Baby-Sitter : Le dos large du féminisme

Les diverses sphères de la misogynie

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©Magali Cancel

Par : Marie-Claude Lessard

Scandalisée par des propos sexistes et mensongers tenus sur Facebook par rapport à la culture du viol, Catherine Léger a ressenti le besoin de répliquer à sa façon par le biais de l’écriture de Baby-Sitter, une pièce au ton incisif extrêmement juste et libérateur sur les différentes interprétations, les vraies comme les fausses, de la misogynie.

D’abord dévoilée au festival Jamais Lu en 2016, Baby-Sitter débarque maintenant dans la grande salle de La Licorne pour écorcher le public en le plongeant sans censure dans de délicats enjeux on ne peut plus actuels.

Lors d’un reportage sportif télévisé en direct, un Cédric plutôt éméché (David Boutin) lance une blague sexiste à une journaliste. Pour la plupart des 200 000 personnes ayant visionné la vidéo de cette bourde sur Internet, son commentaire ne passe pas. Cédric perd son emploi chez Hydro-Québec, ce qui propulse la dépression de sa femme Nadine (Isabelle Brouillette), qui a accouché il y a à peine cinq mois, à son paroxysme.

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Presque plus féministe que l’appellation le permet, Jean-Michel (Steve Laplante) exploite la situation vécue par son frère pour l’aider à pondre un livre nommé Sexist Story, un regroupement de plusieurs lettres dans lesquelles ils s’excusent auprès des femmes pour le comportement odieux des hommes. Au même instant où se déploie cette quête superficielle de la célébrité, Émy (Victoria Diamond), la plantureuse baby-sitter ressemblant à Scarlett Johansson, initie Nadine à des jeux de rôle thérapeutiques légèrement tordus qui illustrent toute la complexité entourant stéréotypes genrés.

La succession de répliques décapantes, crues et bouleversantes entraîne une enfilade de rires jaunes et de réflexions nécessaires (pas au même titre que Cédric et Jean-Michel prétendent que Sexist Story l’est). Catherine Léger piétine sur les bobos de la société sans apporter de réponses limpides et se faire condescendante. Elle expose plutôt avec une exactitude si désarmante chacune des facettes reliées aux tabous traités que, devant de telles contradictions absurdes, une remise en question nous hantant pendant des jours s’avère obligatoire.

Au-delà des tabous soulevés, le texte se révèle extrêmement solide sur le plan narratif. La famille québécoise résolument moderne dépeinte comporte des personnages bien brossés avec des travers et caractères jamais caricaturaux sauf lors des moments voulus. Évoluant le plus naturellement du monde dans une mise en scène fort habile de Philippe Lambert, qui elle bénéficie d’éclairages et d’une bande sonore exemplaires, les comédiens, tous dotés d’un exceptionnel sens comique, s’approprient sans le moindre inconfort l’univers déjanté de l’œuvre. Offrant des partitions réalistes, ils aboutissent à un résultat transpirant la complicité duquel découlent des séquences émouvantes.

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Jouissant d’une analyse précise et brutalement vraie de ce qui marque présentement la société, Baby-Sitter dose à la perfection un humour grinçant délicieusement divertissant et des provocations audacieuses, ce qui lui permet de bousculer les perceptions des spectateurs bien plus longtemps que les 75 minutes qu’elle dure.

Une production du Théâtre Catfight, Baby-Sitter est présentée au Théâtre de La Licorne jusqu’au 13 mai 2017 avant de partir en tournée à travers la province.

Texte révisé par : Annie Simard

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