On vous présente : Chassepareil

Chassepareil ou quand la nature nous réconforte 


© Chassepareil, photo : Léa Dumoulin

Par : Myriam Bercier

Après 37 chroniques en 2020, ma chronique On vous présente est de retour pour l’année 2021. En guise de rappel, On vous présente vise à vous faire découvrir des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. On commence l’année en force avec le groupe originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean Chassepareil!

Pour mieux comprendre à qui on a affaire cette semaine, voici deux définitions très importantes :

Chassepareille : L’Aralie à tige nue (Aralia nudicaulis) est une plante à fleur d’Amérique du Nord septentrionale et orientale qui atteint 30 à 60 cm avec un rhizome traçant souterrain. Au printemps le rhizome souterrain produit des feuilles composées qui sont grandes et finement dentées. Elle est aussi connue sous le nom d’aralie chassepareille et de salsepareille. Autrefois les autochtones du Québec s’en servaient notamment pour soigner les infections pulmonaires, purifier le sang, en application externe pour guérir l’eczéma et soigner des plaies. La plante servait également d’aliment d’urgence pour la guerre et la chasse d’où son épithète générique française de « chassepareille » : chasse pareille.

Chassepareil : Groupe de musique formé de Johannie Tremblay (composition, chant, flûte, harmonica), Pierre-Antoine Tanguay (voix, contrebasse), Alexandrine Rodrigue (voix, guitare) et Pascal Gagnon-Gilbert (percussions, batterie) originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce groupe au son planant sait saupoudrer tout en justesse sa musique de nostalgie. On peut le constater par leurs deux albums parus jusqu’à maintenant : Les oiseaux d’hiver (2016) et Chicout (2020). Grâce à leur premier album, on a pu découvrir leur folk-trad de chambre dans laquelle règne une complicité vocale très agréable.


© Chassepareil, photo: Etienne Dufresne

Pour Chicout, leur plus récent album, on peut y trouver un côté qui rappelle un peu les années 1970 ainsi qu’une réflexion sur la distance. La nature est omniprésente sur cet album à saveur indie-folk. Ces deux thèmes cohabitent très bien, comme on peut le constater avec la pièce de Feu de forêt qui aborde une rupture amoureuse comme un feu de forêt : dans la première partie, on assiste à la prise de conscience du personnage de la chanson qui vit une vraie libération après la rupture dans la deuxième partie. Dans la chanson Lumières, on assiste plutôt à un amour urbain pendant les Fêtes.

J’ai eu la chance de parler avec celle dont le sourire est si contagieux qu’il se transmet même au téléphone, Johannie Tremblay. Nous avons parlé, notamment, de la chassepareille et de leur volonté de percer en anglais au départ, de leur façon de procéder au studio et de l’importance de Chicoutimi dans leur vie et dans leur art. Sans plus attendre, voici notre entrevue!


© Chassepareil, photo: Sansfaçon // Photographies & Vidéos

 

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amenée à faire de la musique?
Johannie : Je suis issue d’une famille de musiciens. Pas mal toute la famille du côté de mon père joue d’un instrument. Quand j’ai eu 12 ans, j’avais la pression de la famille (rires) qui disait « bon, il faudrait que tu choisisses un instrument (rires) ça commence à être le temps. » C’était pour faire un petit concert pour mes grands-parents et j’étais dans celles qui n’avaient pas encore choisi d’instruments. J’avais choisi l’harmonica au début. Je m’étais mise beaucoup à l’harmonica jusqu’à mes 14 ans et quand j’ai découvert la flûte traversière. J’ai écouté une chanson d’Harmonium et j’ai eu un gros coup de cœur pour la flûte. J’ai donc appris la flûte quand j’étais en secondaire deux.

Myriam : Comment le groupe s’est-il formé?
Johannie : Ça s’est formé pas mal au cégep. On était presque tous étudiants en musique au collège d’Alma, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’était une histoire de colocation. On était trois du groupe qui étaient colocs ensemble, on ne se connaissait pas vraiment avant. On a appris à se connaître en colocation, et l’envie de faire un groupe de musique est venue par la suite.

Myriam : Pourquoi avoir choisi le nom de Chassepareil?
Johannie : Avant on s’appelait Sweet Grass. On avait une intention un peu plus bilingue, on voulait peut-être pogner un peu dans le Canada, dans les Maritimes. On voulait avoir un nom qui suggérait aussi le côté anglophone, mais finalement on s’est rendu compte que les chansons qu’on écrivait en anglais n’étaient pas très cool (rires). C’était moins facile de composer en anglais donc on a préféré continuer en français parce qu’on était plus à l’aise là-dedans, pour aller chercher le niveau de poésie qu’on voulait c’était plus facilement faisable en français. Donc on a continué en français et on s’est dit que ça n’avait plus rapport qu’on ait un nom en anglais donc on a voulu rester un peu dans la même thématique, parce que sweet grass c’est du foin d’odeur, c’est une plante qui pousse sur le bord de l’eau et on voulait garder le côté un peu herboristerie, donc on a cherché des noms qui pourraient être intéressants, des noms de plante. On est tombé sur la chassepareille, qui est en fait de la salsepareille; il a diverses variations de noms et on trouvait ça cool parce que ça suggère une idée autre qu’une plante, mais quand tu connais tes plantes tu sais que c’est une plante. On avait envie de rester dans quelque chose d’assez organique, de nature et on voulait quelque chose qui suggérait une autre idée que quelque chose de nature. Il y a un double sens à ce nom-là et on trouvait ça cool.

