La chronique littéraire : Partir pour raconter

Partir pour nommer l’innommable 

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Par : Johanne Mathieu

Qu’il soit question du Rwanda, de l’Iran, de la Syrie, de l’Afghanistan ou de l’Égypte, pourquoi vouloir partir pour nommer l’innommable, pour parler des guerres, des révolutions, des désastres naturels? La reporter internationale Michèle Ouimet livre son expérience dans Partir pour raconter, un récit poignant et passionnant, paru aux Éditions du Boréal.

Journaliste pour La Presse de 1989 à 2018, Michèle Ouimet est partie pendant 25 ans en zones dangereuses pour raconter… Raconter les massacres, la sauvagerie, les conflits et les guerres dans les différents points chauds de la planète. Raconter pour mettre un visage sur les atrocités. Raconter pour rendre à chacun sa part d’humanité : victime ou bourreau, chef de guerre ou prisonnier, homme, femme ou enfant… Mais pourquoi Michèle Ouimet a-t-elle voulu réellement partir durant toutes ces années? Pour l’urgence d’aller sur le terrain, pour parler de la misère et de l’absurdité de la guerre, pour recueillir des témoignages, parce que témoigner est essentiel. Mais peut-être aussi pour le goût de l’aventure, le besoin irrépressible de partir et de se sentir vivante…

Grâce à son récit, Michèle Ouimet nous souffle par son authenticité et par l’urgence ressentie dans chacun de ses mots, chaque pan d’histoire. Son désir de raconter, la journaliste et auteure l’a souvent réalisé dans des conditions chaotiques, au détriment de la peur, du stress ressenti, de l’inconnu et de l’imprévisible. Elle rend compte des difficultés à évoluer dans un milieu d’hommes, autant en ce qui concerne son travail que les mollahs qu’elle a dû interviewer. Et bien au-delà de l’horreur, il y a le déchirement, puisque partir, c’est aussi laisser quelqu’un derrière, l’amoureux et l’enfant, malgré l’inquiétude et l’angoisse. Michèle Ouimet y présente également les coulisses du métier de journaliste, tel qu’il était et est encore pratiqué aujourd’hui. L’auteure parle de tous ces bouleversements terribles qui ont touché tant de gens, tant de pays, mais aussi de ses propres bouleversements intérieurs. Et comme elle le dit si bien elle-même : « C’est la seule chose que je sais faire dans la vie : raconter. »

Partir pour raconter, de Michèle Ouimet (2019), Éditions du Boréal, Montréal, 328 pages.

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