On vous présente : Léa Jarry

Léa Jarry, étoile montante du country


© Léa Jarry, crédit : Avril Franco | Photographe

Par : Myriam Bercier

MatTv vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. On continue dans la lancée country commencée la semaine passée avec Léa Jarry!

Léa Jarry est une autrice-compositrice-interprète originaire de Baie-Saint-Paul. Elle s’est déplacée à Montréal il y a une dizaine d’années pour se lancer dans des études en musique, notamment en chant à l’UQAM. On a pu la découvrir en tant que choriste dans des émissions de variétés comme Les enfants de la télé ou En direct de l’univers. Elle a également gagné le prix Autrice-compositrice de l’année SOCAN au Gala Country en 2020. Cela lui a permis notamment de gagner un séjour de création à Nashville.

En mai 2019, elle a lancé son EP Entre temps qui comporte quatre titres originaux en français et qui offre un country-folk apaisant. Chacun de ces titres évoque une partie de sa vie haute en émotions et en changement. Ses textes abordent l’amour sous toutes ses formes : familial, espéré, nostalgique ou encore agonisant. Par exemple, 29 Saint-Adolphe parle d’où elle a grandi alors que C’est mon tour aborde son célibat et son envie d’être en amour, elle aussi.


© Léa Jarry lors de son spectacle de lancement à St-Tite, Crédit photo : crédit : Patrick Beaudry, SNAPePHOTO

Le 23 octobre dernier, elle a sorti L’heure d’été, son premier album en carrière. Elle s’est permis, sur cet album, de raconter des histoires, qui semblent être les siennes plus souvent qu’autrement. Plusieurs thèmes sillonnent cet album, dont l’amour au temps moderne, la santé mentale, le temps qui passe et la trahison. On décèle rapidement une influence de la musique country de Nashville. Pour son lancement, elle a mis sur pied un spectacle-lancement virtuel à St-Tite (sans public, COVID oblige) de grande envergure, diffusé simultanément sur sa page Facebook, sur celle du Festival Western de St-Tite, de l’Agence Ranch et du Festival Lasso Montréal. Elle a rassemblé pas moins de 100 000 vues en six jours. Le spectacle est toujours disponible sur sa page juste ici.

Elle m’a appelée le 29 octobre dernier pour discuter entre autres de musique country, de la façon dont elle a joint Rosemarie Records, de Nashville et de son spectacle de lancement. Sans plus attendre, voici le fruit de notre discussion!

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amenée à faire de la musique?
Léa : J’ai toujours fait de la musique depuis que je suis toute petite ça m’interpelle, ça vient me chercher. J’ai commencé à chanter vraiment jeune, ma mère dit que je chantais avant de parler. À neuf mois ça a l’air que je chantais l’air de Passe-Partout selon la légende (rires). J’ai commencé à pianoter parce que ma sœur avait un petit piano en jouet, je m’en suis emparé et j’ai commencé à pianoter là-dessus. Je n’ai jamais arrêté, on dirait que j’ai toujours su que c’était ça que je voulais faire, j’ai toujours avancé dans cette direction-là.

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amenée à faire du country?
Léa : J’ai découvert le country à l’adolescence avec un clip de Carrie Underwood, j’ai vu ça passer à CMT dans mon salon et j’ai vraiment pogné de quoi, j’ai capoté en voyant ça. On dirait que ça regroupait tout ce que j’aimais de la musique. Moi je suis une grande fan d’harmonie vocale, dans le country il y en a beaucoup, il y avait ça, il y avait le côté chanteuse à voix que je retrouvais dans mes idoles comme Céline Dion, mais avec le côté instrumental du guitar steel que moi j’adore, ça a vraiment été une révélation. J’ai toujours continué à en écouter. Au départ, je trouvais que c’était peut-être un style qui ne m’allait pas parce que j’avais entendu juste des chanteuses country avec des voix très très typiques country comme on peut s’imaginer, un peu plus nasillardes, et je me disais « on dirait que je n’ai pas la voix pour faire ça. » De fil en aiguille, en grandissant, j’ai commencé à écouter plein d’autres artistes country qui avaient des voix soul, des voix pop, et je me suis dit « OK, j’ai le droit (rires), je peux faire ça moi aussi. » C’est comme ça que ça s’est fait.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire le plus pour créer une chanson?
Léa : Ça peut être tellement d’affaires. C’est vraiment spécial dans mon cerveau, on dirait que tout peut commencer une chanson. Ça peut être une image que je vois, quelqu’un qui me raconte une histoire, j’ai besoin d’une thérapie et je m’écris une chanson à moi-même pour évacuer des émotions, ça peut être un objet, un livre, tout m’inspire vraiment, je suis toujours en mode composition dans ma tête, donc tout m’inspire.

