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On vous présente : Sylvie

Sylvie, la famille sylvestre qu’on a tous désirée (parfois sans le savoir)

© Sylvie avec leur ancien bassiste, Denis Lapierre, qui a quitté le groupe. Alex Lamontagne l’a remplacé depuis. Crédit : Carolane Ferland

Par : Myriam Bercier

Ma chronique On vous présente est de retour pour l’année 2021! En guise de rappel, On vous présente vise à vous faire découvrir des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Pour ma deuxième chronique de l’année 2021, on s’intéresse à un groupe pas piqué des vers nommé Sylvie!

Encore une fois, vous me pardonnerez, mais regardons de près deux définitions très importantes :

Sylvie :

1. Prénom féminin qui vient du latin Silvia, féminin de Silvius, dérivé du mot silva qui veut dire « forêt ». Très féminine, Sylvie aime pourtant relever tous les défis! Elle a un grand cœur et le sens du relationnel. Les Sylvie sont pleines de contradictions : réfléchies mais intuitives, indépendantes mais entourées d’amis, féminines mais casse-cou. Sylvie a un grand cœur et est prête à tout pour aider les autres. Elle a d’ailleurs parfois tendance à s’oublier au profit de ceux qu’elle aime. Si vous aimez une Sylvie, prenez-en soin : elle est fragile et a besoin d’être protégée et rassurée. (Source)

2. Groupe québécois formé d’Anis Azzoug (chant et harmonica), Vinny Batista (chant et guitare), Francis Lamontagne (chant et guitare), Simon Charrette (chant et batterie) et Alex Lamontagne (basse). Très 70s dans leur son, Sylvie fait du rock psychédélique/progressif. Les ambiances planantes s’enchaînent chanson après chanson sur les deux EP que le groupe a fait paraître jusqu’à maintenant : L’Épopée pas pire d’Éric Lambert Épître 1 et L’Épopée pas pire d’Éric Lambert Épître 2. Plusieurs pépites scientifiques sillonnent les textes grâce à la formation de biologiste d’un de ses membres, Vinny Batista. Un roman du même nom a d’ailleurs vu le jour pour raconter ladite épopée pas pire d’Éric Lambert qui est disponible depuis le 2 mai 2020.


© Le livre de l’Épopée pas pire d’Éric Lambert de Sylvie, photo prise sur leur page Facebook.

J’ai eu l’honneur de rencontrer (virtuellement, on est quand même en pandémie!) les cinq membres de la grande famille qu’est Sylvie. Dans une entrevue d’une bonne trentaine de minutes, les membres m’ont parlé entre autres de la formation du groupe, des théories du complot de Simon qui ont mené à la création d’un roman maintenant disponible sur leur bandcamp et j’ai même eu la chance d’avoir une exclusivité (!!)! Sans plus attendre, voici notre entrevue!

Myriam : Qu’est-ce qui vous a amenés à faire de la musique?
Francis : Ce qui m’a amené à faire de la musique c’est qu’il y avait des instruments chez nous, je fouillais dans la discothèque de mon père et des fois j’essayais de repiquer des chansons. À force de le faire, j’ai passé mon enfance à faire ça. J’ai décidé que c’est ce que j’allais faire de ma vie, alors j’ai décidé de me mettre bien pauvre et de prendre des contrats de chansonnier par ci par là (rires). À un moment donné, j’ai rencontré, à divers endroits, Simon, VinnyAlex je le connaissais depuis longtemps, on faisait de la musique ensemble depuis bien plus longtemps…
Anis : C’est son cousin, by the way… ils ont grandi ensemble!
Vinny : Même qu’il y a une vidéo de Francis qui a à peu près deux ans et demi qui joue Câline de blues avec une guitare que son père lui a donné et il y a le frère d’Alex Lamontagne qui essaie de lui voler la guitare et Francis est genre « NOOON! CÂLINE DE BLUES! » (rires)
Anis : J’ai jamais vu cette vidéo-là, faut me l’envoyer!
Simon : Oui! C’est un petit trésor!

