La chronique littéraire : spécial littérature jeunesse

Quand la littérature jeunesse a des ailes

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© leparisien.fr

Par : Johanne Mathieu

Cette année, la littérature jeunesse est vraiment sur son air d’aller avec plusieurs sorties de livres intéressantes chez différents éditeurs. En ce début de vacances scolaires, voici quelques suggestions pour la saison estivale.

Alban – Le courage, Marilou (Éditions Cardinal)

Un matin, alors qu’il s’est levé en retard et qu’il n’a pas pris le temps de déjeuner, Alban s’empresse de se rendre à l’école. Sur son chemin, alors qu’il traverse le jardin de madame Pomerleau, il est attiré par l’odeur délicieuse des carottes et ne peut s’empêcher d’en dérober quelques-unes. Il s’installe donc pour les savourer, mais il est aussitôt pris par les regrets. Malgré la peur qu’il ressent, il décide d’aller voir madame Thériault et de tout lui avouer. Il apprendra qu’avec la peur, vient le courage…

Premier livre à apparaître sous la collection AlbanLe courage est magnifiquement illustré par Natasha Prévost. Dans cette collection, le jeune lecteur fait l’apprentissage d’une vertu grâce aux aventures du jeune lapin. Aucunement moralisateur et tout en simplicité, Marilou démontre avec cette jolie fable une très belle leçon de vie : que l’on peut apprendre de ses erreurs, même à un jeune âge. L’important est qu’il est possible de les réparer en laissant nos peurs de côté. Marilou continue sur la voie du succès avec ce premier album jeunesse. (Pour les 3-6 ans)

Alban – Le courage, de Marilou (2018), Éditions Cardinal, Montréal, 32 pages.

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La bête à 4 z’yeux, Caroline Merola (Édito jeunesse)

Il paraît qu’une bête toute noire et velue rôderait dans les bois. Enfin, c’est ce qu’a compris l’oiseau en épiant la conversation de Sam et d’Ingrid. L’oiseau s’empresse de répéter la nouvelle au lièvre, qui le dit au renardeau… Bientôt, toute la forêt est au courant de la présence de la bête. Et une chose en entraînant une autre, la nouvelle prend des proportions insoupçonnées et se transforme à mesure qu’elle est propagée. Le trio décide alors de lui tendre un piège. Et si l’oiseau avait tout compris de travers?

Caroline Merola a créé un volume amusant qui se conclut, encore une fois, par une belle morale : il vaut mieux être sûr d’une nouvelle avant de la répéter à quiconque et ne pas déformer les paroles de quelqu’un. Outre la petite morale, c’est rigolo, c’est sympathique, les personnages sont attachants. En plus de l’écriture, l’auteure s’est aussi occupée des illustrations de l’ouvrage. Celles-ci sont superbes : colorées et accrocheuses, le trait libre, énergique et généreux. C’est léger, joyeux, sur un ton bon enfant… Un bon moment de lecture assuré. Une surprise attend également le jeune lecteur à la toute fin. Un plus. (Pour les 3-6 ans)

La bête à 4 z’yeux, de Caroline Merola (2018), Édito jeunesse, Montréal, 32 pages.

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Avis de recherche : 50 animaux en danger à retrouver et à protéger, Isabella Bunnell (Seuil jeunesse)

Quel est le plus grand perroquet du monde? Quel animal mesure à peine 25 mm? Quel est le plus intelligent des grands singes? Grâce à ce magnifique album abondamment illustré, le lecteur apprend à connaître et à identifier 50 espèces qui sont menacées de disparaître. La première partie du livre présente chacune des 50 espèces dans leur habitat naturel (grottes, plaines, ciel, eaux douces, etc.), tout en faisant voyager le lecteur partout dans le monde et en lui faisant connaître souvent des espèces inconnues, parfois des espèces étranges ou surprenantes, comme le tamarin lion doré, le dugong, le bilby ou encore l’arthroleptis troglodytes! La deuxième partie se consacre à la description de chaque animal en expliquant en détail l’origine, les caractéristiques et les raisons pour lesquelles chacun d’eux se retrouve en danger.

Tout en étant autant éducatif qu’amusant, l’ouvrage d’Isabella Bunnell devient en quelque sorte un jeu. Il met au défi le côté observateur de ses lecteurs, car ceux-ci devront identifier chacune des espèces à travers les illustrations de l’auteure. Un livre qui piquera l’intérêt des plus curieux et des amoureux des animaux. Très bien réalisé et illustré, un album très intéressant. (Jeunesse – Documentaires – 5-9 ans)

Avis de recherche : 50 animaux en danger à retrouver et à protéger, d’Isabella Bunnell (2018), Paris, 32 pages.

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Fanny Cloutier, ou l’année où j’ai failli rater mon adolescence, Stéphanie Lapointe (Éditions Les Malins)

Du jour au lendemain, Fanny Cloutier voit son existence complètement chamboulée : son père, un inventeur un peu fou, a la chance de poursuivre ses recherches au Japon. L’adolescente vivra une année de changements et d’émotions qui la bousculeront : départ de son père, déménagement à Sainte-Lorette alors qu’elle a toujours habité à Montréal, arrivée dans une famille dont elle ignorait tout de l’existence jusqu’à maintenant… Alors qu’elle a déjà du mal à s’adapter, Fanny apprend que son père lui a menti toute sa vie, entre autres, sur les circonstances qui ont mené à la mort de sa mère, décédée lorsqu’elle était très jeune. Des secrets, une enquête rocambolesque pour découvrir la vérité, les premiers émois amoureux… Heureusement qu’elle a son journal pour se confier, ce qui l’aidera à ne pas rater complètement son adolescence!

