On vous présente : Ambroise

Ambroise, un son planant…

© Eugénie Jobin dans un festival au Mexique, photo fournie par l’artiste

Par : Myriam Bercier

MatTV vous présente une nouvelle chronique : On vous présente … En effet, dans les prochaines semaines, nous vous ferons découvrir des artistes underground qui méritent d’être plus connus. Cette chronique se déclinera en trois parties : un aspect descriptif de l’artiste, des questions générales sur sa carrière et un quiz musical rempli par l’artiste. Notre quatrième chronique a pour sujet le groupe Ambroise!

Ambroise est un groupe montréalais de style dream folk / pop planante. Formé par Eugénie Jobin à la composition, à la voix, aux guitares et harmonium, Frédérique Roy à l’accordéon et aux chœurs, Gabriel Drolet à la basse électrique, contrebasse et aux chœurs ainsi que Simon Labbé à la guitare et aux chœurs. Ils ont à leur actif deux EPs et un album, intitulés respectivement Ambroise (2013), Anémone (2015) et À la tonalité préférable du ciel (2018). Le groupe offre une musique douce et flottante qui nous invite à se laisser guider et bercer.

Eugénie Jobin est une auteure-compositrice-interprète. Pour le premier EP d’Ambroise elle a composé tous les textes. Dans le dernier album est entièrement une mise en musique des poèmes du poète Paul-Marie Lapointe. Cela s’explique par le fait qu’Eugénie apprécie chanter des mots, mais aime moins composer ses propres textes.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec elle au téléphone. Il y a été question de l’École Le Plateau, de poésie et de projets futurs.

Myriam : Qu’est-ce qui t’a amené à faire de la musique?
Eugénie : Qu’est-ce qui m’a amené à faire de la musique… ça s’est fait un peu naturellement en fait. J’en fais depuis que je suis petite petite. Je suis rentrée par hasard dans l’École Le Plateau je sais pas si tu connais ça?
Myriam : J’en ai entendu parlé vaguement mais j’aimerais ça que tu m’expliques un peu plus c’est quoi?
Eugénie : C’est une école primaire en fait, je sais pas s’ils fonctionnent encore comme ça maintenant, mais à l’époque, ils faisaient passer des tests dans plein d’écoles primaires publiques de Montréal au hasard. Ils allaient recruter des gens qui avaient des aptitudes musicales selon leurs tests. Là, ils les acceptaient dans une école intensive de musique au primaire. Sans même le vouloir j’avais été acceptée : ils sont venus à mon école, ils m’ont fait les tests et je suis rentrée à cette école-là. Après ça je n’ai jamais vraiment arrêté. J’ai toujours continué à en faire pendant l’école, après ça, quand est venu le temps de faire des choix, comme au cégep, à l’université, j’ai choisi de continuer là-dedans. Je n’ai jamais arrêté. (rires)

Myriam : Écoute, je vais rebondir là-dessus, est-ce que tu penses que ça a eu un impact sur la suite des choses de faire l’École Le Plateau?
Eugénie : Je pense que oui, je pense que c’est comme une formation musicale assez complète à un âge où t’es vraiment disponible et un peu naïf par rapport à ça aussi. Je pense que j’ai absorbé beaucoup de choses sans même m’en rendre compte.
Myriam : Comme quoi?
Eugénie : Au niveau de l’oreille, jouer, parce qu’on jouait dans des ensembles, on fait de la chorale…

Myriam : Je t’avais contacté pour parler d’Ambroise. Comment s’est formé ton groupe?
Eugénie : Ce groupe-là s’est formé… En fait j’ai arrêté l’école un an, j’ai arrêté l’université pour prendre une pause; c’était le moment où je n’étais plus sûre si je voulais faire de la musique en fait. Donc j’ai pris une pause pour voir ce que j’allais faire, pour avoir de l’espace mentale. J’ai commencé à composer des chansons, c’est la première chose qui est venue pendant cette pause-là. Donc j’ai appelé des amis à moi, qui étaient des gars avec qui j’avais déjà joué dans d’autres projets et avec qui j’étudiais et c’est comme ça, ça a été mon premier band de chansons. Ça s’est appelé Ambroise tout de suite. Ça fait comme 7 ans, ça fait un petit bout quand même.

