La chronique littéraire : Le Gorille et l’Oiseau

La chute et la lutte de Zack McDermott

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Par : Johanne Mathieu

Dans le récit biographique Le Gorille et l’Oiseau, Zack McDermott nous transporte dans l’univers de la bipolarité. Une histoire tragicomique de chute, de lutte et d’espoir de retrouver un jour la normalité, publiée chez Guy Saint-Jean Éditeur.

Avocat de l’aide juridique et aspirant humoristique fervent, Zack McDermott se réveille un matin et sort de chez lui en croyant dur comme fer qu’il est filmé et en audition pour l’épisode pilote d’une télésérie. Allant d’une « scène » à l’autre, il entreprend une course effrénée à travers Manhattan qui durera des heures et qui s’arrêtera sur le quai d’un métro, lorsqu’il est intercepté par deux policiers. Il est alors interné à l’hôpital Bellevue où le diagnostique tombe : il est bipolaire. Il n’en sortira que parce que sa mère, surnommée l’Oiseau, se porte garante pour lui afin qu’il suive les recommandations du médecin à la lettre. De New York jusqu’au Kansas, le cheminement que commence Zack pour revenir dans le monde réel sera long et chaotique, mais l’amour féroce et inébranlable de cette mère au grand cœur sera d’un pour lui d’un soutien inestimable.

Normalement, je n’étais pas le genre de gars à me rendre en ambulance au centre hospitalier Bellevue.
J’étais plutôt le type qui vous représentait si la police vous déclarait émotionnellement perturbé et décidait que vous deviez passer par l’aide psychiatrique avant de voir un juge.

Dans Le Gorille et l’Oiseau, si Zack prend un certain temps à admettre et à comprendre ce qui lui arrive, il devra faire face ensuite à toute l’adversité qu’occasionne sa maladie. Cette adversité se traduira par l’accablement puis par la compréhension de son état, par l’adaptation puis la lente réhabilitation vers une certaine normalité. Témoin de la détérioration de sa propre personne, un dilemme se pose : doit-il simplement accepter une situation qu’il ne peut changer ou a-t-il le courage de changer celles qu’il peut? Les décisions qui s’ensuivront se transformeront en lutte constante afin d’éviter la psychose et que sa lucidité ne lui fasse pas faux bond à tout moment. Il passera à travers la colère, l’irritation, l’embarrassement et le découragement. Malgré cette situation qui lui semble désespérée, la lumière – et qui sait, l’amour – percera la noirceur dans laquelle il est plongé. Et ce qu’il sait par-dessus tout, c’est que l’Oiseau sera toujours là pour lui, quoiqu’il advienne. L’auteur raconte ainsi sa nouvelle réalité, mais aussi son histoire en remontant jusqu’à ses origines familiales, où à la sienne se superpose notamment celle tout aussi difficile de sa mère, mais celle aussi de son oncle Eddie, atteint de schizophrénie. Il aborde les thèmes de la dépression, de la perte de confiance, de la peur d’être exposé au regard d’autrui, de l’absence du père, de l’engagement – envers soi et envers les autres – de l’amitié et de l’amour maternel inconditionnel.

Voilà un livre riche en émotions, attendrissant, avec un côté tragique, mais où l’humour est aussi très présent. À ce sujet, les dialogues entre Zack adolescent et son beau-père Clyde sont entre autres tout à fait hilarants. Il est à noter que cette autobiographie de Zack McDermott est actuellement en adaptation par HBO pour une mini-série réalisée par Jean-Marc Vallée et qui mettra en vedette Channing Tatum. À découvrir.

Le Gorille et l’Oiseau, de Zack McDermott (2021), Guy Saint-Jean Éditeur. Montréal, 438 pages.

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