Myriam : Ça nous amène à la vraie question : comment le groupe s’est-il formé?
Francis : C’est à ce moment-là que ça devient…
Alex : … intéressant!
Francis : Ouais… non…
Anis : … Pas tant que ça… (rires)
Francis : J’étais à l’UQAM dans un cours de création littéraire, dans un certificat de création littéraire. J’ai un ami, Sébastien Roman, qui est un Provençal, qui vient du sud de la France, qui faisait sa création littéraire avec moi. On s’est dit « ça serait bon de jouer de la musique » donc on se rejoignait quelques fois chez moi dans les Laurentides, à Prévost, pour jouer de la musique. À un moment donné, on s’est dit que ce serait le fun d’avoir des gens avec qui jouer et il y a Vinny Batista, qui est en train de se promener dans sa maison (NDLR : les plaisirs des entrevues en vidéoconférence, on voyait à ce moment-là Vinny se promener dans sa cuisine) que je savais qu’il commençait à jouer de la musique. On s’est mis à jammer dans mon sous-sol. Puis il y a Simon à qui on a demandé de venir jouer de la batterie parce que ça faisait dur nous autres qui essayions de jouer de la batterie. C’est comme ça que Sylvie a commencé. Ça a vraiment déclenché quand on a décidé de faire un show pour une auberge de jeunesse à Tadoussac, Le Grand Tintamarre, qui est un festival à Tadoussac. On s’est dit qu’on voulait jouer là. On s’est mis à mettre des chansons ensemble, à pratiquer ensemble. Ça a donné le band.
Anis : Ce festival-là, j’y suis allé en tant que membre du public pour voir Sylvie. Je suis allé à Tadoussac sur le pouce. C’est un festival qui dure trois jours, il y avait pas mal de jam qui se donnaient un peu partout autour de l’auberge. C’est là qu’on a appris à se connaître. Ils m’ont entendu chanter et jouer de l’harmonica puis un mois plus tard ils m’ont invité à jammer. Moi, j’y allais tout innocemment, je me disais « nice, je vais jammer avec un band que j’aime. » Quand je suis arrivé, ils m’ont dit « on a besoin d’un chanteur, est-ce que ça te tente? »
Vinny : On t’a dit : « dépose ta guitare et chante! » (rires)
Simon : Non en fait c’est lui qui a choisi de le faire. Je me disais « c’est rare les chanteurs qui acceptent de juste chanter, donc on va lui faire apporter sa guitare » et c’est lui qui a dit qu’il aimerait mieux juste chanter.
Anis : Je suis arrivé dans un groupe où il y avait deux guitaristes et trois chanteurs, moi je joue de la guitare et je chante. Au début je me disais « vous êtes fous! » mais finalement le temps a passé et j’ai compris la place que je pouvais avoir là-dedans et je me suis dit qu’ils étaient sages finalement…
Vinny : … et qu’ils avaient besoin de moi (NDLR : Vinny complète la phrase d’Anis ici)
Anis : Je me sens bien privilégié de faire partie de ça! […]
Francis : Au départ on était quatre, Sébastien c’était le bassiste, il a fini par retourner en France, la dernière affaire qu’il nous a dite avant de partir c’est « ça serait le fun de jouer avec Anis pour avoir un gars qui peut chanter tout le temps » puis il est parti. Donc on s’est ramassé avec pas de bassiste et un chanteur. On avait une tournée de concerts à l’été 2019 et on a pris mon cousin Alex comme bassiste et c’est alors que l’esprit sylvestre a pris ensemble.

