La chronique littéraire : quelques suggestions estivales à ne pas passer sous silence

Parce que l’été n’est pas terminé!

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Par : Johanne Mathieu

La saison estivale a donné lieu à des sorties de livres plus intéressantes les unes que les autres. Notre chronique littéraire de cette semaine vous fait donc part de quelques suggestions à ne pas passer sous silence et on en profite pour souligner la journée spéciale du 12 août, puisque plusieurs de celles-ci concernent des auteurs.es québécois.ses. Peu importe votre style littéraire préféré, vous y trouverez votre compte! 

1. Les cibles, de Chrystine Brouillet (2020), Éditions Druide, Montréal, 376 pages.

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Un cold case, aucune affaire n’est plus frustrante pour un policier, c’est néanmoins à ce genre de cas auquel doit face Maud Graham et toute son équipe. Un meurtre et une disparition sont survenus des années plus tôt. Dans une ville comme Québec, les actes criminels ne sont cependant pas légion, mais aucun suspect n’a été arrêté. Malgré toute ses années d’expérience, l’enquêtrice peine à accepter que ce genre de cas inexpliqués fassent partie du métier. De nouveaux indices donnent cependant un nouveau souffle à cette affaire. Des crimes homophobes et xénophobes sont également commis depuis un certain temps, mais encore une fois, le ou les coupables courent toujours. Difficile d’imaginer, et Graham le constatera encore une fois,  jusqu’où la haine viscérale de certains individus peut les mener.

Avec cette nouvelle enquête, Chrystine Brouillet nous plonge directement dans un sujet brûlant d’actualité encore aujourd’hui : les crimes haineux homophobes et xénophobes. « Pourquoi le meilleur ne l’emporte-t-il pas sur le pire »? Avec toute la détermination qui l’anime, mais aussi son intuition, Maud Graham fera tout en son pouvoir pour mettre la main sur le ou les coupables de ces crimes odieux… jusqu’à l’acharnement. Même si les années ont passé, de nouvelles preuves apparaissent, des liens se forment. Qui sait si cet acharnement ne portera pas fruit? L’enquête nous transporte dans un engrenage de tragédies, dans un feu roulant d’intrigues. Ce roman permet également de nous interroger quant aux répercussions de ce type de crimes sur l’entourage des victimes, qui peut donner lieu parfois à des réactions étonnantes. Une autre enquête magistrale, si bien structurée et haletante signée Chrystine Brouillet. On ne peut que s’en réjouir!

2. La jalousie est un vilain défaut, d’Hugo Léger (2020), Éditions XYZ, Montréal, 264 pages.

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Lorsque le contrat le plus lucratif et le plus juteux de sa carrière de biographe se présente à lui, Philippe saute sur l’occasion. Le journaliste a du métier et écrire est ce qu’il sait le mieux faire. Mais il sait également que toute vérité n’est pas bonne à lire. « La confidence est un terrain hasardeux sur lequel l’être qui s’épanche peut aisément perdre pied »… et le biographe aussi! Alors qu’il tente de raconter l’ascension vers la gloire de la jeune actrice Laurence Stewart, née Laurence Charier, Philippe devrait prendre garde de ne pas s’emmêler dans les fils de la réalité, de séparer le bon grain de l’ivraie…

Hugo Léger relate ici la relation amour-haine entre deux sœurs, Laurence et Chloé Charier, teintée de méchanceté et de sombre jalousie. Mais dans les confidences que recueille le biographe de part et d’autre, qui dit vrai? Alors qu’il souhaite être à la hauteur de ce projet, sa dépendance à l’alcool ne l’aidera pas vraiment à démmêler le vrai du faux et rien ne se déroulera comme prévu pour Philippe. En parallèle, on a aussi droit à la biographie de celui-ci, qui est beaucoup moins reluisante toutefois. Divorcé, dépressif, lâche, fuyant, sa vie est un fiasco et il ne prévoit d’ailleurs pas s’en sortir. Plus qu’une histoire de rivalité malsaine entre deux sœurs, l’auteur nous entraîne dans les méandres des relations familiales et des dérives personnelles. On se surprend d’ailleurs à vouloir en connaître bien davantage sur ce personnage plutôt atypique, « qui s’intéresse à la vie des autres parce que la sienne lui inspire peu d’enthousiasme ». Intriguant.

3. Veux-tu une lime?, d’Anne-Marie Lobbe (2020), Éditions Hurtubise, Montréal, 232 pages.

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Fannie sort maintenant depuis trois mois avec Dominic, alias Monsieur Chewing-gum. Prise parfois entre ses instincts de célibataire endurcie et l’envie d’ouvrir son cœur, la jeune femme apprend tranquillement à avoir un chum. Elle a également développé une amitié profonde avec Louis, un véritable accro à Instagram avec qui elle se découvre des affinités surprenantes. Mais une chose demeure inchangée : son amitié avec Noémie et Beckie, ses précieuses alliées. Elles sont toujours là lorsqu’elle ressent le besoin de se faire rassurer… sur sa vie de couple! Les trois filles sont d’ailleurs plus proches que jamais et montrent qu’avec de bonnes amies, on peut tout affronter!

