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Sylvia : Ah, la maudite chienne (de vie)!

Les vertus inexplicables des compagnons canins

Sylvia_ShowTime21_Credit_DrMartin©Martin Ouellet

Par : Marie-Claude Lessard

Les Projets de la meute a toutes les raisons du monde de se réjouir. Il s’agit de la première compagnie à présenter en version québécoise la pièce Sylvia, qui a cartonné à Broadway pendant plusieurs années. Présentée à la Maison des arts Desjardins de Drummondville jusqu’au 26 août avant de partir en tournée partout au Québec dès septembre, cette adaptation de Normand Chouinard correspond de A à Z à une pièce estivale typique. Toutefois, à travers son emballage léger et amusant, l’oeuvre dissimule une réflexion intelligente et attendrissante sur l’importance de se définir davantage par les moments simples qui embellissent le quotidien que par le rythme effréné imposé par les responsabilités sociales.

Marcel Leboeuf interprète avec sensibilité (malgré certains décrochages, il faut l’admettre) Gregory, un homme dont les problèmes vont au-delà de la fameuse crise existentielle de la quarantaine. Il méprise son emploi et son patron borné. Il ne sait plus véritablement à quoi s’accrocher pour que sa vie continue d’avoir un sens. C’est alors qu’il découvre la chienne Sylvia (Sonia Cordeau), abandonnée dans un parc. C’est le coup de foudre; Greg a enfin l’impression d’être utile. Malheureusement, sa femme Catherine (Pierrette Robitaille), qui vit présentement un sommet dans sa carrière d’enseignante de français au secondaire, n’a pas l’énergie ni le temps de s’occuper d’un chien bouillonnant d’affection. L’arrivée d’apparence banale de Sylvia dévoile au grand jour les tensions et conflits bien enfouis qui menacent de rompre l’union de 32 ans entre Greg et Catherine.

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Évidemment, le spectateur est bien conscient qu’un véritable chien ne peut se produire sur les planches soir après soir, et il ne s’attend point à cela. Il accepte que le rôle du toutou à quatre pattes soit campé par une actrice. Cependant, voir Sonia Cordeau utiliser un langage humain et se rouler par terre en sortant la langue comme si de rien n’était déstabilise lors des premières minutes. Heureusement, les spectateurs s’acclimatent assez rapidement. L’ancienne vedette de l’émission Les Appendices effectue un travail physique extraordinaire. Pétillante, elle imite à la perfection des mouvements animaliers. La comédienne insuffle une personnalité à la fois attachante et frustrante à Sylvia. Dirigée de main de maître par André Robitaille, la distribution partage une chimie contagieuse. Claude Prégent souffre par contre un peu des stéréotypes affligés à ses personnages secondaires mais parvient tout de même à soutirer quelques rires. Fidèle à elle-même, Pierrette Robitaille, qui resplendit dans chacune de ses tenues, réussit à donner des crampes aux joues lors d’une scène impliquant de l’alcool et un sofa (on ne vous en dit pas plus, c’est absolument tordant et inspiré d’un certain sketch d’Olivier Guimond…).

Parfois, les réactions de Greg flirtent dangereusement avec le sentiment amoureux. La relation vitale entre un homme et son chien prend ici des tournures un peu exagérées, contexte théâtrale large public oblige, mais cela permet de bien accentuer les véritables enjeux de la pièce. En plus d’être un hommage sincère et charmant aux chiens, Sylvia expose avec doigté la pression que des êtres ordinaires ressentent à tout simplement vivre chaque jour. Le sous-texte de l’oeuvre trouve son chemin dans l’esprit du public. Il se transmet aussi magnifiquement que les décors et les costumes.

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Bref, en sortant de la salle, Sylvia donne envie d’aller faire une grosse caresse à son animal de compagnie ou de s’en procurer un. Et pour ceux qui ne comprennent pas l’attachement que peut susciter un chien, l’amertume et la fermeture d’esprit s’atténuent radicalement.

Texte révisé par : Marie-France Boisvert

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