Philémon fait l’amour et il le fait bien

Soirée charnelle au Cinéma L’Amour

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©Alexa Enlow Malky

Par Maxime D.-Pomerleau

L’affiche promotionnelle explicite, dévoilée en décembre, nous avait déjà donné quelques chaleurs. Un Philémon au regard pénétrant, trônant au centre d’une toile baroque, entouré de prétendantes aux poitrines dénudées.

On connaît Philémon Cimon pour sa voix ronde et chaude et ses chansons romantiques. L’amour aux premiers éveils, l’amour charnel, l’amour brisé, l’amour sous toutes ses formes se trouve au centre du travail de l’auteur-compositeur-interprète. Quel meilleur endroit pour reprendre les pièces de ses deux albums Les sessions cubaines et L’été que le mythique Cinéma L’Amour?

Le temple du cinéma érotique, qui soulignait l’automne dernier son centenaire, affichait vendredi salle comble pour le spectacle unique Philémon fait l’amour au Cinéma L’Amour accompagné du Quatuor Molinari. C’est le musicien à l’esprit lubrique Frédéric Lambert, connu pour ses collaborations originales avec de nombreux artistes tels que Philippe B, Avec pas d’casque et Forêt, qui a proposé le concept pour le moins audacieux à Philémon.

C’est donc les joues rouges et les yeux brillants que les Montréalais ont visité la fameuse marquise jaune sur St-Laurent, reçus par une fumée diffuse, une odeur subtile de sexe et des projections de l’effeuilleuse Dita Von Teese. Tous les sens étaient sollicités!

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Avec peu de mots Philémon a accueilli le public fébrile, accompagné de ses fidèles compatriotes Philippe Brault à la basse, Nicolas Basque à la guitare et Émilie Forest au chant. Commençant timidement par Soleil blanc et Des jours et puis des jours, Philémon a trouvé plus d’aisance sur scène en la sensuelle et touchante Je te mange. Puis les mots de Chose étrange ont empli l’espace, élevés par les accords majestueux du Quatuor Molinari, jusqu’à donner la chair de poule au public: «Tu donnes ton corps, Comme on donne la mort».

La voix lyrique d’Émilie Forest et les violons se sont chargés de la montée dramatique, avec leurs grandes ombres projetées sur l’écran blanc du théâtre, l’apogée de la pièce se matérialisant dans la chute au ralenti de toutes les partitions de la chanteuse par terre. C’était si beau, un timing parfait qui semblait arrangé avec le gars des vues!

Les cordes se sont faites plus discrètes sur Je veux de la lumière, douce et épurée, et ont repris du panache, notamment avec la guitare de Basque, sur la rétro pop Julie July. Entre temps on a eu droit à un retour d’entracte sur la musique d’Anton Webern, offert par les quatre virtuoses. Un moment de contemplation qui nous faisait oublier que la magnifique salle au velours rouge et moulures dorées était un cinéma de soft porn. Soulignons la qualité étonnante du son pour ce lieu inusité pour produire un spectacle. Après le clin d’œil Au cinéma, Philémon a clos la soirée sur la poétique Je me perds, nous préparant à quitter l’enveloppante ambiance de L’Amour pour retourner à la nuit froide de Montréal.

Philémon fait l’amour, une aventure nocturne dont on se souviendra longtemps.

Crédit photo: ©Alexa Enlow Malky/MatTv.ca

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