Frédéric : (rires) C’est heavy pareil, on est deux têtes fortes. C’est bizarre, si tu n’as pas de frère ou sœur c’est difficile à comprendre. Des fois je crie après mon frère, ben je crie pas après je lui dis par exemple « hey, ta gueule! » pour moi c’est comme lui donner un coup de coude et lui dire « va donc chier! », mais quelqu’un d’autre va penser qu’on se chicane et saura pas où se mettre. Des fois je me chicane avec mon frère et je lui dis « pars-toi dont un groupe, Dominic et ses ego! » je le niaise, mais (rires) moi je suis baveux. Mon frère le sait (rires), il est pareil comme moi. Des fois on se chicane de même mais c’est des flèches d’amour. C’est pas tout le temps cool pour les autres autour. Sébastien et Christian des fois nous disent de nous chicaner à la maison. C’est des mini frictions. Je suis capable de communiquer super intelligemment avec tout le monde mais mon frère c’est tellement dans les tripes. Souvent c’est du niaisage. Tu apprends comment gérer ça pour pas que ça dérange les autres. Quand on se pogne un peu, le spectacle ou la pratique est cent fois meilleur. […] Après la chanson d’habitude on rit. C’est des petits spasmes de deux gars avec des caractères. 90% du temps c’est tripant, on se lit dans la tête. Il fait un riff, je fais une passe de drums, le reste du band regarde. Il y a quelque chose d’inexplicable dans le lien entre des frères, des sœurs, des jumeaux… il y a quelque chose de surréel, de télépathique. […] On dirait que je pressens en spectacle quand il va faire une fausse note et je la remplis par une passe. […] C’est comme Oasis […] du gossage d’ego qui sert à rien. Quand on était avec Les Truands, on commençait notre spectacle en se giflant tous les deux (rires). On le faisait pas tout le temps parce que Christian était pas bien. […] On l’a fait trois ou quatre fois, moi je trouvais ça très drôle. […]


© Image trouvée sur leur page Facebook

Myriam : Tantôt j’ai cru comprendre que votre groupe n’était pas créé au moment d’accepter de participer à Agrirock, pourquoi avoir choisi Gros Soleil?
Frédéric : Mon frère et moi on tripe sur le cinéma. […] On avait bien aimé le film Soleil vert qui est un film de science-fiction cheap des années 1970, mais il y avait un groupe de métal qui s’appelait comme ça en anglais, Soylent Green. Je trouvais que c’était trop pareil. On a brainstormé autour du nom soleil. Il y a un groupe qu’on aime bien qui s’appelle Kyuss qui a un album qui s’appelle Blues for the red sun. Donc on pensait, Soleil vert, Soleil rouge, on regardait les autres couleurs, on savait pas. C’est devenu Gros Soleil parce que quand on cherchait le nom du groupe, on était dans l’auto de mon frère, on brainstormait à voix haute, on est arrivé chez ma mère on n’avait pas trouvé le nom et on se disait qu’il fallait en trouver un et je pense que ma mère a dit « quoi? Gros Soleil? » […] Ma mère avait mal compris ce qu’on disait ou elle l’a proposé, je me rappelle plus. On trouvait ça vraiment québécois et facile à retenir. Tu sors dehors, il fait gros soleil […] ou ça t’irradie de soleil, comme la musique t’en as plein. Ça peut être n’importe quelle définition et personne n’a déformé notre nom. Des fois il y a des gens qui ont des noms que tout le monde massacre. […] Quand tu écoutes de la musique, tu oublies le nom. Comme Queen, c’est Reine. La signification de reine ou queen, ça a même plus rapport, tu écoutes du Queen, c’est Queen, c’est rendu un branding, une entité, la signification n’a plus rapport. Gros Soleil, c’est ça. […] Si tu veux être intellectuel, sois-le dans tes paroles. Ton nom, c’est ta carte d’affaires. […] Il faut que tu épures : « Gros Soleil? c’est beau, on va s’en rappeler, fais-nous écouter ta musique maintenant! » […]

