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La chronique littéraire : De chrome et de sang

Il pleut des cadavres

© renaud-bray.com

Par : Johanne Mathieu

Amateurs de romans policiers, la collection Boréal Noir vient de faire paraître en français une deuxième enquête mettant en vedette l’inspecteur MacNeice. De chrome et de sang, de Scott Thornley, renferme une intrigue corsée dans laquelle on retrouve beaucoup, beaucoup d’action! 

La Ville de Dundurn se lance dans un gigantesque projet de restauration du port. Cette ville n’a pas connu de projet d’une telle envergure depuis des décennies. Mais voilà que celui-ci est menacé, puisque plusieurs corps ont été retrouvés au fond du lac Ontario. Le maire implore l’inspecteur-chef MacNeice de lui venir en aide. Parallèlement à cette affaire, une guerre entre deux bandes de motards fait sept morts dans une ferme située à Cayuga, à l’extérieur de la ville. Et comme si ce n’était pas assez, un meurtrier à moto s’attaque à des victimes au profil particulier : des femmes racisées qui connaissent une brillante carrière. Les ressources de la police sont mises à rude épreuve. Aux prises avec un manque flagrant d’effectifs, MacNeice réintègrera Fiza Aziz dans son unité pour l’épauler. La jeune détective musulmane, que la dernière enquête avait écœurée du métier, est prête à tout pour coincer le meurtrier et ne reculera devant rien, quitte à servir d’appât. Mais à quel prix? Quoiqu’il en soit, il pleut des cadavres sur Dundurn…

Dundurn est notre Bronx, notre Brooklyn. Elle n’a jamais été une ville paisible et innocente.

© wcaltd.com

Avec ce deuxième tome, toujours traduit de l’anglais par Éric Fontaine, Scott Thornley fait grimper de quelques crans encore l’intensité de cette série. La police de Dundurn, avec MacNeice en tête, devra mener plusieurs affaires de front, dont certaines seront plus secondaires, alors que d’autres se céderont l’avant-plan à tour de rôle. Ces enquêtes sont des histoires de guerre. Il y a cette guerre entre motards à laquelle se mêle une autre entre cimenteries et se déroule dans une violence pure : meurtres, poursuite, explosions, fusillades. Et puis il y a cette croisade qu’a entrepris ce mystérieux chevalier vengeur, qui souhaite rétablir l’ordre dans le chaos. Il traque ses victimes, connaît tout de leurs habitudes et la vitesse à laquelle il opère est effarante. La violence dont il fait preuve est tout aussi pure et sans pitié, mais on entre également dans la psyché du personnage et son fonctionnement, la vision de sa mission. L’inspecteur-chef et toute son équipe seront poussés dans leurs derniers retranchements, car le danger se trouve partout! L’auteur canadien nous offre un véritable cocktail explosif, avec pour toile de fond la corruption, le terrorisme et le supprémacisme blanc. En fait, c’est comme si nous nous retrouvions littéralement plongés dans un film d’action, tellement les scènes y sont bien décrites, très détaillées et rythmées.

Quant aux personnages, on retrouve un inspecteur MacNeice au sommet de son art et de son intuition, qui prendra, lui aussi, d’énormes risques pour résoudre des affaires qui prennent de l’ampleur et deviennent des énigmes beaucoup plus vastes qu’à l’origine. À l’univers violent et ancré dans un réel horrifiant en raison de son métier, se superpose un univers bien personnel, sensible et poétique, constitué de musique jazz et classique, d’amour pour les oiseaux et, bien sûr, de grappa. On peut également constater que l’enquêteur a toujours maille à partir avec ses souvenirs du passé. D’autre part, de nouveaux collaborateurs seront introduits dans cette intrigue : l’anthropologue médicale Sheilagh Thomas et l’analyste Ryan, aux méthodes peu orthodoxes mais très efficaces. MacNeice et son équipe recevront par ailleurs l’aide d’un allié inattendu dans l’une des enquêtes, qui agira en quelque sorte comme un ange-gardien.

L’auteur nous propose un roman absolument haletant et électrisant. Scott Thornley, savant maître du suspense? Tout à fait!

Pour relire notre critique sur le premier tome, Mémoire brûlée, c’est ici.

De chrome et de sang, de Scott Thornley (2021), Éditions Boréal, Collection Boréal Noir, Montréal, 528 pages.

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