Stéphanie Lapointe met ici la table pour une toute nouvelle série jeunesse avec le premier tome des aventures de Fanny Cloutier. Et quel premier tome! L’auteure a un réel don pour l’écriture et une grande aisance pour rendre les émotions spontanées et à fleur de peau souvent vécues à l’adolescence. En la personne de Fanny, elle nous présente un personnage haut en couleur et à la verve (et l’écriture) facile, douée pour le dessin et pour se mettre dans des situations impossibles. Et elle ne laisse aucun répit à son lecteur, car une aventure n’attend pas l’autre! On suit donc volontiers Fanny dans sa quête de vérité, allant de secrets en mystères. Côté graphique, Stéphanie Lapointe sait aussi maintenir l’attention et l’intérêt par les différents procédés utilisés, en collaboration avec l’illustratrice Marianne Ferrer : page transparente, feuilles à déplier, les dialogues de chaque personnage représentés par une couleur différente. Et les illustrations de Ferrer sont superbes! Une nouvelle série jeunesse qui s’amorce très bien : drôle, dynamique, originale et surprenante. Que du plaisir qu’aura le lecteur en découvrant cette œuvre. (Pour les 10-14 ans)

Fanny Cloutier, ou l’année où j’ai failli rater mon adolescence, de Stéphanie Lapointe (2018), Éditions Les Malins, Montréal, 376 pages.

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Le garçon aux chiens, Linda Amyot (Leméac)

Entre les promenades avec les chiens des Thériault, les parties de soccer et les visites à la crèmerie, surtout depuis que Laura y travaille, Adrien et son amie Élaine sont les seuls à rester dans le coin durant les vacances scolaires. Mais le père d’Adrien lui réserve toute une surprise : il les invite, lui et son frère aîné, à venir célébrer ses cinquante ans à Toronto où il vit désormais. Mais voilà : Adrien ne veut même pas en entendre parler, puisque ce père, tant aimé autrefois, est la cause de ses tourments. Il en veut à celui-ci pour l’intimidation et les moqueries qu’il a vécues à cause de ses mensonges et de sa vie secrète. Aveuglé par cette colère qu’il n’a jamais exprimé clairement, l’adolescent sera-t-il capable de mettre celle-ci de côté et de faire un pas vers la réconciliation?

Une histoire touchante sur l’éclatement et le deuil de la famille, l’intimidation et la pression sociale. Dans ce roman d’Amyot, on a les deux pieds en plein dans l’émotion, où les sentiments contradictoires s’entrechoquent. D’un côté, il y a la colère, la rancœur et la haine qu’entretient Adrien envers ce père qu’il l’a trahi. De l’autre, il y a cet amour et cette tendresse, que le narrateur éprouve d’abord pour sa mère, mais aussi celui qu’il ressent pour Laura. Cet amour l’adoucira peu à peu et le transformera. Un roman sur l’acceptation, de soi et des autres, l’acceptation de ce qui est et que l’on ne peut changer, acceptation de la différence. Un roman aussi sur la force, celle d’affronter les épreuves difficiles, et celle d’affronter la vérité, à un âge où l’on peut tout saisir sans avoir toutefois envie d’y faire face. Un roman splendide et très humain, malgré son côté sombre, comportant même une certaine part de sagesse. (Pour les 12+ ans)

Le garçon aux chiens, de Linda Amyot (2018), Éditons Leméac, Montréal, 120 pages.

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© www.lemeac.com

Le jour où maman m’a présenté Shakespeare, Julien Aranda (Édito)

Un jeune garçon de 10 ans est élevé par une mère un peu bohème, comédienne de théâtre, qui lui répète sans cesse que « la vie est trop courte pour être triste et qu’il ne faut jamais renoncer à ses rêves d’enfant parce qu’il y a bien assez d’adultes comme ça dans le monde »… Habitué de voir débarquer chez lui toute la troupe dont sa mère fait partie, sa famille de cœur, pour répéter leurs pièces, le narrateur et sa mère vivent ainsi au rythme de Shakespeare et de Georges Brassens, à une époque qui n’en a que pour les réseaux asociaux et la télédébilité. Mais un jour, il découvrira abruptement la réalité des choses. Malgré cela, peut-on garder espoir et est-il possible de croire que tout peut encore arriver quand nos rêves sont brisés?

Julien Aranda raconte la trajectoire difficile, mais quand même heureuse, d’un petit garçon et de sa mère. Un roman sur l’optimisme et sur les rêves d’enfant auxquels ils ne faut pas renoncer. Aranda y va de jeux de mots judicieux sur la réalité des choses et de petites phrases philosophiques qui parsèment, par la même occasion, l’espoir au fil des pages. J’ai été émue aux larmes, j’ai ri, j’ai été attristée… Et au bout du compte, j’ai été emballée! L’un des meilleurs livres que j’ai lus cette année. (Pour adolescents)

Le jour où maman m’a présenté Shakespeare, de Julien Aranda (2018), Éditions Édito, Montréal, 264 pages.

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© www.renaud-bray.com

De beaux livres à lire et à découvrir en perspective, par jour ensoleillé ou par jour de pluie… Bonne lecture!

Texte révisé par : Marie-France Boisvert/JM

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