Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran

Éric-Emmanuel Schmitt fait son théâtre à MONTRÉAL EN LUMIÈRE

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©Courtoisie

Par Marie-Claude Lessard

Auteur de romans ayant été traduits en 43 langues dans pas moins de 50 pays, l’artiste belge Éric-Emmanuel Schmitt n’a plus de besoin de présentation. Après un passage remarqué en novembre dernier au Salon du livre de Montréal où il était l’un des invités d’honneur, l’artiste belge multidisciplinaire est retourné à Montréal pour la grande première nord-américaine de la pièce Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, qui a eu lieu le vendredi 19 février à la Salle Pierre-Mercure. D’abord un célèbre roman puis un film réalisé par François Dupeyron en 2003, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran a également maintes fois été repris au théâtre. Puisqu’il a développé la piqûre en remplaçant occasionnellement le comédien et chanteur Pierre Lalanne, l’auteur lui-même, depuis trois ans, offre, seul sur scène, le texte sous forme de monologue au public, ce qui a pour résultat un spectacle débordant de tendresse et de sincérité.

Schmitt incarne Moïse à l’âge adulte qui se remémore son enfance particulièrement difficile lorsqu’il n’avait encore que 13 printemps et qu’il habitait un miteux appartement sur la rue Bleue. L’enfant raconte ses escapades illégales dans une maison de prostitution, l’abandon de sa mère, sa relation difficile avec son père avocat et ses visites de plus en plus régulières chez l’épicier arabe du coin qui n’est pas vraiment Arabe, Monsieur Ibrahim. Ce dernier, qui surnomme affectueusement le garçon Momo, devient un père de substitution pour ce préadolescent brillant mais victime de désamour.

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©Antigone

Afin de donner davantage vie à la complicité unique unissant Monsieur Ibrahim et Momo, Éric-Emmanuel Schmitt interprète tous les personnages. Le décor épuré matérialise ingénieusement les différents lieux mentionnés par des objets dont les significations sont sans équivoque : un fauteuil délabré pour l’appartement de Momo, un paravent surplombé des bas de nylon pour le salon de prostitution, un tabouret et une caisse d’oranges pour l’épicerie de Monsieur Ibrahim ainsi qu’ une toile de fond qui change de couleur selon les moments de la journée dépeinte. L’éclairage simple mais efficace s’occupe du reste pour assurer une illusion totale; on a l’impression d’être transporté en France. Seul le rôle de la musique manque parfois de pertinence. Ayant pour fonction de meubler du temps entre les transitions, la trame sonore retranche malheureusement du rythme au récit, sauf pour la formidable scène finale où elle rehausse magnifiquement une émotion déjà intense et insoutenable.

Hélas, ne s’improvise acteur qui veut. L’auteur devenu comédien par accident ne projette pas suffisamment sa voix à plusieurs reprises. Certaines phrases sont tout simplement inaudibles. Victime de nombreuses hésitations, Schmitt récite parfois le texte trop machinalement. Par contre, il se prête à l’exercice avec une telle humilité qu’il parvient à être touchant aux endroits opportuns. Échappant volontiers à la solitude qu’entraîne le métier d’auteur en se produisant sur scène, il partage une attachante proximité avec le public, ce qui permet de pardonner plus facilement les imperfections contenues dans son jeu.

La véritable vedette de ce spectacle étant le texte, si spirituel et intemporel, il faut impérativement le déguster… que ce soit sur scène, en visionnant le film, en se procurant le roman ou bien des trois manières! Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran a été présenté à Montréal lors du festival MONTRÉAL EN LUMIÈRE. Dans le cadre d’une exceptionnelle tournée québécoise, Éric-Emmanuel Schmitt parcourra 23 villes en novembre et décembre prochains. L’horaire complet est disponible ici.

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