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On vous présente : Cordâme

Cordâme : comme si le jazz et le classique dansaient 


© de gauche à droite : Eveline Grégoire-Rousseau – harpe, Jean Félix Mailloux – contrebasse, Marie Neige Lavigne – violon, Coral Egan – voix, Sheila Hannigan – violoncelle. Photo prise sur la page Facebook du groupe

Par : Myriam Bercier

MatTv.ca vous offre encore et toujours la chronique On vous présente, qui a pour objectif de vous faire découvrir des artistes qui passent sous le radar de la musique populaire. Cette semaine, c’est l’ensemble Cordâme que je vous présente.

Cordâme est un ensemble de musique instrumentale formé en 2004 à mi-chemin entre le jazz et la musique de chambre. Les membres ont lancé plusieurs albums en carrière, dont un rendant hommage au compositeur français Claude Debussy et un en l’honneur du compositeur et pianiste français Erik Satie. Le 14 mai dernier, l’ensemble a fait paraître Da Vinci InventionsJean Félix Mailloux, le compositeur, arrangeur musical, directeur musical et contrebassiste du projet, s’est entouré pour ce projet de Marie Neige Lavigne au violon, Sheila Hannigan au violoncelle, Éveline Grégoire-Rousseau à la harpe, Isaiah Ceccarelli à la batterie et Coral Egan à la voix. Cet album rend hommage à la renaissance italienne et au legs de l’inventeur.

J’ai discuté avec Jean Félix Mailloux la semaine passée. Nous avons parlé entre autres des projets présents et passés de l’ensemble et de tout le processus entourant Da Vinci Inventions. Sans plus attendre, voici notre discussion!

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Jean Félix : Je fais de la musique depuis que je suis jeune. J’ai chanté dans une chorale quand j’étais enfant. C’est en essayant de former un groupe avec mes amis au primaire que j’ai commencé à faire de la musique. Au secondaire, ils m’ont assigné la contrebasse et j’en joue encore à ce jour.

Myriam : As-tu une formation particulière?
Jean Félix : Oui, j’ai une formation en musique classique. J’ai aussi un baccalauréat en musique générale. J’ai fait un peu de tout, du jazz, du classique, de la composition… J’ai un peu touché à tout.

Myriam : Comment l’ensemble s’est-il créé?
Jean Félix : Cordâme a été créé autour de 2004. C’était vraiment pour jouer mes compositions. Au départ, on était trois musiciens : le violon, le violoncelle et la contrebasse. Au fil des ans, on a ajouté plusieurs instruments : la guitare, la harpe, le piano, les percussions. Plus récemment, on a rajouté la voix de Coral Egan sur le projet Da Vinci.

Myriam : As-tu un processus de création? Si oui, lequel?
Jean Félix : Souvent, je vais prendre une thématique et je développe autour de ça dans le but de créer un programme. On a fait un projet dans les débuts qui s’appelle Migration, basé sur des thématiques du voyage. Ensuite, on a fait un autre projet sur les Lieux imaginés. C’était sur des espaces que je n’avais jamais visités et que j’avais imaginé.

Pour les projets plus récents, on en a fait un sur Erik Satie, un autre sur Debussy et celui sur Da Vinci était une commande. C’était un projet que j’ai décidé d’aborder d’une manière assez personnelle, en créant des musiques pour Da Vinci.

Myriam : Comment tu t’inspires pour composer pour ces thèmes-là?
Jean Félix : Souvent, je vais essayer de trouver une approche qui va me faire sortir de ma zone de confort et explorer différents horizons dans mon écriture. C’est souvent ce qui va me pousser à me dépasser. Quand j’ai fait le projet sur Satie, c’est venu assez naturellement. Quand j’ai fait le projet sur Debussy, j’ai trouvé ça plus exigeant au niveau de l’approche, car c’était de la musique tellement déjà élaborée que je devais faire le processus inverse qu’avec Satie. Il y avait tellement d’implication, la musique est tellement étoffée que je devais plutôt réduire plutôt que d’augmenter les arrangements. Dans les projets de création et de composition, un projet que j’ai fait il y a quelques années qu’on tourne encore, Les Océanides, est inspiré de la mythologie grecque. Les océanides sont une série de nymphes aquatiques dans la mythologie qui ont chacune des caractéristiques. Je me suis inspiré de cet aspect-là qui est extra musical pour créer des musiques instrumentales accompagnées de chorégraphies de danse.

Myriam : Quand l’idée de mélanger du jazz et la musique classique est-elle venue?
Jean Félix : C’est venu assez naturellement en fait. Au départ, il y avait plus d’improvisation dans notre jeu, on jouait des thèmes un peu plus simples. Il y avait une plus grande part de jazz. Plus le projet a évolué, plus j’ai eu envie d’écrire des musiques élaborées, de sortir un peu de la formule du jazz joué comme une mélodie improvisée et de rejouer la même mélodie. J’essayais d’avoir des formes un peu plus surprenantes. Ça se rapproche plus du développement de la musique classique. C’est un parcours qui s’est fait assez naturellement. C’est aussi les deux musiques que j’ai le plus travaillées et écoutées, le classique et le jazz. C’est ce qui m’inspire, ce sont mes forces aussi, je pense, au niveau de ma façon de jouer. On y va avec ce qu’on connaît, avec nos forces.