Myriam : Est-ce que tu as un processus pour créer?
Léa : Je te dirais que ça y va vraiment par flash. Dès que j’ai un flash, je m’assois et j’essaie de mettre en musique et en mots. Souvent ça me vient en même temps la musique et les paroles, on dirait que c’est difficile pour moi de les dissocier. Je commence à écrire une phrase et tout de suite il y a une mélodie qui vient avec. Donc ça se fait naturellement mais ensemble.

Myriam : Comment as-tu été signée par la maison de disque de Rosemarie Records?
Léa : Ils m’ont vue sur Instagram. Je suis très active sur les réseaux sociaux et je faisais beaucoup, j’en fais toujours d’ailleurs, des vidéos de mes compositions et mes covers. Le président de Rosemarie, qui est mon gérant aujourd’hui, m’avait vue passer quelques fois et il se disait « wow, il me semble que c’est bon ce qu’elle fait. » À un moment donné, j’ai publié une de mes chansons, La ligne d’arrivée, qui se retrouve d’ailleurs sur mon EP. Il a vu ça et il s’est dit « ça y est, c’est ça. C’est la chanson que je voulais entendre, qui m’a convaincu. » Il m’a écrit un message disant « je travaille pour une maison de disque, j’aimerais ça te rencontrer voir si on peut t’aider d’une quelconque façon. » Donc on est allés prendre un café, on a jasé et ça a vraiment été un coup de cœur, de personnalité aussi tout le monde qui travaille au label sont tellement humains, c’est vraiment une belle gang. Ça s’est fait comme ça. J’ai été vraiment chanceuse, je n’ai pas eu besoin de cogner à aucune porte, c’est eux qui m’ont trouvée, c’est vraiment rare que ça se passe comme ça, je suis vraiment reconnaissante de ça.

Myriam : Tu as été choriste pour plusieurs projets comme En direct de l’univers, dirais-tu que ça t’a apporté quelque chose pour ta carrière solo?
Léa : Tellement. J’ai tellement appris en faisant ça. Je travaillais aussi beaucoup dans des revues musicales comme chanteuse lead. Dans ce genre de projet-là, il n’y a personne qui te reconnaît ou qui connaît ton nom, tu fais juste partie du spectacle. De pouvoir apprendre le métier et la scène en n’ayant pas cette pression sur moi, en n’ayant pas la pression d’une carrière solo, ça a été vraiment parfait, je pense, parce que j’ai pu apprendre sans stresser avec le reste et juste me concentrer sur le fait de faire une bonne job de choriste ou de chanteuse sur scène. Quand j’en suis venue à la conclusion que j’étais rendue au moment où je devais sortir mes propres chansons, j’avais tellement un gros bagage que ça a juste vraiment facilité les choses. Ça m’a vraiment vraiment appris ce bout-là.

Myriam : Quand es-tu venue à cette réalisation que tu devais partir en carrière solo?
Léa : J’ai étudié en musique, j’ai fait une technique et un bac après à l’université. Quelques années après avoir fini mon bac, je travaillais beaucoup comme chanteuse pigiste dans plusieurs projets. À un moment donné, ça faisait dix ans que j’étais arrivée à Montréal, je viens de Charlevoix, et on dirait que la marque du dix ans m’a ramenée aux raisons du pourquoi j’ai quitté ma région, pourquoi j’ai voulu étudier en musique et m’en venir à Montréal et vivre mon rêve, qui était de chanter mes propres chansons. J’ai eu comme un wake-up call à ce moment-là. J’ai toujours continué à faire mes chansons, je faisais des petits spectacles à droite et à gauche, mais de dire « je mets tout le reste de côté pour me concentrer à 100 % là-dessus » ça a été vraiment à partir de ce moment-là. J’ai commencé à enregistrer mon EP. En fait, il était prêt quand la maison de disque est venue cogner pour me dire qu’ils voulaient travailler avec moi, ça a juste tellement bien adonné, c’était vraiment un timing parfait.