Myriam : Pourquoi avoir choisi le nom de Sylvie?
Vinny : Parce qu’on voulait aller jammer (rires)
Anis : Est-ce que tu veux la réponse officielle qu’on a fini par scripter au bout d’un moment ou tu veux la raison du début?
Vinny : Parce que la vraie raison c’est qu’il fallait un nom pour le Tintemarre. Je sais pas si on s’est inscrit sans nom et qu’on devait trouver un nom ou…
Simon : Non non, on s’est inscrit avec un nom.
Vinny : Donc il fallait trouver un nom et je me souviens qu’on était en train d’essayer d’en trouver un et d’avoir pensé « ah, c’est futile, je veux juste aller jouer de la guitare! » (rires)
Simon : Je me souviens qu’on pensait, comme on parle beaucoup de nature dans nos chansons, que ce serait cool d’avoir un nom en lien avec la forêt. On pensait à des mots qui avaient rapport avec le thème boréal parce que c’est relatif à la forêt mais on dirait que toutes les combinaisons avec ce mot-là ont déjà été prises. Il y avait un autre mot qui était relatif à la forêt, c’était la racine Sylvie, quand on emploie sylvicole ou sylvestre ou même sauvage vient de cette racine-là. On cherchait quelque chose avec sylv qui aurait rapport. On a pensé à Sylvie parce que c’est quand même drôle, clairement personne dans le groupe a tant de chance de s’appeler Sylvie pour de vrai (rires). Quand on arrive sur scène, il y a un effet de « c’est pas à ça que je m’attendais! » il y a un petit côté surprenant qui s’agence bien avec nos chansons. Il y a un aspect surprise et un aspect de rappel de la nature. C’est la vraie réponse officielle.
Anis : Il y a un rappel aux années 1970 en même temps, où il y a quand même beaucoup de bonne musique inspirante pour nous.
Francis : C’est beau, c’est six lettres mises ensemble qui forment une belle calligraphie. Ça a l’air gros dans les affiches de spectacle.

Myriam : Qu’est-ce qui vous inspire pour créer une chanson?
Vinny : La vie autour de moi, les moments quand tu fais « Oh my god, c’est don ben nice, j’ai envie d’écrire une chanson là-dessus. » (rires)
Simon : Je vais un peu parler pour lui, mais Vinny c’est un gars formé en biologie, donc sa vision du monde autour de lui est beaucoup influencée par un regard scientifique. Il a une façon vraiment propre à lui de sortir des mots d’un lexique scientifique, de les agencer ensemble et ça fait des strophes mélodiquement que tu lis et tu te dis « mathématiquement, j’ai de la misère à voir comment ça peut fiter dans une chanson » puis il arrive avec tout l’agencement et on se dit « il y a un petit côté de génie qui donne le goût de vraiment plonger. » Ce n’est pas un gars qui a une formation musicale, ce n’est pas instinctivement que ça a du sens, mais finalement quand tu le découvres tu vois qu’il a une vision vraiment singulière donc tu te dis « d’accord, on se la clenche cette chanson-là » et ça donne quelque qu’en général, quand on partage, les gens ont tendance à apprécier.
Anis : Si on parle de Vinny comme d’un biologiste scientifique, c’est vrai que c’est ça, sa formation, mais souvent le mot scientifique amène l’idée d’une personne sérieuse avec un sarrau qui suit la méthode, mais Vinny a plus un profil de savant fou. C’est un gars qui faisait des mauvais coups à l’école, qui a gardé sa capacité d’enfant à s’émerveiller. C’est cette espèce de mix insolite entre le scientifique, l’enfant émerveillé et le badboy qui a donné quelque chose de singulier et qui, je pense, touche beaucoup de gens. C’est pour ça que beaucoup de chansons de Sylvie sont écrites par lui à l’origine. C’est une usine, il en sort tellement. On a cinq dossiers sur notre Google drive pour les cinq prochains albums que les chansons sont déjà choisies et organisées.
Vinny : En général, c’est étrange parce que c’est Francis qui m’apprend mes chansons. Je sais pas trop ce que je fais, j’arrive avec quelque chose, je le fais à Francis, on le refait et il me dit « non, c’est pas ça que t’as dit que c’était! » (rires) et finalement je lui dis « tu as raison, c’est de même, c’est plus cool de même. » C’est un gros travail d’équipe. Les idées germent dans ma tête, mais sans les autres ça n’aboutirait pas.

