La chronique littéraire : Mémoire brûlée

Boréal inaugure une nouvelle collection « noire »

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Par : Johanne Mathieu

Boréal lance une nouvelle collection dédiée aux romans policiers : Boréal Noir. La maison d’édition frappe dans le mille avec le premier titre de cette collection : Mémoire brûlée, de Scott Thornley (traduction de l’anglais par Éric Fontaine), une histoire très bien élaborée et sombre à souhait.

Alors que l’inspecteur MacNeice s’est retiré sur la tombe de sa femme pour une trente-huitième fois en autant de mois, son recueillement est interrompu par un appel anonyme : un cadavre a été découvert dans un chalet au bord d’un lac. Sur les lieux du crime, la scène est d’une troublante beauté : la victime est vêtue d’une robe de soirée et est élégamment allongée sur le plancher immaculé, le visage paisible comme si elle était endormie. Suspendue au-dessus d’un tourne-disque, sa main interrompt à intervalles réguliers les notes déchirantes du Trio pour piano et cordes n° 2 de Schubert. Aucune marque de blessure n’est décelée sur son corps, si ce n’est une ecchymose sous le menton que l’inspecteur reconnaît immédiatement, car sa femme portait la même : la marque des violonistes chevronnés. Malgré une mise en scène élégante, le meurtre, lui, est ignoble… et d’une grande ingéniosité. Qui est à l’origine de ce crime? Pour résoudre cette affaire, MacNeice et son équipe devront tout d’abord découvrir la cause mystérieuse du décès.

Il avait besoin de rentrer et de se verser une grappa,
d’écouter de la musique et d’oublier jusqu’au matin
qu’un être encore plus tordu que tous ceux qu’il avait déjà croisés
courait dans la nature.

Boréal et son auteur, Scott Thornley, font paraître le livre Mémoire brûlée sous le signe de la nouveauté : nouvelle collection, nouvelle série policière, nouvel inspecteur. On découvre d’ailleurs que la rigueur de celui-ci n’a d’égal que son penchant pour la grappa et le jazz. On découvre aussi un homme d’une grande sensibilité. Aller se recueillir à chaque mois sur la tombe de sa femme est pour lui source d’apaisement et de réconfort. Le fait qu’elle soit enterrée loin de Dundurn lui permet d’oublier la grisaille de la ville ontarienne et le cri des sirènes. Les souvenirs le tenaillent et il ne peut la laisser partir. Mais voilà que maintenant, l’inspecteur MacNeice a un objectif, et pour lui, « rien ne redonne un sens à la vie que la traque d’un tueur ».

Mais à quel genre de tueur a affaire MacNeice? Sûr de lui et confiant, il est aussi ingénieux et précis… Il a du métier. Et il s’est donné beaucoup de mal pour commettre ce crime. En fait, sa façon de procéder soulève des questions. On a effacé la victime, Lydia Petrescu, « comme on efface un disque dur ». Reste le but du meurtre à découvrir… L’inspecteur se retrouve en terrain inconnu, loin de son champ d’investigation habituel. Au fur et à mesure que l’enquête avance – ou piétine -, les morts s’accumulent et le temps manque. Il pourra cependant compter sur son équipe, qui ne connaîtra pas de relâche à poursuivre l’assassin, mais aussi sur sa faculté à tout observer avec minutie, à scruter les gens, la façon dont ils mentent ou disent la vérité… Un roman sur les vieilles rancunes, la vengeance, sur le passé qui rattrape celui qui le fuit. Une histoire où s’entremêlent politique, microbiologie et horreur. Un suspense mené de main de maître par l’auteur. Vous deviendrez immanquablement adeptes de cette nouvelle série qui a connu un vif succès au Canada et à l’étranger, comptant déjà quatre tomes.

Mémoire brûlée, de Scott Thornley (2021), Éditions Boréal, Collection Boréal Noir, Montréal, 336 pages.

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