Myriam :  Votre premier album, Occulture populaire, va paraître le 18 septembre, à quoi peut-on s’attendre musicalement avec cet album?
Frédéric : Comme dans le descriptif de notre groupe : du rock pur et dur… le mot rock est tellement bafoué, ça veut tellement plus rien dire, comme le mot papier! C’est comme de la musique authentique, dans ta face, franche, avec des textes engagés mais pas moralisateurs. Ça dénonce des choses qui nous tiennent à cœur. Musicalement, c’est des années 60-70 à maintenant. C’est comme la musique sans compromis, que si on a envie de mélanger de la pop avec du grunge avec du métal avec du punk on le fait. […] Dans la même chanson, on mélange des influences de Neil Young, de White Stripes et de Led Zeppelin et de Beatles dans la même chanson, il y en a qui comprendront pas, mais ça le fait. L’album c’est vraiment un genre de coup de chapeau à toutes nos influences et c’est surtout un album qu’on fait parce que tu fais un album de musique que tu aimerais écouter et moi dans la vie j’aimerais écouter un album au complet. […] c’est vraiment comme un voyage dans plein de couleurs, dans plein de sons, dans plein d’émotions variées. Ça sonne rock de plusieurs époques. Certains diront que c’est quand même pop et ne verront pas les mêmes influences qu’on a mis dedans. […] Quelqu’un qui tripe sur la musique en général un peu à gauche, alternative, avec des guitares et de la batterie un peu abrasive, ils vont aimer ça. Moi je trouve que c’est de la musique que tu as ta semaine dans le corps, tu es tanné, tu as envie de rire, tu as envie de te faire du fun, ça te fait du bien, tu peux te défouler. […] C’est un mélange émotif plein de couleurs. C’est comme l’arc-en-ciel de ça va bien aller, mais à l’envers. Ça va mal aller. C’est juste du mauve, du vert, du bleu (rires).


© Pochette officielle de l’album Occulture populaire


Myriam :  Pourquoi avoir choisi ce titre d’album?

Frédéric : Mon frère et moi aimons la pop et comprendre pourquoi une chance est bonne et qu’elle reste dans la tête. […] On est tout le temps en train d’analyser les chansons. […] Quand on a fait le groupe, on parlait de culture populaire, autant dans la musique qu’autre chose. Le mot pop de la culture populaire vient du squelette pop de nos chansons. Occulture c’est parce que je tripe sur les cultes, je tripe sur les mystères entourant les cultes, comment les gens sont mystifiés. Dans le métal c’est souvent des trucs occultes. Mon frère quand il a créé la chanson Cercle de sel, ça parle de vaudou, c’est comme dans l’occulte. Le occulture est arrivé quand je cherchais des inspirations visuelles pour envoyer au gars qui a fait la pochette, Arnaud, qui a fait une job de feu, on est tous super contents. Quand tu pognes un contrat avec un graphiste comme ça, tu dois lui envoyer des guides, des images pour lui dire quel genre de couleur et de dessin tu veux. […] La pochette doit représenter toutes les chansons et le son, on devait mettre des trucs occultes à cause de la chanson de vaudou et de Tigre debout. Il y a plein de chansons un peu dark. Le mot occulte a existé, et après on parlait de culture populaire à cause de la pop et de la manière qu’on monte nos chansons. J’ai pensé au deux mots et j’ai réalisé que dans culture il y a cult (de culte/occulte), on peut les mélanger, faire un mot valise, occulture populaire, c’est vraiment la couleur de la pop et la noirceur de la musique. Le mélange, je trouvais que ça représentait notre groupe : un peu sombre mais un peu coloré. C’est un peu dark parce que c’est du rock alternatif presque métal pseudo-fâché, mais quand tu écoutes les paroles et la structure pop, c’est plein de couleurs en même temps. Comme l’arc-en-ciel à l’envers, on y retourne, tout est dans tout tout le temps!