Myriam : Vos deux EP racontent l’épopée pas pire d’Éric Lambert. D’où vous est venue cette idée, mais surtout, qui est Éric Lambert?
Anis : Éric Lambert, c’était juste le nom d’une chanson […]
Vinny : Le nom est vraiment juste venu par hasard. Je me souviens que quand on a écrit la chanson, c’est lui [Sébastien, l’ancien bassiste] qui écrivait les paroles et moi je faisais la musique et il a sorti le nom d’Éric Lambert et je me disais « qu’est-ce que tu dis man? » (rires)
[…]
Francis : Au départ on avait plusieurs chansons ensemble qu’on a monté pour Le Grand Tintamarre. On a amené tout ce qui traînait, moi j’ai amené une vieille chanson que j’avais traduite, Simon a amené une chanson que son père a écrite, Vinny ses chansons poético-scientifiques. On les a toutes agglutinées ensemble et Simon, qui est fan des théories et des fanfictions a mis toutes ces chansons ensemble et a créé une histoire. […] (NDLR : Si vous êtes curieux, ça se trouve juste ici sous la rubrique synopsis) 
Anis : Ce qui est intéressant, c’est que quand Simon est arrivé avec ce scénario-là, c’était sur Facebook. C’était une suite de commentaires Facebook où il niaisait : « j’ai une conspiration : Éric Lambert et Richard Landry c’est le même personnage pour telle et telle raison » il est allé chercher des indices dans les paroles et a monté sa folie. Peu à peu il a intégré toutes les chansons qu’on avait composées jusqu’à maintenant. On a regardé ça et on s’est dit que c’était vraiment bon. On voulait faire de quoi avec ça. J’ai décidé de lever mes manches et d’écrire un roman avec ça. C’est comme une blague qui est devenue quelque chose de vraiment plus sérieux. C’est beaucoup de nos projets qui démarrent comme ça j’ai remarqué.

Myriam : Justement tu parles du roman je vais rebondir tout de suite : comment avez-vous procédé pour l’écriture du livre ?
Simon : Moi j’avais framé la blague en disant telle chanson vient avant telle chanson parce qu’on a un personnage qui est sur son sofa, puis tout à coup il va dans un volcan, son ADN est propulsé dans l’espace, il se fait cloner etc. (rires) C’était flou et ça n’avait pas de bon sens, mais j’avais un peu mis en brouillon mon idée comme ça et je pense que c’est Anis qui m’a dit « pour vrai c’est cool, ça pourrait être cool de pousser le concept avec ça » et moi je lui avais dit ça pourrait être le fun qu’on pousse ça avec un roman et que tu écrives ça. Il a accepté, mais il voulait que je lui fasse une histoire plus claire pour que mon imagination puisse se transposer dans sa plume. On parle de nos formations distinctes, Anis c’est un passionné de littérature qui a une formation complète là-dedans. Il a dit que ça avait toujours été quelque chose qu’il avait voulu faire, écrire un ouvrage, et qu’il sentait qu’avec ce projet-là ça pouvait être cool. Je lui passe le ricochet pour qu’il puisse expliquer comment il a écrit toute l’histoire du roman.
Anis : Après ça on a dû faire plein d’apprentissages sur comment éditer un roman, comment avoir un numéro ISBN, comment faire du typesetting pour que ce soit bien imprimé, les illustrations, il faut que ce soit en 300 pixels par pouce, etc. C’était vraiment beaucoup d’autodidacte pour se débrouiller et on est très content du résultat.
Simon : C’est un beau travail d’équipe d’un mélange de chansons qui partent dans l’esprit de Vinny, […] moi j’ai eu une idée de folie qui est devenue quelque chose qu’Anis a rédigé, tout le monde a sa petite contribution dans ça.
Anis : C’est le fun parce que le titre du groupe, Sylvie, c’est un prénom donc ça fite bien comme auteur.

