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Bébé le chauffeur : Cadence révolutionnaire

Une romance explosive réjouissante

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Par : Marie-Claude Lessard

Même si cette expression s’avère immensément galvaudée dans le domaine du divertissement, croyez les nombreuses publicités sur les réseaux sociaux qui proclament Bébé le chauffeur (version française de Baby Driver) le film le plus cool de l’été! L’oeuvre réalisée et scénarisée par Edgar Wright (les comédies Le dernier pub avant la fin du monde, Scott Pilgrim contre le monde, Shaun et les zombies) fait partie de cette catégorie de films qui parviennent à ébahir un public éclectique en amalgamant avec intelligence romance, action, comédie et musique.

Ansel Elgort interprète avec conviction que ce fameux Bébé (oui, oui, il s’agit de son véritable prénom) permet à des voleurs de banque de ne pas se faire coffrer grâce à une conduite automobile rapide qui évite tous les obstacles. Un accident de la route lorsqu’il était enfant a causé un bourdonnement dans son oreille, bruit qu’il couvre en écoutant en quasi permanence le répertoire fort varié (et jubilatoire) de son iPod. Suivant minutieusement le tempo d’une chanson pour mener à terme une poursuite, le jeune homme obéit au criminel Doc (Kevin Spacey) qui le tient bien serré dans ses filets tout en tentant de trouver un moyen de quitter la ville avec la belle serveuse d’un casse-croûte (Lily James) dont il s’est entiché.

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Dès la scène d’ouverture dans laquelle se déploie une impressionnante course de voiture dictée par la cadence de sons ambiants et de Bellbottoms de Jon Spencer Blues Explosion, le spectateur embarque dans un univers déjanté et fascinant où la musique n’a jamais tenu la vedette d’une manière aussi pertinente. Omniprésente, les chansons cernent parfaitement les intrigues et les émotions des personnages. Le montage sonore, qui met le focus sur des petits gestes du quotidien comme déposer un café sur une table, forme lui-même une trame sonore. Combiner les deux sans la moindre anicroche relève du prodige et d’une réinvention dans la manière de concevoir et de présenter le septième art. En ce sens, la pétarade de balles de fusils au son de Tequila est une jouissive scène d’anthologie, rien de moins.

On ne s’ennuie pas une seconde dans cette trame narrative d’une cohérence inouïe malgré des revirements totalement rocambolesques, et ce malgré quelques désolantes tournures mielleuses  en fin de parcours. On pardonne toutefois l’épanchement sentimental convenu tellement tout le reste emballe. Les séquences d’actions feront pâlir d’envie tous les Rapides et Dangereux de ce monde alors que l’écriture à la fois rythmée et subtile d’Edgar Wright rappelle la vivacité d’esprit d’autrefois d’un certain Woody Allen. Le souci du détail dans tous les éléments, du scénario en passant à la cinématographie colorée, épate. Le graphisme rose bonbon et old school des affiches promotionnelles contribue également à rehausser l’impression révolutionnaire qui entoure ce film qui se ne prend délicieusement jamais au sérieux avec une rigueur exemplaire!

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Pendant plus de 100 minutes, avant les facilités dramatiques de la conclusion, le long-métrage offre des personnages attachants aux relations attendrissantes. Au-delà des courses et des affrontements armés, Bébé le chauffeur s’avère une comédie romantique. L’idylle entre Bébé et sa Debora fait sourire et évite les clichés, spécialement parce que les dialogues sur la musique entre les protagonistes illustrent à merveille les mignonnes maladresses reliées à l’éclosion d’un premier béguin. Le couple Bonnie & Clyde du film, campé par Jon Hamm et Eiza Gonzalez, semble manipulateur tout au long avec leurs manifestions amoureuses trop grandiloquentes pour être vraies, mais, en réalité, elles l’étaient , car rien n’est plus fort que le cœur. Cela parait kitsch dit ainsi, mais le film le démontre sans aucune once de complaisance.

Ansel Elgort, pour plusieurs le Gus de Nos étoiles contraires, prouve toute sa versatilité en optant pour la retenue. Le train de vie de Bébé lui prodigue une attitude rebelle, mais à l’intérieur c’est un tout petit garçon idéaliste qui ne s’était toujours pas remis de sa situation familiale houleuse rêve d’une vie tranquille  parsemée de road trip, la musique dans le tapis. Elgort rend bien cette fragilité avec un regard pénétrant faussement impassible. À ses côtés, la pétillante Lily James déborde follement de charme. Jamie Foxx constitue le seul acteur qui a succombé au cabotinage, mâchant ses mots inutilement pour se donner des airs de dur à cuire.

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Bref, Bébé le chauffeur est maintenant le modèle à suivre pour tout cinéaste voulant créer une romance comique et explosive qui transcende les barrières des genres. En espérant qu’on n’attendra pas trop longtemps avant qu’il engendre des petits tout aussi respectables et divertissants.

Note : 3.5/5

Texte révisé par : Louisa Gaoua

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