© Camille Gladu-Drouin

Myriam : Avec les spectacles qui reprennent peu à peu, qu’est-ce qui vous attend en termes de spectacles?
Frédéric : Mon frère va se faire opérer et on ne peut pas jouer pendant six mois.
Myriam : Aviez-vous eu des offres?
Frédéric : Un des derniers shows qu’on a fait c’est le EP. Après qu’on ait sorti le EP Indica nous a dit qu’on aurait dû leur en parler. Ils étaient intéressés par nous, ils voulaient des nouvelles chansons, donc on était dans un mood de création, ils voulaient des chansons de plus que le EP pour un éventuel album qu’on a fait. […] ils ont adoré, donc on a fait le processus d’enregistrement d’album. Les groupes, soit ils font des shows, soit ils font des albums. Quand on voulait faire rouler le EP, on a fait l’album, et après que l’album soit fini, la COVID est arrivée. C’est pour ça qu’on a enregistré le lancement. Mon frère attend pour une opération au cœur, ça prend quatre à six mois de rétablissement. Il peut pas prendre la chance de faire un show peut-être que et que ça fonctionne pas pour le lancement. On aurait le goût, on a eu la discussion la semaine passée. Moi je programme des bands en ce moment pour Coup de cœur francophone. C’est 30 à 50 personnes en ce moment, 80 personnes au Lion D’or. Les gars étaient déçus, ils se disaient que si Dom son opération allait vite on pourrait faire des spectacles, mais dans le milieu, personne pense que ça va revenir avant automne 2021. J’ai vu un show de Bloodshot Bill à l’Esco. C’est du rock qu’il fait, si tu es debout tu dois avoir ton masque, tu peux vraiment danser ou te promener, faut que tu ailles aux toilettes ou au bar sinon tu restes assis. Il n’y a pas de police qui surveille mais tout le monde écoute ça. J’expliquais aux gars que même si Dom était pas malade, dans l’année qui suit on est aussi bien de pousser l’album et faire des entrevues et que les gens pendant un an écoutent l’album, que les gens connaissent l’album et qu’ils tripent et qu’ils viennent nous voir en show. C’est mieux de faire un vrai show que de faire un show devant trente personnes où on doit rester assis. […] Même si on pouvait faire des shows, cette parenthèse COVID n’est pas faite pour les groupes de rock. Si on faisait du post-rock contemplative, on le ferait. On ferait des shows, même si on a moins de monde, on compenserait en faisant des animations, mais nous c’est très physique, c’est énergique nos shows. Tu peux pas rester assis. Tu as le goût de te faire du fun. C’est comme dire au monde «viens voir le fun que tu pourrais avoir mais reste assis.» […] C’est clair qu’on a hâte de faire des shows, c’est excitant de lancer un album et de voir les réponses. Je le fais pas pour le monde la musique dans la vie, mais si le monde dit que c’est nice, c’est encore plus motivant, ça donne le goût de faire des spectacles, on sait que les gens aiment ça. Bref, je pense pas qu’il y ait des shows avant six mois à cause de mon frère. (rires)

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Frédéric : Advenant que ton groupe obtienne un certain succès d’estime, quel genre de business te partirais-tu en sachant que ton succès pourrait aider à mousser ce nouveau projet?
Mon frère se partirait sûrement un festival, on en avait déjà parlé lui et moi : « si jamais on pogne, on pourrait se faire un festival, ça serait malade, comme le Festival de la poutine des Trois Accords.» Moi j’embarquerais avec lui parce que c’est ce que je fais dans la vie [NDLR : organiser des festivals, pas faire ce que son frère fait]. Sinon mon frère ferait sûrement un studio, quand tu es connu, tu pognes plein de petits contrats. […] Christian, je sais pas ce qu’il ferait. Moi je ferais soit un festival avec mon frère, soit un studio avec eux, je ferais une ligne de vêtements […]. Tous les rappeurs de ce monde quand ils sont connus c’est ce qu’ils font. Moi j’aime ça les vêtements, le streetwear, les cotons ouatés. J’ai hâte qu’on fasse des vêtements de Gros Soleil, ça va être beau. Je ferais plein d’affaires. Autant que j’ai une curiosité sans fin, je partirais 17 000 business, un restaurant, un café. […] Quand tu as du succès, tu mets de l’argent de côté pour ta prochaine job car Dieu sait que le succès est éphémère, tu es aussi mieux de te mettre de l’argent de côté, construire ton avenir, t’acheter une maison. Sébastien ferait un studio avec mon frère ou une école de musique. Je parle pour eux je sais pas du tout. Christian je sais pas ce qu’il ferait. Il travaille dans la construction et il aime jouer de la musique. Il se partirait peut-être une boulangerie à St-Hugues avec sa blonde. Who knows?

 

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Siberian Breaks de MGMT

2. Ta chanson de rupture préférée?
Gonna leave you de Queens of the Stone Age

3. Ta chanson d’amour préférée?
Bonnie and Clyde de Serge Gainsbourg

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage?
Heliocentrics

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Death by sexy de Eagles of Death Metal

6. La chanson qui te rend le plus heureux?
Full grown de Jon Spencer Blues Explosion

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup?
Pixies

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Sundress de A$AP ROCKY

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
I want you (she’s so heavy) des Beatles

10. Ta chanson (à toi) préférée?  Good Life de Weezer

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