Myriam : On va revenir un petit peu en arrière, j’ai cru comprendre que c’est Vinny qui a les idées des chansons, que Francis l’aide après ça avec la musique, mais comment fonctionne concrètement votre processus de création?
Francis : Il est variable. En ce moment, parce qu’au départ les chansons venaient d’un peu partout et on les a agglutinées ensemble, mais ce qui arrive pour une typique chanson sylvestre, c’est quelqu’un va arriver avec une idée de paroles avec une mélodie. Souvent ça va être soit une chanson complète ou ça va être un bout de musique ou un bout de texte et on fait juste la jouer, la travailler, on la laisse germer dans nos têtes et quand on les jamme les chansons, on finit par juste les habiller. Je ne pense pas qu’on ait une façon …
Vinny : De mon côté, j’attends d’atteindre un certain niveau avec la structure, les paroles et la mélodie et faire comme « bon, c’est assez clair, j’ai assez en tête ce que j’ai envie que ce soit pour commencer à partager ça » parce que j’ai remarqué que si j’arrive trop tôt avec une idée, c’est plus laborieux achever l’idée. Quand j’arrive à trouver la mélodie principale, les paroles, quand je me sens prêt, je la montre. Je pense que c’est la même chose pour Anis aussi, qui fait des chansons.
Anis : Simon aussi, je pense qu’on en a tous quasiment proposé. Simon il sort des e*ti d’affaires du champ gauche pas jouable. Simon c’est les chansons pas jouables, super compliquées.
Simon : Des fois, ce qui arrive, c’est qu’on a une idée, on la partage au groupe, ce n’est pas nécessairement abouti, mais il a quelque chose qui germe autour de ça. Francis c’est un gars qui est assez méthodique, qui est bon pour archiver des choses, pour classer des choses, il nous a organisé un Google drive en nous disant que si on a des idées de chansons qui pourraient s’apparenter à d’autres chansons, qu’on devait mettre ça dans le même dossier pour qu’on finisse peut-être par avoir une idée d’album. À force que les idées germent, on les rajoute et on les travaille. À un moment donné, ça va faire une chanson. J’ai une idée de chanson en tête depuis longtemps, il n’y avait rien de concret autour de ça, mais ça commence, on la joue en groupe, des fois c’est comme ça que ça commence aussi. Vinny je pense que ça va plus rapidement parce qu’il a les idées créatives un peu plus soudées.
Vinny : C’est que quand ça arrive c’est … c’est quoi déjà le mot dans le questionnaire? Obsessif. Ça prend toute l’énergie. Faut que je le fasse parce que sinon je ne peux rien faire d’autre. Quand c’est trop là, il faut que je le finisse sinon dans tous les aspects de ma vie je suis en train de penser à ça. Je me réveille le matin je me demande ce qui va aller après cette partie-là (rires.)
Francis : Vinny a la plupart du temps des chansons qui se tiennent déjà ensemble même si ce n’est pas super bien achevé, il a une mélodie, c’est vraiment une chanson.
Alex : C’est aussi plus facile à montrer, comme il est déjà à la guitare. Quand il nous propose une chanson, on est déjà tous à nos instruments spécifiques. Tandis que Simon, comme il joue de la batterie, il faut qu’il aille sur une guitare ou un autre instrument. Ça rend un peu le processus difficile que quand c’est Vinny. Surtout que c’est difficile, ses riffs! (rires)
Anis : Sont pas jouables!
Simon : Ce qui arrive aussi c’est qu’on va pousser une idée. Francis, dans toute sa question d’archivage, a tendance à mettre dans le coin quelque chose qui enregistre les jams. Tout d’un coup, il nous écrit « j’ai enregistré la pratique de dimanche, voici les jams qui sont sortis. » Des fois on va repuiser là-dedans, on greffe ça à nos chansons. Par exemple, Vinny peut dire « tu sais tel jam d’il y a 11 mois qui est encore dans le Google drive, j’ai ressorti ça, j’ai greffé ça à ma chanson, voici la proposition plus complète. » C’est pour ça qu’on dit qu’il n’y a pas de méthode claire. Comme tu vois, on se promène un peu dans tous les sens depuis tantôt, on est une gang de musiciens, de temps en temps on pousse des affaires, on se fait écho, on se répond. Des fois il y a des chansons, des fois c’est des concepts d’album qui sortent de ça, c’est un peu hétéroclite disons.