Myriam : Tu es allée au cégep ET à l’université en musique. Tu as étudié en quoi exactement? Parce que je sais que c’est quand même assez «vague» …
Eugénie : Oui, effectivement. Au cégep j’ai étudié en vibraphone. Après ça à l’université j’ai fait un an en vibraphone et mon bac en chant jazz. Donc j’ai fait des études en chant jazz, j’en fais encore un peu, mais c’est tellement pas principalement ça que je fais. (rires)

Myriam : Si tu avais à décrire Ambroise en quelques mots, lesquels utiliserais-tu?
Eugénie : Ambroise c’est des chansons, c’est vraiment doux, c’est des chansons douces. Il y a un genre d’absence de contraintes dans la façon de faire des chansons, je ne sais pas comment le dire d’une façon plus concise mais … Je pense qu’on essaie d’élargir vraiment la conception de c’est quoi une chanson : il y a des pièces vraiment longues, des pièces où il n’y a pas de paroles, il y a des pièces vraiment vraiment courtes. C’est une espèce d’exploration de c’est quoi une chanson.

Myriam : Votre dernier album sorti en 2018, À la tonalité préférable du ciel, a mis en chanson des poèmes de Paul-Marie Lapointe. Qu’est-ce qui t’a motivé à faire ce projet et à choisir ce poète en particulier?
Eugénie : Ça faisait déjà un petit bout que je pensais à travailler avec des textes qui n’étaient pas de moi parce que j’avais travaillé avec mes textes avant et je trouve ça vraiment difficile faire ça en fait. J’aime pas vraiment mes textes (rires). Je le faisais un peu parce que c’est ça qui se fait, c’est un peu ça la norme. Disons que quand tu es auteur-compositeur-interprète tu écris tes textes. Mais j’avais ça en tête depuis un petit bout de travailler avec d’autres textes pour essayer. Pas nécessairement comme quelque chose de définitif, mais de faire un projet avec ça, de travailler à partir d’autre matériel. Mon copain de l’époque m’a présenté un poème de Paul-Marie Lapointe. Il étudiait en littérature et il m’a dit : «j’ai lu ce poème-là et j’ai toujours trouvé que ça ferait vraiment une belle chanson, que c’est vraiment des beaux mots pour faire une chanson.» Donc j’ai pris ça et ça a été [le premier poème] que j’ai mis en musique de Paul-Marie Lapointe. C’est Kimono de fleurs blanches, ça se retrouve sur le deuxième EP qu’on a fait [Anémone]. À partir de là, ça s’est fait vraiment naturellement, j’ai vraiment trouvé que c’était beau, que c’était le fun. Je me suis procuré ses recueils et j’ai commencé à lire plus. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour cet être-là.

Myriam : Qu’est-ce que tu aimes le plus de ce poète-là, pourrais-tu le dire?
Eugénie : C’est une bonne question! Je pense que j’aime vraiment comment ses poèmes se lisent; il y a quelque chose de vraiment vraiment musical dans sa façon d’écrire, dans les choix de mots aussi. Je sais pas, les mots qu’il choisit sont vraiment vibrants, ils sont vraiment beaux et il a une façon que ça se déploie dans une chanson, d’une façon vraiment naturelle et vraiment belle qui fait que ce n’est pas difficile de mettre ça en musique ; c’est vraiment l’fun et facile.

Myriam : Quels projets attendent Ambroise pour les prochaines années?
Eugénie : Je suis en train de travailler sur un deuxième album en ce moment. J’essaie, avec la pandémie, c’est pas facile! (rires) Ça devrait être enregistré à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine, je suis encore en train de composer des chansons. Qu’est-ce que je peux dire à propos de ça? (rires) Ça va être la mise en musique d’autres poèmes, d’une autre personne, mais je ne peux pas dire encore qui parce que je suis en négociation pour les droits d’auteur, donc je ne vais pas dire tout de suite c’est qui, mais c’est le même genre de projet, avec une poète femme cette fois-ci. Donc c’est de la mise en musique de poésie, mais c’est de la poésie quand même différente, c’est plus récent, plus contemporain un peu, c’est l’fun, ça va être d’autres genres de chansons, je pense.

Myriam : Je t’écoute parler et je me demande : comment ça fonctionne dans le groupe? Est-ce que c’est toi qui travailles sur tout et les membres de ton groupe t’accompagnent seulement musicalement ou est-ce qu’ils ont leur mot à dire un peu? Comment ça fonctionne?
Eugénie : Ça dépend vraiment. En fait c’est que Ambroise, dans le fond, ça a fini par être mon nom d’artiste un peu. Mais c’est-à-dire que c’est un groupe, sauf que le groupe a changé à travers le temps. Au début, le premier EP on était quatre, le deuxième EP je l’ai fait presque toute seule avec des gens comme invités qui sont venus jouer mais c’était une autre formation et l’album on était quatre mais pour le prochain ça se peut que ça change aussi. Il y a toujours à peu près les mêmes personnes qui gravitent. C’est Gabriel Drolet, Simon Labbé et Frédérique Roy qui ont tous et toute été présents présente pas mal, mais ça bouge. Donc, c’est mes compositions, c’est moi qui amène les compositions et après tout dépendamment des chansons, des fois j’ai des idées très précises d’arrangement, des fois non, donc des fois on travaille sur les arrangements ensemble selon l’instrumentation, selon les idées de tout le monde. Ça varie, c’est variable, mais c’est mes chansons, mes compositions.

