Le Terrier

Sublime pièce sur le deuil parental

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© Eva Maude – La Ruche blanche

Par Sébastien Bouthillier

Le deuil d’un enfant dont on est le parent : une des épreuves les plus douloureuses à traverser dans la vie. Plusieurs passages s’offrent et chacun emprunte celui qu’il peut. L’épreuve pèse sur le couple aussi; Becca (Sandrine Bisson) et Louis (Frédéric Blanchette) franchiront-ils le point de rupture menant à la séparation à cause de leurs manières personnelles respectives de vivre le deuil?

En présentant Le Terrier, traduction de la pièce Rabbit Hole de l’Australien David Lindsay-Abaire par Yves Morin, le metteur en scène Jean-Simon Traversy convie le public dans l’intimité de la salle Fred-Barry pour assister à ce Pulitzer 2007. Les dialogues précis enchaînent les tableaux dans le salon du couple, qui ensevelit leurs souvenirs de leur fils.

Le bungalow du couple devient leur terrier. Pourtant, un terrier abrite les bêtes; elles le creusent dans le sol, il leur sert de refuge. L’humain n’étant pas une espèce troglodytique, il vit sur terre, il ne s’enfouit pas en elle. Sauf que la femme et l’homme – contrairement à la bête – connaissent joie et malheur, nomment les émotions. Celles des parents les atterrent. Ils creusent un trou pour se cacher.

Louis et Becca vivent le deuil de leur fils Danny, happé par une voiture à l’âge de quatre ans. Un accident absurde, inexplicable par la raison parce que dépourvu de sens, survenu quand il a poursuivi dans la rue son chien venant de s’échapper de la cour à la clôture mal refermée.

Qui sont ces parents endeuillés de leur fils? Quelle identité peuvent-ils endosser quand aucun mot ne désigne leur statut? Un enfant serait orphelin. Un époux serait veuf. Mais les parents d’un enfant restent-ils parents d’un enfant mort? N’ayant plus leur rôle de mère et de père à exercer, Becca et Louis perdent leurs repères existentiels.

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La grand-mère maternelle, qu’incarne avec une sublime délicatesse Pierrette Robitaille, appuiera sa fille dans son cheminement. Lors du tri des vêtements de Danny avec sa fille, elle se révèle poignante de tendresse. Vingt ans auparavant, elle a, elle aussi, perdu son fils dans des circonstances troubles et la relation avec son mari était tumultueuse, ce qui explique sa personnalité en apparence acariâtre. C’est peut-être aussi son moyen de défense, le déni.

Becca rencontrera le conducteur de l’auto qui a heurté son fils avant de pouvoir revivre. André-Luc Tessier joue admirablement l’introversion et la timidité de cet adolescent de secondaire 5, Jason, qui se consacre à la création littéraire. Il admet avec candeur qu’il dépassait la limite de vitesse de 3 km/h (oui, 3) dans cette zone de 50. Son deuil passe par la dédicace de l’histoire qu’il a rédigée pour le fils décédé.

En revanche, Louis demeure actif. Il continue à travailler et fréquente un cercle de discussion. Toutefois, jusqu’à ce que Becca le confronte et que chacun reconnaisse le cheminement de l’autre dans le deuil, il s’éloigne d’elle.

Le Terrier, jusqu’au 19 novembre à la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier.

Texte révisé par : Marie-Eve Brisebois

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