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Bonne fête Montréal : Un cadeau généreux, mais mal emballé

Les clichés ont pris le dessus

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©Véronyc Vachon/ MatTV

Par : Marie-Claude Lessard

Les festivités entourant les 375 ans de Montréal ont fait beaucoup jaser, spécialement l’illumination du pont Jacques-Cartier et le spectacle Bonne fête Montréal chapeauté par Juste pour rire. Les attentes étaient élevées pour cet événement mis en scène par Serge Denoncourt. Si la plupart des critiques émettent des réactions plutôt tièdes et manifestent leur déception envers la célébration, c’est justement peut-être parce que les organisateurs ont vu trop grand…

L’œuvre a tenté de représenter honnêtement la métropole avec son multiculturalisme distinctif et ses imperfections. Or, les quelque 11 000 personnes réunies au Centre Bell le 17 mai ont eu droit à une proposition inégale qui, à vouloir ratisser trop large, n’a jamais trouvé sa propre nature. Quel était le but exact des artisans? Fêter Montréal semble être une évidence, mais l’autodérision clichée, les multiples flèches lancées sur le trafic et la construction ainsi que les blagues déplacées sur Guy Turcotte et Luka Rocco Magnotta ne propulsaient pas le public dans un état particulièrement réjouissant. Étonnamment, l’animation de Guy A. Lepage manquait de raffinement et d’amour, car pour un gag redoutablement efficace, on devait endurer une enfilade de lignes désuètes.

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L’enthousiasme de l’audience a diminué considérablement à la mi-parcours de la première partie. Cela s’explique par un rythme chancelant principalement causé par un ordre des numéros mal ficelé. La distribution, présentant des artistes issus de toutes les origines, valsait entre des valeurs sûres du showbiz québécois et des talents émergents. Cette idée, fort louable et pavée de bonnes intentions, a abouti à un résultat plutôt nébuleux lorsqu’on prend en considération que le spectacle s’adressait à un public de 7 à 77 ans plus ou moins familier avec tous les univers dépeints. Après un numéro énergique, trop de chansons douces s’enchaînaient, ce qui entraînait un léger sentiment d’ennui. Malgré un décor impressionnant avec un carrousel et une réplique de la grande roue, une froideur se dégageait de la mise en scène. C’est pourquoi voir, par exemple, le groupe rap Dead Obies et le saisissant baryton Étienne Dupuis dans le même dix minutes sans aucun lien conducteur semait la confusion.

Nul n’est à l’abri de problèmes techniques mais Bonne fête Montréal en a connu beaucoup trop, surtout pour une production de son envergure. Le faible son des micros a empêché à des artistes comme les Dead Obies, justement, et Marie-Mai de briller pleinement, et ce, même s’ils étaient accompagnés magnifiquement par l’orchestre dirigée par Yannick Nézet-Séguin. Les réinterprétations symphoniques ont insufflé un souffle nouveau et rafraîchissant aux succès À bout portant et Emmène-moi de Marie-Mai. Par contre, la piètre qualité du son a atténué les ardeurs du public envers leur superstar.

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Ceci dit, Ariane Moffatt, bientôt maman pour une troisième fois, est parvenue à faire fi de ces désagréments en offrant des prestations dynamiques de (Je rentre à) Montréal et Debout. Idem pour La Bronze que certains ont enfin eu la chance de connaître grâce à la livraison de Rois de nous. Lors de la deuxième partie, le party a véritablement levé avec le medley disco mené de main de maître par Kim Richardson. Les interprètes féminines de la soirée, à l’exception de Diane Dufresne, ont également offert un bouleversant hommage à Leonard Cohen en chantant l’immortelle Hallelujah. La présence de Lulu Hughes, qui se bat actuellement contre le cancer, a touché la foule qui l’a chaudement applaudie à plusieurs reprises. L’apparition surprise de Michel Louvain pour présenter quelques pièces emblématiques sur la ville (La Ronde, Le Blues de la Métropole, pour ne nommer que celles-là) a revigoré la foule.

Les numéros d’humour ont connu un fort succès mérité. Gad Elmaleh a ouvert le bal avec un segment amusant, mais beaucoup trop court qui propageait son amour pour Montréal, ville dans laquelle il a habité plusieurs années. Louis-José Houde a également parlé des nombreux endroits dans lesquels il a résidé dans la métropole. Ses conquêtes d’un soir ont provoqué bien des rires. C’est sous les traits du maire Denis Coderre que Laurent Paquin est entré sur scène. Contrairement à l’hôte de la soirée, il a écorché gentiment et avec une certaine affection les travers de Montréal.

Bref, malgré les bons moments précédemment énumérés, Bonne fête Montréal ne sera pas l’événement phare dont on va se remémorer en discutant du 375e de Montréal.

Crédit photo : ©Véronyc Vachon/MatTv.ca

Texte révisé par : Annie Simard

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