Myriam : Vous avez lancé Da Vinci Inventions le 14 mai dernier, tu me disais que c’était une commande, comment est-ce arrivé?
Jean Félix : J’ai approché Orford Musique pour essayer de programmer mon projet sur Debussy, et il m’expliquait que ça ne fonctionnait pas avec la thématique qui était autour de l’Italie. Il m’a parlé de faire un projet sur Leonard Da Vinci, comme c’était le 500e anniversaire de sa disparition en 2019. Sur le coup, j’ai été un peu surpris. Je lui ai dit que j’allais y penser. Ça ne m’a pas pris beaucoup de temps que je me suis mis à avoir plein d’idées. Ça a été une occasion pour moi d’inclure Coral Egan avec laquelle je voulais recollaborer depuis longtemps.

Myriam : Dans ce projet, il y a de la voix tout au long de l’album. À quel moment et pourquoi as-tu décidé de rajouter de la voix?
Jean Félix : Parce que Da Vinci était un musicien autodidacte. Ce n’était pas quelqu’un qui lisait la musique. Principalement, de ce que j’ai lu, il n’y a pas beaucoup d’exemples de ce qu’il aurait pu jouer, mais ce que j’ai lu, c’était tout le temps la voix accompagnée d’un instrument. Je me disais que ça serait le fun d’avoir au moins une chanteuse ou un chanteur pour ce spectacle. Ça faisait quelques années que je réfléchissais à faire un projet avec Coral Egan, car on a collaboré ensemble sur quelques trucs et ça avait vraiment cliqué donc j’avais envie de l’inclure dans ce spectacle-là. Elle a dit oui tout de suite, et finalement on est bien contents de ce spectacle-là qui va partir en tournée bientôt. On a beaucoup de concerts pour la prochaine saison, on est bien heureux de pouvoir présenter ça partout au Québec.

Myriam : Comment as-tu fait pour t’inspirer et composer cet album?
Jean Félix : Je me suis vraiment plongé dans la vie de Da Vinci. J’ai lu sa biographie, écouté plein de musique de la renaissance, de la musique plus baroque, du folklore italien. J’ai essayé de m’approprier ça et d’amener ça dans mon univers. Da Vinci c’était un grand avant-gardiste, donc je suis certain que s’il s’était concentré sur la musique, il aurait fait évoluer le style par rapport aux musiciens de son époque parce que, de ce que j’ai lu, il a découvert des choses dont il ne pouvait parler parce que ça aurait été mal vu. Par exemple, sur l’anatomie : il y a des choses qui ont été découvertes deux ou trois cent ans plus tard qu’il savait déjà. Je me disais que ça me permettrait de faire des anachronismes musicaux, d’aller chercher des techniques qui ont été amené dans la musique beaucoup plus tard et de les inclure dans ce projet-là. Je me suis donné une grande liberté tout en essayant de m’inspirer de la renaissance italienne.

Myriam : Comment s’est passé la création de l’album?
Jean Félix : On a enregistré en studio l’album tout le monde en même temps, sauf quelques pistes vocales. Ça s’est passé quand même assez bien. C’était un contexte quand même difficile, car on était dans un moment où la COVID était très active. On faisait attention avec les masques et le Purell, on était distancié. J’aimerais mieux ne pas refaire ça, un album en pandémie, même si je suis content du résultat. Le processus a été quand même plus ardu en raison des restrictions. Quand on enregistre en temps normal, tout le monde joue proche, on s’entend bien, on n’a pas besoin d’avoir toujours des écouteurs. Là, on devait être plus loin, c’était un peu plus difficile. Je suis bien content de ce disque, et la voix de Coral sort super bien. C’est les témoignages et les critiques qui sont sortis : la voix de Coral est comme le joyau dans toute cette aventure. On est bien contents de l’album, et on est déjà en train de penser faire un deuxième projet avec Coral. On est en train d’explorer de nouvelles compositions.

Myriam : Il y a du nouveau matériel qui devrait arriver semi sous peu?
Jean Félix : Oui. On va sortir du nouveau matériel autour de la thématique des poétesses de toutes les époques. Dans le projet Da Vinci, la poétesse que j’ai employée le plus les poèmes c’est Gaspara Stampa, une poétesse italienne de la renaissance, quand même très connue en Italie, mais beaucoup moins en dehors. Je suis tombé en amour avec ses poèmes, ça m’a beaucoup inspiré. J’ai décidé de continuer d’en écrire d’autres avec la même poétesse, mais aussi d’en prendre d’autres de la renaissance française ainsi que des poétesses plus récentes américaines et françaises. Il y a des textes en français, anglais et italien pour ce projet. On va sûrement enregistrer ça à la toute fin de cette année, et ça paraîtra l’année prochaine, ou ça va peut-être retarder un peu. On ne sait pas encore, car cet automne on enregistre un autre projet instrumental autour de Maurice Ravel. Ça, ça va sortir quand même bientôt, car on enregistre en octobre et on a des concerts en 2022. On en a plusieurs, donc on va sortir ça à temps pour ces spectacles.

 

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