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On vous présente : Étienne Coppée

Étienne Coppée, le couvre-feu de mes angoisses


© Étienne Coppée, crédit photo : Jeremy Dionn

Par : Myriam Bercier

MatTv.ca vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous présenter des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, c’est Étienne Coppée qu’on vous présente!

Étienne Coppée est un auteur-compositeur-interprète diplômé de l’École nationale de la chanson de Granby en 2018. Il a également pris part à Destination chanson fleuve en 2019. Il se décrit lui-même comme à mi-chemin « entre le spleen de Baudelaire et un golden retriever. » Il use de sa fragilité et de la solitude pour créer des mélodies planantes et rassurantes. Ses thèmes tournent souvent autour des amours déchues, des questions sur l’avenir et de ses démons. Il s’en sert pour créer un tout lumineux empreint de mélancolie. Selon ses mots, sa « musique est à l’âme ce que le spaghetti de papa et maman est au réconfort. »


© Pochette de L’été indien de ta vie d’Étienne Coppée

Il a sorti son premier EP, dehors, doucement le 21 août 2019 où sa douceur et sa sensibilité servent de beaux textes autobiographiques. Le 20 mars dernier, il sort un album instrumental appelé Demain ça ira mieux puis six mois plus tard, le 25 septembre 2020, il fait paraître son album L’été indien de ta vie. Ce dernier suit le thème des quatre saisons avec ses quatre chansons qui ont chacune été coréalisée par un artiste différent : Salomé Leclerc, Simon Kearney, Cédrik St-Onge et Navet ConfitL’été indien de ta vie, la chanson, est en réalité une métaphore de la jeunesse; l’âge n’importe pas vraiment, mais ce qui compte, c’est de profiter de la jeunesse puisque comme l’été indien, elle ne dure pas. Cet album est né d’une peine d’amour et offre un résultat très intime, authentique, délicat et nuancé.

J’ai eu la chance de parler avec Étienne Coppée au téléphone il y a deux semaines. Nous avons entre autres parler de Bon Iver, du côté intime de ses chansons, de se faire du bien par la musique et de l’importance de l’humain derrière l’artiste. Le fruit de notre discussion est ci-bas!

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Étienne : Avec du recul, j’ai l’impression que tout était déjà aligné pour que ce soit ça, en ce sens que mon père et ma mère quand j’étais plus jeune faisaient de la musique, mon père composait des chansons, ma mère écrivait des textes. Les deux n’ont pas du tout fait ça plus tard dans la vie. Je suis arrivé tard un peu, mes parents m’ont eu à 40 ans, j’ai connu mes parents plus en mode artiste. Je n’ai pas réalisé cette partie-là, mais en même temps on écoutait toujours de la musique à la maison, mon père jouait du piano quand j’étais petit, donc j’ai grandi avec la musique autour de moi et j’ai pris des cours de piano quand j’étais jeune. Naturellement, en partant de là, la musique ne m’a jamais lâché, même quand j’ai lâché mes cours au secondaire, j’ai joué du piano tous les jours de ma vie après ça. Je pense que naturellement, la musique ne m’a juste jamais lâché, c’est juste qu’à moment donné que j’ai réalisé qu’elle était là à côté de moi.

Myriam : Quel est ton processus de création?
Étienne : Ça change vraiment beaucoup. Je te dirais que le processus de création qui marche le mieux c’est quand j’essaie d’arrêter de trouver mon processus de création parce que je parviens souvent, de façon très instinctive, mais j’essaie de me mettre le plus souvent dans un contexte pour créer. Par exemple, là je suis à mon local de pratique, j’essaie d’y aller le plus souvent possible, pour être devant le piano, que si jamais il y a une idée que je sois prêt à la recevoir. Je te dirais que là-dessus il y a une routine et un effort d’être constant, mais sur la création en tant que telle j’essaie juste d’être honnête avec ce que je vis et d’en faire une chanson.

Myriam : Qu’est-ce qui t’inspire pour créer une chanson?
Étienne : À date, toutes les chansons que j’ai écrites traitent beaucoup de l’amour, traitent beaucoup des relations humaines, c’est vraiment très très lié à ce que je vis. Je dis souvent que quand je fais de la musique, quand j’écris, c’est comme si je mettais en chanson mon journal intime. C’est vraiment moi, il y a le Étienne humain, qui n’est pas un artiste avant tout, qui vit des choses et après le Étienne artiste essaie d’aller capter ce qui a d’intéressant, ce qui fait vibrer là-dedans et essayer d’en faire une chanson.

Myriam : Ta musique est très douce, apaisante je dirais même, composes-tu pour toi même en premier lieu, pour te faire du bien…
Étienne : Oui! Oui, oui, je compose mes chansons pour que mes chansons me fassent du bien. Je me rappelle quand j’étais plus jeune, des fois je pouvais tomber sur un artiste, comme Bon Iver, j’étais en peine d’amour et Bon Iver est rentré dans ma vie exactement au moment où il fallait. J’avais tellement l’impression qu’il écrivait ses chansons-là pour moi, il y avait un sentiment de « je me reconnais dans cette chanson. » Quand j’écris une chanson, c’est littéralement ça (rires), c’est littéralement moi qui écris une chanson pour moi. J’écris avant tout pour moi, c’est difficile de ne pas penser aux autres, n’empêche que dans le processus, souvent, mon envie d’aller dans l’honnête et d’aller dans ce que je vis fait que je pense comment certaines personnes pourraient réagir, est-ce que je vais trop dans l’intimité, mais avant tout, je fais tout ça pour moi.