Myriam : Qu’est-ce qui vous inspire pour créer une chanson?
Johannie : C’est sûr que c’est quelque chose de très personnel, c’est moi qui compose pas mal toutes les chansons en fait, je me base vraiment sur ce qui se passe dans ma vie. On dit souvent les amours, les amitiés perdues en chemin ou retrouvées, il y a comme quelque chose qui est vraiment beaucoup axé sur le territoire, on est un peu toujours en voyage entre la grande ville et le Saguenay, il y a le côté d’exode urbain qui est assez présent, sinon il y a la nostalgie de la nature qui est assez présente due à notre exode urbain. Je m’inspire beaucoup de la route, de voyager entre l’endroit d’où tu viens et l’endroit où tu habites, la nostalgie vécue des deux côtés, des gens impliqués là-dedans. Les raisons de cœur ou d’amitié qui finissent par être perdues dans ce voyagement-là. C’est sûr qu’il y a toujours un côté nature qui nous intéresse beaucoup, je m’inspire beaucoup des oiseaux, de la forêt.

Myriam : Tu viens de dire que c’est toi qui composes les chansons, mais quel est votre processus de création?
Johannie : Pour le deuxième album, c’était un travail qui se faisait plus pour la création. Je mettais sur pied des chansons, paroles accords, avec des idées d’arrangement, je faisais de petites maquettes sur le bon vieux logiciel Garage band (rires) et j’enregistrais des maquettes très minimalistes, vraiment ce que j’entendais pour l’instant. Après je l’envoie au reste du groupe, ils écoutent ça, ils pensent à des idées, quand on se rencontre, on jamme un peu ça, on pratique la chanson, on essaie de trouver des idées, tout le monde peut apporter sa couleur là-dedans. Ensemble on lui donne une direction, une intention, une énergie. On ajoute d’autres instruments. Sinon pour cet album-là, on est allé chercher un réalisateur qui s’appelle Guillaume Guilbault, lui a apporté beaucoup aussi, quand on est arrivé en studio, il y avait plein de synthétiseurs, c’est vraiment un créateur de son, il est vraiment super bon. Il entendait des choses que nous, comme on est plus ou moins à l’aise avec l’électronique parce qu’on ne fait pas vraiment ça, lui il pouvait aller chercher un autre côté qui nous a vraiment interpellés. On a vraiment aimé ce qu’il nous a apporté. Il nous a amené des textures, on avait envie d’avoir un peu plus de profondeur, de texture, lui, avec sa création de sons dans l’électronique il est allé chercher le petit côté qu’on était intéressé à avoir, mais on n’avait pas les capacités de le faire.

Myriam : Vous avez appelé votre dernier album Chicout, et dans la description vous dites qu’il traite de la distance et que « Chicout devient alors un port d’attache. » Est-ce que Chicoutimi joue un rôle important dans vos vies ou dans votre art?
Johannie : C’est sûr que oui. Je pense que c’est inévitable. J’ai un sentiment d’attachement à cette ville-là assez fort. Pour diverses raisons, je ne peux pas souvent y être, donc on dirait que je passe, dans les chansons, cette forme de nostalgie, de tristesse un peu des fois qui est reliée à la ville, comme la joie qui peut être reliée à la ville. On dirait que ça crée beaucoup d’émotions chez moi. Ça fait partie de notre identité, on vient tous du Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est un peu une façon de nous définir aussi, on est ben fiers de venir du Saguenay, on n’a pas peur d’appeler notre album (rires) par un mot qui réfère vraiment au Saguenay parce qu’au final, c’est vraiment ça. J’ai trouvé que ce qui reliait toutes les chansons de cet album-là, c’était la ville de Chicoutimi, autant pour le niveau sentimental qu’elle apportait, comme une relation amoureuse, et aussi au niveau premier degré de s’ennuyer de la place d’où on vient. C’est vraiment présent dans toutes les chansons, c’est vraiment inévitable pour nous de donner ce nom-là.