Myriam : Qu’est-ce qui vous attend en 2021?
Simon : Il y a des annonces qui vont suivre pour de petites tribunes sur lesquelles on va apparaître. […]
Francis : On a un projet en chemin pour le printemps qui s’appelle Cannabis & Coffee Club. C’est des chansons qu’on a faites pendant l’année 2020. Il y en avait qui prédate avant ça, mais on a planché là-dessus dans l’année qui vient de passer. C’était censé être un autre EP, parce qu’on a fait des EPs avec Éric Lambert. C’était des chansons qui n’allaient pas ensemble qu’on allait monter comme ça pendant la pandémie chacun de notre bord. Finalement on s’est ramassé à pouvoir se voir tous ensemble dans un beau garage dans les Laurentides, ça a rouvert les vannes, on s’est mis à jouer ensemble, à travailler ces chansons-là, à les enregistrer. On a passé beaucoup de temps à enregistrer. Là, je suis en train de mixer ça. C’est devenu pas mal plus gros, un peu comme les trucs d’Éric Lambert qui n’était pas liés ensemble qu’on a fini par coller. Ça va sortir bientôt.
Alex : C’est le premier album, ce n’est pas un EP. Il va y avoir un single dans un mois à peu près, moins d’un mois même.
Anis : Tu as une exclusivité médiatique, Myriam. On ne l’a pas dit aux journalistes encore que c’était le premier album!
Simon : La première moitié de l’année va être occupée par cette parution-là, et d’autres petites affaires. On a commencé à travailler avec un gérant aussi, ce qui nous aide à synchroniser des dossiers. […] On est en train de recommencer à sortir de nouvelles affaires, à être plus présents, ça fait du bien après une année à faire le deuil de ne pas faire de spectacle. Ça recommence un peu à rouler, c’est satisfaisant.
Alex : Ça nous a aussi permis d’être productifs sur un autre plan qui est vraiment la création musicale plus que la performance sur scène. À ce niveau, on a bien rebondi. On a d’autres projets qui sont en cours.
Francis : Quand les spectacles vont recommencer, on va avoir énormément de matériel. On n’aura plus que douze chansons à faire tourner, on va pouvoir en choisir 42, voir ce qu’on a envie de jouer à tel endroit pour tel public. On s’occupe de mettre ça en produit que les gens vont pouvoir découvrir et redécouvrir en spectacle s’ils viennent nous voir. Au final, on s’en est bien tiré.
Anis : Ce premier album-là, comparé aux deux EP qui sont très rock, stoner, psych, celui-ci va être beaucoup plus tranquille, plus moelleux on pourrait dire, plus acoustique, avec des chansons qui sont plus dans la vulnérabilité, plus folk. Plus dans la vulnérabilité que dans la fiction éclatée, disons.
Francis : C’était très objectif, là on est plus dans le subjectif. Il y a des chansons avec des émotions, des trucs personnels. D’habitude on est plus en train d’observer le monde et l’univers. Ce n’est pas la chose qui est la plus sylvestre de tout ce qu’on fait, mais on trouvait que c’était quand même assez solide comme agencement de chansons donc on a décidé d’y aller de l’avant.
Alex : Le timing est bon avec les circonstances qu’on connaît, ça fait du bien un album comme ça. Étant donné qu’on pouvait difficilement tout le temps être tous les gars en même temps au local de pratique pour les raisons qu’on connaît, ça a fait que ces chansons-là ont été évidemment plus faciles à monter et à finaliser que les autres chantiers qu’on a.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Simon : Anis? Me semble que c’est le genre à trouver des bonnes idées pour ça.
Alex : Anis, c’est le journaliste de la gang.
Anis : Tu me mets la pression! Cherchez aussi!
Francis : Donc on se pose une question à nous-mêmes?