Myriam : Tu as sorti ton dernier EP, L’Été indien de ta vie, le 25 septembre 2020. Pour ce EP, tu as décidé de collaborer avec quatre réalisateurs réalisatrice différent.es pour tes quatre chansons. Pourquoi avoir pris cette décision?
Étienne : J’avais envie d’explorer, ça ne fait pas très très longtemps que je suis dans le monde des auteurs-compositeurs-interprètes qui écrivent des chansons, qui vont les enregistrer et faire des projets après. C’étaient des choses nouvelles pour moi. Mon but était d’explorer le plus possible. Maintenant que je connais un peu plus le monde de la musique, j’ai envie de continuer là-dedans, je trouve ça le fun de un rencontrer plusieurs humains à travers ça, parce qu’avant d’être des réalisateurs, c’étaient des rencontres humaines qui, en soit, font du bien et font grandir, et après il n’y a pas un réalisateur qui m’a poussé dans la même direction, tout le monde avait sa manière de faire. Moi j’ai l’impression que c’était aussi pour apprendre plus que si j’avais été avec un réalisateur et qu’on avait fait ce projet-là.

 

Myriam : Es-tu satisfait de l’accueil qu’a reçu ton EP jusqu’à maintenant?
Étienne : Oui, il y a quelque chose d’étrange dans le monde dans lequel on vit en ce moment qui fait qu’il n’y a pas du tout de rapports humains, ça se passe tout sur les écrans, moi je ne m’attendais pas … en fait, je pense que j’y croyais pas vraiment quand je l’ai sorti, d’être déjà rendu sur Spotify et d’être rendu accessible au monde entier si les gens le veulent. Oui, j’avais des attentes, on fait des projets pour que les gens aiment ça, ce serait mentir de dire que je m’en foutais, mais je pense que je ne réalisais pas ce que je pouvais vivre comme émotion de voir un peu la réaction pour vrai des gens, que ce ne soit plus que mes amis et des gens que je connais qui réagissent à ma musique. Moi, juste qu’il y ait des gens que je ne connais pas qui puissent m’écrire pour me dire « ta musique me fait du bien », juste ça, ça me remplit de bonheur. Je suis déjà content. Après, je viens de débuter ma carrière, je vais vouloir avancer là-dedans, sortir d’autre stock, qu’il y ait de plus en plus de gens qui puissent peut-être aimer ma musique, mais à date, juste avec ce que j’ai, si ce n’est que le rapport humain qui manque, moi je suis heureux.

Myriam : Tu as participé à Destination chanson fleuve en 2019 et l’École nationale de chanson de Granby en 2017-2018. Qu’est-ce que t’ont apporté ces expériences?
Étienne : Granby m’a appris que c’était ce que je voulais faire dans la vie, être auteur-compositeur-interprète. J’ai rencontré plein de gens, je me suis fait plein d’amis là-bas, j’ai appris à connaître mon artiste. J’ai composé musicalement presque toute ma vie, mais vers 21 ans, juste avant de rentrer à Granby, j’ai découvert mon auteur-compositeur-interprète, j’ai appris à le connaître. Si Granby m’a dit que c’était ce que je voulais faire dans la vie, Vallée m’a donné le coup de pied dans le cul pour me dire que je peux faire ça dans ma vie. C’est un monde très difficile, oui le côté monétaire, mais ce n’est pas tant ça le point plus que réussir, il y a tellement de projets partout. Ça fait peur de me dire que je me lance là-dedans, Vallée m’a juste donné cette confiance qui, je pense, il faut.

Myriam : J’ai entendu entre les branches que tu es en studio présentement, qu’est-ce qui s’en vient pour Étienne Coppée? Peut-on s’attendre à un album bientôt?
Étienne : On peut s’attendre à de la musique, ça c’est sûr. J’ai encore des chansons qui n’ont pas encore vu le jour sur le EP, donc on est allé enregistrer ça un peu, mais avec ce qu’on vit en ce moment, je te dirais que la forme n’est pas encore claire parce que ça change un peu toute la façon de voir la patente, la façon de voir ce qu’on sort, quand on le sort, tout ça. Mais il y a de belles chansons, je suis très content de ce qu’on a enregistré, j’ai très hâte de le faire entendre au monde entier.

Myriam : Si tu pouvais prendre ma place de journaliste pour une question, quelle question te poserais-tu, en y répondant?
Étienne : C’est une bonne question! J’essaie de ne pas trop penser, parce que je vais finir par toujours vouloir trouver une meilleure réponse et ça n’arrivera jamais. Je me demanderais comment va l’humain avant de demander comment l’artiste va, là tu parles à Étienne Coppée, mais il y a un humain derrière tout ça. Je pense qu’on peut avoir le réflexe de voir les artistes comme vraiment c’est eux, les artistes. Jean Leloup, c’est Jean Leloup, la personne qui joue sur scène et qui nous fait des albums. Mais il y a des humains derrière tout ça. Ça me ferait plaisir qu’une ou un journaliste me demande cette question-là avant tout : « hey, ton humain, comment il va? »
Myriam : Wow! Comment il va, l’humain, dans ce cas-ci?
Étienne : Il va bien, il va du mieux qu’il peut. Il s’ennuie ben du monde, mais il essaie de garder le cap et de rendre les gens autour de lui heureux.

 

1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle?
Histoire sans parolesHarmonium

2. Ta chanson de rupture préférée?
Triste pareilGab Bouchard

3. Ta chanson d’amour préférée?
DemainCédrik St-Onge

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage?
FROU

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel?
Les cinq saisonsHarmonium

6. La chanson qui te rend le plus heureux?
Ta mainAriane Roy

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup?
Bon Iver

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
La belle journée 1971Lumière

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
AlicePhilippe Brach

10. Ta chanson (à toi) préférée?
Douce mélancolie et/ou We are the world

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