Myriam : Tu as gagné le prix Autrice-compositrice de l’année SOCAN au Gala Country de 2019, ce qui t’a permis notamment de faire un séjour de création à Nashville. Peux-tu nous parler de cette expérience de création?
Léa : En fait, ce n’est pas arrivé vu qu’il y a eu la pandémie! Je peux t’en parler quand même parce que je l’ai déjà fait. J’étais allée il y a deux ans à Nashville exactement pour ça, pour faire la résidence de création avec la maison SOCAN. On peut appliquer comme artiste pour l’avoir et il me l’avait donné à ce moment-là. Ça a été un coup de cœur, évidemment cette ville-là est une ville musicale. Tu arrives à l’aéroport et partout sur les murs ce n’est que des trucs de musique, évidemment la musique country est très en avant-plan. J’ai vraiment tripé là-bas, on dirait que je me suis sentie chez nous même si je n’y avais jamais mis les pieds, j’ai senti que « I belong there », que c’était vraiment ma place, il y avait des gens qui me ressemblaient, aussi passionnés et fous de la musique que moi. J’ai vraiment hâte qu’on puisse voyager et de pouvoir y retourner faire ma petite résidence là-bas.

Myriam : Tu n’as pas pu lancer ton premier album, L’heure d’été, devant un public, mais tu as fait un spectacle de grande envergure à St-Tite, diffusé en direct sur Facebook qui a attiré plus de 42 000 spectateurs en moins de 12 heures. Comment as-tu vécu cette expérience?
Léa : C’était vraiment au-delà de mes plus grands rêves ce spectacle-là. On se projette toujours dans l’avenir, j’avais rêvé à ce moment-là où j’allais chanter les chansons de mon premier album pour la première fois sur scène, mais je n’avais jamais imaginé une affaire de cette ampleur. C’était fou raide! Je n’en suis pas encore revenue pour être bien honnête, je suis encore… Je le regarde, il est encore disponible sur les réseaux, je le regarde et on dirait que je ne comprends même pas que j’étais là et que j’ai vécu ça, c’était vraiment vraiment spécial. Évidemment il n’y avait pas de public, mais je savais qu’il y aurait des gens qui le regarderaient de la maison. C’était vraiment une expérience extraordinaire, c’était vraiment l’accomplissement aussi de toutes ces années de travail, j’étais bien fière.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Léa : J’en parle souvent avec mes ami.e.s de ça parce qu’il y a souvent des réactions à mes réponses que je me demande si ce serait les mêmes réactions si j’étais un homme. Je te donne un exemple : j’écris toutes mes chansons, paroles et musique. Sur l’album qui vient de sortir, j’ai écrit toutes mes chansons et souvent la réaction est « oh wow! Ah ouain? Même la musique? » Je me demande toujours, je sais que ce n’est jamais mal intentionné et je sens que c’est vraiment juste de l’admiration pour ce que j’ai fait, mais je me demande toujours s’ils diraient ça à Louis-Jean Cormier par exemple… On a comme collectivement une idée que les filles sont meilleures pour faire les textes et que les gars sont plus musiciens. Je me poserais la question : est-ce que tu sens une différence de comment on traite les musiciennes par rapport aux musiciens et ma réponse serait oui, et j’espère que nous allons tous cheminer vers l’égalité à ce niveau (rires).

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?  I don’t wanna beGavin Degraw (J’ai dû l’écouter 5000 fois et je ne me tanne jamais)
2. Ta chanson de rupture préférée? Someday when I stop loving youCarrie Underwood
3. Ta chanson d’amour préférée? I will always love youDolly Parton 
4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage? Tous les artistes country québécois mériteraient plus de lumière sur eux ! 
5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel? Golden HourKacey Musgraves
6. La chanson qui te rend le plus heureux? A Life That’s Good – (tirée de la télésérie Nashville)
7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup? Tenille Arts 
8. La chanson qui t’obsède en ce moment? Grow As We GoBen Platt
9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite? Slow dancing in a burning room John Mayer
10. Ta chanson (à toi) préférée? Trop d’Hivers, parce que c’est celle qui rejoint le plus les gens. C’est celle dont je me fais le plus parler, donc c’est devenu ma préférée aussi!

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