Miss Sloane

Aussi troublant et frustrant que son sujet

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©VVS Films

Par : Marie-Claude Lessard

Miss Sloane arrive en salles à point nommé. Pas parce qu’il possède le haut calibre pour concourir aux Golden Globes ou aux Oscars, mais bien parce que son incursion dans les coulisses de la culture lobbyiste rappelle drôlement la plus récente course à la présidence américaine…

Pour son premier script cinématographique, Jonathan Perera  s’attaque au besoin intarissable de gagner à travers le personnage d’Elizabeth Sloane (Jessica Chastain), une carriériste qui a sacrifié sa vie personnelle pour devenir une redoutable lobbyiste. Toujours tirée à quatre épingles, celle qui se drogue aux pilules pour maintenir son rythme de vie effréné sait comment se faire remarquer lorsqu’elle entre dans une pièce. Froide et cynique, elle enchaîne les répliques assassines et les magouilles pour parvenir à ses fins. Cette fois-ci, elle met en jeu son avenir dans la profession en tentant de faire adopter une loi en faveur d’un contrôle sévère sur les armes à feu.
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Sloane le répète à plusieurs reprises, rien ne motive son combat autre que son obsession maladive de l’emporter. Ne vous attendez donc pas à un revirement de situation nous apprenant la mort d’un être cher tué injustement par balle. L’immoralité flagrante du personnage principal permet de soulever des thématiques intéressantes. Au-delà de la corruption et des manipulations sordides, Perera s’interroge sur la véritable définition du pouvoir et les conséquences reliées à cette quête. Est-ce qu’une femme dans un univers majoritairement régi par des hommes peut bouleverser l’ordre établi? Est-ce que ça change véritablement quelque chose que Sloane soit une femme ? Est-ce que la carrière doit passer avant les enjeux personnels? Doit-on se battre seulement lorsqu’on a des convictions?

Tout en instaurant un certain suspense pour que le film s’inscrive dans le genre du thriller, le scénariste apporte de belles réflexions sur ces sujets en s’éloignant de manière rafraîchissante d’un traitement sexiste. On peut par contre lui reprocher d’avoir recours à des procédés clichés pour conserver les tensions dramatiques. Des amitiés brisées, la chute aux enfers, les médias qui changent la donne alors que la victoire était quasi assurée… On a vu ça tellement de fois que plusieurs intrigues s’embourbent dans une prévisibilité ennuyante.

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Le réalisateur John Madden, gagnant aux Academy Awards pour Shakespeare in love, navigue pour une rare fois en eaux politiques, et cela donne lieu à un résultat à la fois fascinant et décevant. Sa mise en image extrêmement verbale manque de vision. Quelques rebondissements frappent la cible et étonnent réellement. Cependant, les chemins pour les atteindre s’étiolent inutilement. La durée de 132 minutes n’est nullement justifiée. Le stress ne nous tient pas constamment en haleine. La réalisation terne n’aide évidemment pas. La chronologie du scénario non plus. L’œuvre débute par le procès contre Sloane. On comprend ce qui a provoqué cet événement par le biais de multiples retours en arrière. Comme on sait donc déjà la majeure partie de l’issue du film, l’intérêt se perd assez rapidement. Un traitement en continu aurait insufflé plus d’âme et de sensations fortes aux actions dépeintes.

Heureusement, la distribution accomplie de petits miracles. Défendant un rôle aussi hermétique et stéréotypé, Jessica Chastain évite tous les pièges. On ne trouve pas son personnage sympathique, mais on ne le déteste pas au point de se foutre royalement de ses visées. Cette nuance permet à l’actrice nommée aux Oscars de briller malgré les défauts du film. Il est impossible de détourner son regard même lorsqu’elle déclare les pires obscénités, et ce n’est pas seulement parce que sa garde-robe fait rêver. Sa force d’attraction est parfaitement alimentée par d’autres prestations solides dont celles de Mark Strong et Gugu Mbatha-Raw.

Enfin, malgré des longueurs qui lui empêchent à atteindre son plein potentiel, Miss Sloane s’avère un thriller politique fort acceptable et parfois surprenant qui dévoile une Jessica Chastain au sommet de sa forme.

Note : 3/5

Texte révisé par : Ho-Chi Tsui

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