On retrouve ici Fannie, l’héroïne de Veux-tu une gomme?, qui s’apercevra que la vie de célibataire et la vie de couple sont deux choses bien différentes. L’amour étant plus compliqué qu’elle ne le pensait, elle aura un peu de mal à apprivoiser son nouveau statut de blonde. Heureusement, elle peut compter sur ses deux fidèles amies et leurs conseils! Mais Fannie ne s’abandonne pas complètement à ce nouveau bonheur, tenaillée par son insécurité et ses multiples interrogations. Elle est ainsi incapable de faire taire cette petite voix qui lui dit  que « tout a un début, un milieu et une fin ». Malgré cette belle histoire d’amour, qui devient de plus en plus quétaine, selon elle, elle demeure réaliste. A-t-elle tort? En ce qui concerne son amitié avec Louis, la jeune femme tente en vain de convaincre Noémie et Beckie que l’amitié gars-fille est tout à fait possible! Et pourquoi l’univers s’entête-t-il à mettre des limes sur son chemin, ont-elles quelque chose à lui apprendre? Bref, la vingtaine n’est pas de tout repos!!! À aucun moment, on ne s’ennuie dans ce roman d’Anne-Marie Lobbe. Le personnage s’épanche de manière amusante et humoristique sur ses états d’âme de jeune adulte indépendante, mais amoureuse. Sous le couvert de l’humour, l’auteure propose également une réflexion plus sérieuse sur la peur de vieillir seule. Une lecture d’été comme on les aime : c’est rythmé, vivant et léger à souhait… le tout avec une bonne dose de sarcasme! Très divertissant.

4. Rentrer son ventre et sourire, de Laurence Beaudoin-Masse (2020), Éditions de la Bagnole, Montréal, 272 pages.

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Après avoir connu une enfance difficile et complexée en raison de son poids, Élie a maintenant tout ce qu’elle a toujours souhaité. En plus d’être l’une des influenceuses les plus populaires au pays et d’inspirer des milliers d’abonnées à devenir la meilleure version d’elles-mêmes, elle est également en couple avec le chanteur Samuel Vanasse. Elle ne pouvait rêver mieux! Vraiment? Le doute commence à s’insinuer dans son esprit. Ne s’est-elle pas plutôt perdue en chemin à force de vouloir « faire rentrer son corps dans le moule» et de ne s’en tenir qu’à l’image parfaite qu’elle projette?

Avec Rentrer son ventre et sourire, Laurence Beaudoin-Masse s’est intéressée à tout ce qui se cache derrière l’image. L’image parfaite : quête possible et réalisable ou illusion? Élie se questionnera de plus en plus à ce sujet. En fait, plus le roman avance et plus sa réflexion se développe et se précise, ce qui donnera lieu à quelques rebondissements qui cumulent en une conclusion palpitante! Mais quelle est la meilleure version de nous-mêmes? Celle qui fonctionne à coups de privations de toutes sortes et de clics sur les réseaux sociaux? Et si l’image parfaite était celle qui révélait notre identité profonde, notre authenticité… et notre imperfection? Bien au-delà de la fiction, cette histoire est celle de bien des femmes, jeunes et moins jeunes. La perfection peut bien sûr être inspirante, mais jusqu’à quel point? Ce roman propose un réel questionnement sur la pression énorme faite sur les femmes à être mince, belle et conforme, sur la grossophobie et sur notre capacité ou pas à dévoiler réellement ce que nous sommes réellement sans crainte de jugement. Un sujet jamais abordé vainement. (Jeune ADULTE)

5. Où es-tu?, de Shari Green (traduction d’Andrée Poulin) (2020), Éditions de La courte échelle, Montréal, 276 pages.

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Des incendies menacent la petite ville de Pine Grove et la forêt, qui se trouve près de chez Cara. Après avoir reçu l’ordre d’évacuation, sa famille doit faire vite et tout laisser derrière elle… même Mike, le chien de Cara, qui est resté introuvable au moment de ce départ précipité. C’est le cœur brisé que la jeune fille est forcée de l’abandonner. Mais portée par l’espoir, elle ne peut tout simplement pas s’imaginer ne plus jamais revoir Mike. Une longue quête commence pour Cara, qui se met en tête de remplir une « très noble mission » : sauver son fidèle compagnon. Y parviendra-t-elle?

Voilà un bien joli roman jeunesse, signé de la main de Shari Green et traduit par Andrée Poulin. Dans ce roman, l’auteure nous démontre entre autres que la solidarité et le soutien peuvent aider les gens à passer à travers de bien des épreuves. Des étrangers peuvent ainsi être comme de la famille, des liens forts se créent. La romancière offre également une réflexion intéressante : lorsque l’on risque de perdre son chez soi, ne peut-il pas se trouver ailleurs? Un ailleurs qui pourrait prendre différentes formes… Shari Green aborde également d’autres thèmes dans cette œuvre : l’amour inconditionnel des animaux, les relations parfois difficiles entre sœurs et l’importance de la famille. Une histoire qui nous accroche et nous fait passer par toute une gamme d’émotions, bouleversante de compassion. Une sublime histoire d’amour, d’amitié et de loyauté. Une histoire de grande humanité jusqu’à la toute fin. Un roman qui insuffle l’espoir de ne jamais abandonner ce qui nous tient à cœur et ceux que nous aimons. Une magnifique œuvre à découvrir absolument. (À partir de 9 ans)

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