Myriam : Oui. Le genre de truc que vous trouvez qu’on ne vous pose pas assez souvent. Ma question part d’une réflexion qu’apparemment les artistes trouvent que les journalistes posent toujours les mêmes questions, mais je ne sais pas ce que vous voulez vous faire poser, donc posez-vous-la, votre question! Ce que vous voulez!
Anis : Pour aller dans ta réflexion, je n’ai pas de question non plus, mais je trouve qu’on pose beaucoup de questions aux musiciens sur leur musique alors que la musique est déjà quelque chose qui sert à s’exprimer. C’est quelque chose qui raconte déjà ce que ça a à raconter. Les entrevues peuvent servir justement à aller à côté de ça pour parler d’autres choses que de leur musique. Ne serait-ce que de savoir ce qu’ils prennent au petit-déjeuner ou des affaires que la musique ne raconte pas. Une question comme « est-ce que tu prends toujours le même petit-déjeuner tous les matins ou tu changes tout le temps? » ça a l’air trivial comme ça mais ça en dit beaucoup sur une personne.
Francis : Un musicien qui a déjà un univers dans ses chansons qu’on peut comprendre, pas ses opinions sociopolitiques, mais qu’on peut un peu comprendre sa vision du monde par ses chansons, dans un groupe ça peut être le fun de voir où est-ce qu’ils vont. Comme dit Anis pour le petit-déjeuner…
Simon : Il est gêné parce qu’il mange tout le temps la même chose! (rires)
Francis : Je suis ben plus gêné parce qu’aujourd’hui j’ai décidé de manger autre chose…
Anis : Révolution! Révolution! […]
Francis : Ce qui est intéressant, c’est que la plupart des entrevues qu’on fait, on se fait poser les mêmes questions comme d’où vient le nom du groupe. Je pense que c’est normal parce que les gens ne nous connaissent pas. Je suppose qu’à un moment donné, on va passer à d’autres questions. Pour l’instant je ne sais pas quelle question j’aimerais me faire poser en tant que musicien…
Alex : Où vous voyez-vous dans un an pile avec Sylvie? Dans Sylvie, on se voit où dans un an exactement?
Vinny : Bonne question, on ne se l’est jamais dit!
Alex : Si je réponds à ma question… eh boy! C’est sûr que ça dépend beaucoup de comment ça se déroule avec la COVID cette année, mais j’espère quand même que la sortie de l’album au printemps va nous permettre de faire quelques spectacles, de se faire un peu plus découvrir en faisant un autre style de musique ou du moins une autre approche. J’espère qu’à l’automne on va avoir le temps de commencer à faire un autre album. L’année prochaine, dans un an, je me vois en train de finaliser un autre projet de Sylvie.
Anis : Je ne sais pas si ça va être dans un an pile, mais pour les ambitions que j’ai pour Sylvie, quand je me mets à rêver, c’est d’être dans le mid tier de la chaîne alimentaire des groupes québécois. Pas en haut avec Ariane Moffatt et Karkwa, mais niveau zouz et Galaxie. J’aimerais ça qu’on soit un peu dans ce réseau-là. Je pense qu’on pourrait se sentir bien là-dedans. Je pense que si ça devient trop gros, il y a une partie de nous qui va se sentir… Je pense à Vinny, il va y avoir beaucoup de compromis à faire.
Alex : Être dans la relève connue.
Anis : Oui, c’est ça, la relève. La vraie relève.
Simon : Spinner à CISM plus souvent par exemple. Faire des spectacles, avoir l’occasion de faire des spectacles trippants. Envoyer des courriels à des salles qui diffusent de la musique émergentes en Gaspésie par exemple mais qui nous trouve trop émergent pour leur programmation, ça serait cool que dans un an, quand on leur écrit un courriel, qu’ils nous disent oui parce qu’ils ont écouté nos chansons et qu’ils ont aimé ça.
Francis : De beaux concerts pour 2022. C’est ça qui est l’alignement de nous cinq.

