La chronique littéraire : Les derniers romantiques

Histoires (dramatiques) de famille

© www.renaud-bray.com/Éditions de l’Homme (Mary Grace Long)

Par : Johanne Mathieu

Nous sommes en 2079 et le monde se trouve dévasté par le dérèglement climatique. La poétesse Fiona Skinner, 102 ans, en est à sa première lecture publique depuis plus de deux décennies. Elle se retrouve confrontée à ses souvenirs lorsqu’une jeune femme de l’assistance, prénommée Luna, insiste pour en connaître davantage sur le personnage de l’œuvre phare de l’auteure, qui porte le même nom qu’elle… L’été 1981 marquera à jamais Reine, Caroline, Joe et Fiona Skinner. Après le décès de leur père, ils assistent, impuissants, à la dérive de leur mère, Noni, et vivront ce qu’ils appellent « la Grande Parenthèse ». Durant cette période, les quatre enfants, âgés de 4 à 12 ans, seront livrés à eux-mêmes. Vingt ans plus tard, une autre tragédie frappe la famille et ravivera les blessures de chacun.

Cette histoire parle d’amour vrai, d’amour sincère.
Elle évoque l’amour imparfait, malheureux, affaibli.
Pas de conte de fées, pas de poésie.

Ce roman de Tara Conklin, magnifique et profond, contient une intrigue forte en émotions – les émotions de l’âme. On ne peut qu’être touché par le sort des quatre enfants Skinner, qui subiront les contrecoups de « la Grande Parenthèse ». Ils deviendront adultes, mais transporteront avec eux leurs blessures ou leurs illusions d’enfance. Par le biais de Fiona qui relate son histoire, on est témoin de la détresse qu’ils ont vécue, celle de Fiona entre autres, mais surtout celle de Joe, « l’homme de la maison ». Malgré la force et parfois l’héroïsme dont il fait preuve, Joe est probablement celui qui est le plus vulnérable de tous. Sous des dehors de réussite, d’assurance et de charme, il vivra ses propres tourmentes intérieures, insoupçonnées. La tragédie initiale – le décès du père – ouvre la porte à d’autres souffrances, d’autres épreuves tout aussi lourdes à traverser.

L’auteure nous parle aussi d’amour, un amour imparfait, et nous réfère aux toutes premières amours de notre vie : la famille. Les liens qui nous unissent à ceux que nous aimons sont parfois durs, difficiles, tendus, mais au final, loyaux, précieux et indéfectibles. Dans cette œuvre, Tara Conklin questionne d’autre part nos choix de vie, différents pour chacun, et les conséquences qu’ils ont sur notre avenir. Nos réactions face à la souffrance des autres et à la capacité de se remettre d’un drame pourraient également être interrogées. Au contact des pages de ce livre, on a affaire à une intrigue familiale dramatique pleine d’humanité et teintée de mélancolie. Une œuvre saisissante et d’une extrême justesse, qui nous accapare jusqu’à la toute fin.

Les derniers romantiques, de Tara Conklin (2021), Éditions de l’Homme, Montréal, 384 pages.

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