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Natasha Kanapé Fontaine : Nui Pimuten-Je veux marcher

Renaissance à travers le territoire et la poésie

Crédit photo: Julie Artacho

Par : Marie-Christine Jeanty

Nui Pimuten-Je veux marcher, est le titre de ce puissant et profond EP de l’artiste multi-disciplinaire Natasha Kanapé Fontaine. C’est un titre évocateur de la démarche de réappropriation de son territoire à travers la poésie de l’artiste qui peut enfin renouer avec la langue de ses ancêtres l’Innu-Aimun, qu’elle aimerait maîtriser encore d’avantage. La redécouverte de sa langue lui a permis d’accélérer ce processus de guérison que l’écriture, que l’art en général lui ont permis d’entamer. Cela apporte une nouvelle dimension à ses toujours si interpellants et bouleversants vers. La poésie de Natasha Kanapé Fontaine est mise en valeur avec brio par les arrangements de son complice Manuel Gasse et  le tout élégamment rehaussé par le travaille de la belle équipe qui les entoure : Bernard Grenon, Jean-François Couture, sans oublier la mise en scène de Michel Faubert . 

La voix suave de l’artiste était tantôt en douceur, tantôt en clameur, tantôt en ébullition, et nous nous laissions bercer et/ou confronter par l’immensité de ses mots. Ainsi, elle a donné le ton dès la première note avec un profond texte  alliant sa langue natale, l’innu-aimun, et le français. Avec ce spectacle, elle aborde avec bienveillance et tact des thèmes qui ne laissent personne indifférent, à moins de souffrir d’un déficit d’empathie comme certains de nos dirigeants. Je suis d’ailleurs tout en écrivant ces lignes encore en train de méditer sur tous ces mots et ce profond appel à l’action, à la révolution, à se tendre la main les uns aux autres pour mieux faire et être plus en synchronicité avec le territoire mais aussi avec les Premiers Peuples qui en sont les gardiens.

Crédit Photo: La Tribu

« Comment recoller les morceaux ? », se demande l’artiste d’ailleurs au cours de ce pèlerinage en poésie et musique. La semaine dernière, je vous parlais de Dominique Fils-Aimé et je me permets ici de faire un parallèle entre ce désir de ces deux artistes d’utiliser leur art comme médium, catalyseur non pas uniquement de souffrance mais plutôt d’empowerment, une façon pour leur communauté de clamer haut et fort, la fierté d’être (Innu dans ce cas-ci pour Natasha) et d’amplifier la voix de ceux qu’on entend pas assez et de porter ensemble la révolution.

La mise en scène  intime et efficace doublée d’une plume sensible et forte, sereine et furieuse, nourrit  l’image que l’on se fait, en tout cas, que je me fais des Femmes Innus, force tranquille guidant la reconquête du territoire. Cette soirée de haute voltige, s’est terminé par un rappel, un texte bouleversant,  le premier qu’elle est parvenue à écrire à la suite du décès de Joyce Echaquan,  Je reste, ouf, je parviens à peine, à me remettre des émotions ressenties à ce moment précis de la soirée. Je suis d’ailleurs restée le souffle coupé, à plusieurs reprises au cours de ce somptueux spectacle. Natasha Kanapé Fontaine a publié son premier roman: Nauetakuan, un silence pour un bruit, au mois de novembre.

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