1. Votre lecteur de musique plante sur une île déserte, vous pouvez seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Alex : Uncle Albert/Admiral Halsey de Paul McCartney
Anis : Île déserte? Ben d’abord : S.O.S. de Daniel Balavoine
Francis : Sensation d’Arthur Rimbaud de Robert Charlebois
Simon : Je triche ! Marilyn/Wézo/Rirolarma de Offenbach, sur la réédition de l’album Tabarnac! un pas pire medley de 20 minutes sur une track qui envoie s’un temps.
Vinny : Float along – fill your lungs de King Gizzard and the Lizard Wizard.

2. Votre chanson de rupture préférée?
Alex : Wish You Were Here de Pink Floyd
Anis : Tout l’album Playing Games, de Eef Van Breen. (Je sais, c’est 12 chansons, mais il faut l’écouter de A à Z comme si c’en était une seule)
Francis : Bocal de Fred Fortin
Simon : Demande-moi de Maude Audet.
Vinny : Float along – fill your lungs de King Gizzard and the Lizard Wizard.

3. Votre chanson d’amour préférée ?
Alex : Something de The Beatles
Anis : Elle est d’ailleurs de Pierre Bachelet
Francis : Into the Mystic de Van Morrison
Simon : Si les bateaux de Gilles Vigneault.
Vinny : Lively up yourself de Bob Marley.

4. Un.e artiste que vous aimeriez que les gens connaissent davantage ?
Alex : King Gizzard & The Lizard Gizzard
Anis : Hazmat Modine
Francis : Plume Latraverse
Simon : Bayta
Vinny : Venus Blackgun

5. Si vous pouviez écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Alex : Déjà Vu de CSNY
Anis : The Goat Rodeo Sessions de Stuart Duncan, Yo-Yo Ma, Edgar Meyer and Chris Thile, featuring Aoife O’Donovan
Francis : It’s Too Late to Stop Now Vol. I-IV de Van Morrison
Simon : Ruche de mouches de Larynx.
Vinny : Bad Brains leur album homonyme.

6. La chanson qui vous rend le plus heureux ?
Alex : Low Rider de War
Anis : Je triche un peu : la chaîne K-DST de la radio GTA San Andreas au complet
Francis : Bodhisattva de Steely Dan
Simon : Birds of a feather de Vulfpeck.
Vinny : Float along – fill your lungs de King Gizzard and the Lizard Wizard.

7. Un.e artiste / groupe qui vous inspire beaucoup ?
Alex : Fred Fortin
Anis : Béla Fleck & The Flecktones
Francis : King Gizzard & the Lizard Wizard
Simon : Klô Pelgag
Vinny : Grateful Dead.

8. La chanson qui vous obsède en ce moment?
Alex : Orchidées de zouz
Anis : Don’t be sad de Brad Mehldau
Francis : Bleu pâle (en plein dans le mix) de Sylvie
Simon : CHEVAL de hôte.
Vinny : La fin du Paléozoïque…

9. Une chanson que vous aimeriez avoir écrite?
Alex : Chanson noire de Harmonium
Anis : Kompromat de Barr Brothers
Francis : Une couple de tounes de Vinny Batista. (NDLR : cute!)
Simon : Fais toi z’en pas de Robert Charlebois.
Vinny : Mathilda Mother de Pink Floyd.

10. Votre chanson (à vous en tant qu’artiste) préférée?
Alex : Pattern d’axones
Anis : Ma préférée n’est pas encore publiée. Mais de celles qui existent déjà : Pattern d’axones
Francis : Y en a une belle qui va bientôt sortir de l’hôpital et que les médecins songent à nommer Musique de chambre.
Simon : J’y va avec « Patterns d’Axones ».
Vinny : Douceur matinale.

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