Myriam : Quels projets t’attendent, toi, Eugénie Jobin, artistiquement?
Eugénie : En ce moment, je sais pas. Il m’attend pas grand-chose dans le prochain mois. C’est un peu un drôle de moment pour penser à cette question-là j’avoue.
Myriam : en effet, dirais-tu que tu te concentres plus sur Ambroise en ce moment pour le prochain album?
Eugénie : Oui, là j’ai envie de travailler sur le prochain album. Dans la dernière année, j’ai fait beaucoup d’autres affaires, j’ai commencé à faire de la musique de film un peu, j’ai chanté dans les projets de beaucoup d’autres personnes, j’ai fait du studio, j’ai réalisé un album aussi d’une de mes amies. J’ai porté plusieurs autres chapeaux. J’adore faire ça, j’adore faire d’autres genres de projets et je pense que je ne serais pas heureuse de travailler juste sur mon projet tout le temps, j’ai besoin de jouer la musique d’autres personnes, de créer dans d’autres circonstances, mais je pense que cette année j’ai envie de donner plus d’amour à mon projet, plus de temps à Ambroise.

Comme j’ai réalisé que les artistes avaient de la difficulté avec la dernière question «est-ce qu’il y a une question que tu aimerais te faire poser en entrevue?» j’ai décidé de l’envoyer directement à Eugénie par message. Voici ce qu’elle m’a répondu :

C’est quoi ton déjeuner préféré ?
Mes ami.e.s rient un peu de moi parce que je suis une grande fan de gruau. C’est comme mon trademark. C’est que la plupart des gens ont pas compris à quel point ça peut être excitant manger du gruau, tu peux rajouter n’importe quoi dedans et c’est comme un nouveau déjeuner à tous les matins. J’ai même connu des gens vraiment flyés qui trippaient sur le gruau salé, avec de la sauce soya et des radis et de la sauce piquante.

Quiz musical réalisé par l’artiste :
1. Ton lecteur de musique plante sur une île déserte, tu peux seulement écouter une chanson, c’est laquelle? Litany de Tashi Wada. Cette chanson-là est vraiment hypnotisante et je me tanne jamais de l’écouter. Les synths sont <3

2. Ta chanson de rupture préférée? J’ai pas été capable de choisir, désolée… Les ruptures et la musique, c’est un méchant dossier.
Belief de Mount Eerie et Julie Doiron, parce que je peux pas résister à Julie Doiron et parce que la chanson (tout l’album en fait) a un côté pathétique qui fait vraiment du bien quand ça va mal.
Las simples cosas, la version de Chavela Vargas. Parce que cette femme-là me fait pleurer à chaque fois qu’elle chante une note (j’exagère, mais à peine), et parce que ça parle de dire adieu et de la disparition des choses d’une vraiment belle façon.

3. Ta chanson d’amour préférée ?
L’engeôlière de Richard Desjardins parce que c’est un des plus beaux textes de que je connaisse. L’amour c’est complexe et Richard y’a bien compris ça.

4. Un.e artiste que tu aimerais que les gens connaissent davantage ?
Eric Chenaux. Sur disque, live, c’est un petit génie des mélodies, des textures, et de la guitare.

5. Si tu pouvais écouter un seul album pour l’année à venir, ce serait lequel? Ruins de Grouper, parce que c’est doux et ça me calme, et j’ai comme l’impression qu’on va avoir besoin de douceur dans la prochaine année.

6. La chanson qui te rend le plus heureux ?
This is how we walk on the moon de Arthur Russell, pour le groove incroyable et l’arrangement complètement out/magnifique! Ça me donne toujours envie de danser.

7. Un.e artiste / groupe qui t’inspire beaucoup ?
Ruth Garbus. C’est la reine du songwriting champ gauche à mon humble avis.

8. La chanson qui t’obsède en ce moment?
Oración al remanso, la version de Renato Braz et du Quarteto Maogani. Un wow général je dirais.

9. Une chanson que tu aimerais avoir écrite?
Dis quand reviendras-tu, de Barbara. Ce n’est pas un langage que j’utiliserais nécessairement, mais c’est comme une chanson parfaite en termes d’harmonie et de mélodie, et je trouve ça vraiment beau une femme qui dit à son amant.e « là ça va faire, reviens, je vais pas t’attendre toute ma vie ».

10. Ta chanson (à toi) préférée?
Anémone. C’est un des seuls textes que j’ai écrits que j’aime encore.

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