Myriam : D’ailleurs, vous avez lancé Chicout en octobre 2020. Comment se sont passés la création et le lancement de cet album?
Johannie : Ça a été assez long je dirais! On est rentrés en studio il y a quasiment un an et demi maintenant pour la première fois. On faisait des « batchs » : on allait en studio pendant cinq jours, après ça on n’y retournait pas pendant trois mois, après on y retournait. On avait vraiment le temps de laisser mijoter des chansons. On faisait un petit bout, après on y repensait, on réécoutait les maquettes qu’on avait faites, on allait dans d’autres directions quand on se revoyait, on ajoutait des choses, on enlevait des choses. On avait vraiment beaucoup d’espace pour penser à où est-ce qu’on voulait amener ces chansons-là. C’est sûr que le contexte de pandémie, on s’est demandé en avril si on sortait l’album quand même, on s’est demandé si c’était une bonne idée de sortir en octobre. Finalement ça avait tellement été long avant qu’on lance l’album qu’on n’avait pas envie de repousser encore la date, on avait envie que ça sorte. C’est un peu quelque chose que t’as vraiment hâte de montrer mais qu’il faut que tu te retiennes. Si on devait encore ajouter des mois à se retenir on trouvait ça plate parce qu’on avait hâte de le montrer au monde. On a décidé de le lancer quand même, ça s’est fait vraiment de façon virtuelle. Je pense que c’est la réalité de tous (rires), on est un peu habitué de voir des albums popper sur notre feed Facebook, de ne pas nécessairement aller voir un spectacle, mais c’est sûr qu’on a hâte de faire des spectacles de lancement. On ne sait pas trop ça va être quand, mais c’est sûr que ça va être vraiment satisfaisant de le vivre en vrai.

Myriam : Justement, je sais qu’on est en pandémie et qu’on est retournés en confinement, mais est-ce que vous avez des projets pour 2021?
Johannie : À date, on a des spectacles de prévus, on ne sait pas si ça va avoir lieu. On a un spectacle à Tadoussac dans le cadre du Festival de la Chanson, on a un lancement d’album qui était prévu au Côté-Cour à Jonquière qu’on devait faire en novembre mais finalement qui s’est fait annuler, ça devrait être en septembre pour l’instant. Il y a quelques spectacles en vue qui sont sur le hold, si ça se passe ça serait vraiment le fun, mais sinon ça va être après. Sinon, dans d’autres projets autres que des spectacles en ce moment je travaille sur un vidéoclip d’animation pour une de nos chansons, j’ai mis beaucoup de temps là-dedans à faire de petits dessins à la main. Ça devrait sortir dans les prochains mois. C’est pas mal ça pour l’instant. On essaie de juste continuer à promouvoir l’album le plus qu’on peut, on a fait faire des t-shirts brodés, des trucs d’animation, des trucs comme ça pour nous garder un peu vivants comme on ne peut pas faire de spectacles pour exister, donc il faut exister un peu autrement par d’autres idées, d’autres projets qu’on pourrait faire.

Myriam : Justement tu parlais de promotion d’album, Chicout a presque 3 mois, quel accueil a-t-il reçu jusqu’à maintenant?
Johannie : Je pense que c’était quand même un bon accueil. C’est sûr qu’il y a beaucoup d’albums qui sont sortis en même temps, des fois c’est difficile de sortir la tête de ça et de briller plus que les autres. Je pense que pour le contexte où beaucoup d’albums sont sortis cet automne et qu’on ne pouvait pas faire de spectacle pour le faire voir un peu plus, on dirait qu’on a moins conscience de comment ça a été reçu parce qu’on ne peut pas le vivre en personne, on ne peut pas rencontrer les gens. Tu essaies un peu de deviner comment ça a été reçu par le biais de l’Internet. C’est sûr que c’est moins concret comme réception, on ne peut pas voir le monde, mais je pense que ça a été bien reçu, je suis quand même contente de ce qu’on a eu, on a vraiment beaucoup d’écoutes sur YouTube et sur Spotify. Les chiffres montrent un peu le niveau de réception comme on ne peut pas le vivre en personne, on regarde des chiffres et les chiffres sont bons donc on est ben contents.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Johannie : Outre votre projet musical, quelles sont vos occupations?
Pascal (drum) est intervenant en centre communautaire, Pierre-Antoine (contrebasse) fait la van-life pour l’instant! Alexandrine (guitare) est étudiante en photographie et Johannie est enseignante en musique en pédiatrie sociale et étudiante.

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Peace train de Cat Stevens
2. Ta chanson de rupture préférée?
Je veux de la lumière de Philemon Cimon
3. Ta chanson d’amour préférée ?
Jenny de Richard Desjardins
4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Le projet musical de notre ami Tortue instruite. C’est si beau! Aussi le groupe québécois Rosier.
5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Songs de Adrienne Lenker
6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
Diamond Day de Vashti Bunyan
7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Vashti Bunyan, Big thief, Violeta Parra, Anne Sylvestre
8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Good news de Mac Miller
9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Pas mal toutes les chansons de Richard Desjardins! Disons L’engeolière pour en choisir une
10. Ta chanson (à toi) préférée?
L’oiseau sur la montagne

 

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