Le Timide à la cour

Une comédie d’intrigue sans gêne au Théâtre Denise-Pelletier

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© Gunther Gamper

Par Sébastien Bouthillier

Les amis Mireno (Renaud Lacelle-Bourdon) et Tarso (Simon Rousseau) quittent leur vie dans les montagnes pour s’établir en ville.  Ils croisent en chemin Lorenzo (Anne-Marie Levasseur), qui les convainc de troquer leurs habits contre ceux que son compère et lui portent.  Capturés par le duc (Roger La Rue), les naïfs campagnards demeurent dans les geôles du palais avant d’y être jugés à la place des filous déguisés en bergers.

Or, Mireno s’amourache de Magdalena (Sophie Cadieux), la fille cadette du duc.  Timide, il demeure muet.  L’initiative revient peut-être à la femme qu’il convoite…  Cette pièce oppose la volonté des personnages aux règles de leur époque, les hommes aux femmes, la noblesse au peuple.  Il serait inconvenant que Magdalena dévoile son amour en premier, c’est à l’homme de le faire.

Au cœur du siècle d’or espagnol, le génie de son auteur, Tirso di Molina (1579-1648), consiste à révéler ces oppositions par leurs travers et leur fougue plutôt que par une leçon de morale.

Les actions s’enchaînent, les gestes et même les chorégraphies des comédiens corroborent leur propos.  À cause du jeu physique, les acteurs déploient toute leur énergie, d’autant plus qu’ils gravissent et dévalent à la course la dizaine de marches du podium qui occupe la scène.  Les mimiques de Sophie Cadieux confèrent à Magdalena toute l’ingénuité qu’elle doit afficher.

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© Gunther Gamper

Les personnages embrassent le texte tout en conservant une distance critique nécessaire pour le jouer.  Avant un passage outrancier, l’acteur décroche afin de prévenir le public qu’il n’appuie pas le propos.  D’ailleurs, dès le laïus d’ouverture du directeur du théâtre, Claude Poissant, Anne-Marie Levasseur s’empare de son micro pour communiquer son éditorial…

Le metteur en scène Alexandre Fecteau répond à la question qu’il soulevait sur la pertinence des textes du répertoire du Festival du Jamais Lu au printemps dernier.  « Comment monter un texte qui, bien que progressiste pour son époque, semble aussi en porter tous les stigmates sexistes et patriarcaux et en faire un discours pertinent aujourd’hui qui ne se contente pas uniquement, à travers l’instantané de son époque, de témoigner du chemin parcouru au cours des siècles ? » demande-t-il dans le programme de la pièce.

Il a raison: bien que drôle, le propos de Tirso di Molina sur la condition des femmes écorche nos oreilles sensibles à l’égalité des sexes.  Les hommes ne disposent plus des femmes comme de leur propriété, même se moquer du sort de femmes trompées s’avère de mauvais aloi.

On ne rit pas parce que le propos n’est pas acceptable selon les critères actuels, on rigole parce que les acteurs incarnent des personnages convaincus de l’évidence indiscutable de leurs affirmations.

Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 22 octobre.

Révisé par : Jean-Philippe Côté-Hallé

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