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La 3e Symphonie de Mahler par l’Orchestre de l’Agora : profondeur, quand tu nous tiens. 

Critique du concert-bénéfice du Gala de la Terre pour les enfants avec Marie-Nicole Lemieux

Crédit photo : Nadia Zheng

Par : Annie Dubé

Le 22 juin avait lieu le Gala de la Terre pour les enfants, un concert-bénéfice présenté à la Maison symphonique, mettant en scène un cosmos de musique. Mené par le chef d’orchestre et directeur artistique de l’Orchestre de l’Agora, Nicolas Ellis, un impressionnant collectif de musiciens classiques de tous les horizons s’est formé, le temps d’une soirée, accompagné par la voix bouleversante de la contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux (avec, en plus, l’Ensemble Gaïa, ainsi que trois chœurs d’enfants venus sonner les cloches de la joie). Tous ensemble, ils ont réussi haut la main à faire vibrer la 3e Symphonie de Gustav Mahler, qui a résonné dans la salle comme un Big Bang musical aux nuances infinies.

Comment un compositeur peut-il s’appeler Mahler et pourtant semer autant de bonheur?

Crédit photo : Geneviève Lesieur

C’est dans le but de récolter des fonds pour trois organismes, qui viennent en aide à la cause environnementale et celle des enfants, qu’a eu lieu ce moment inimitable pour le public, chanceux de se réunir sous de telles conditions gagnantes d’une musique étoilée.

Mahler à son meilleur

L’œuvre, d’une durée d’environ 1 h 40, s’étendait de toute sa profondeur, comme un voyage hypnotique, en soi et à travers ce lieu presque sacré pour la musique classique de haut niveau. Dire que ce fut intense serait réducteur, il s’agissait là d’un véritable moment de communion avec l’univers musical de Mahler, et qui semblait rassembler tout ce qui fait de l’humanité une expérience troublante et magnifique.

Malgré quelques problèmes techniques lors des discours d’ouverture, le concert s’est déroulé sans décevoir, bien au contraire. On avait l’impression que tous les spectacles manqués durant la pandémie étaient soudainement de retour, condensés, puissance 10, dans une sublime interprétation de cet impressionnant regroupement d’âmes créatives. Nous en avions de la chance! D’entendre chaque note, de voir chaque archet danser au rythme du son, chaque cymbale résonner au fond de notre thorax toute la beauté de ce chef-d’œuvre magistral. Magistral, comme dans magie.

Page Facebook de l’Orchestre de l’Agora/Ludovic Rolland Marcotte

De tout pour faire un monde

S’il y a un seul bémol, ce n’est pas de la part de ces artistes, sublimes et attentifs à l’ensemble, mais bien le rappel que l’erreur est souvent humaine plutôt que causée par la machine : un cellulaire qui se met à sonner entre deux mouvements, glaçant le sang de ceux qui savent l’immense manque de respect pour les artistes et le reste du public. Ce son de gomme à mâcher qu’une dame tente subtilement de sortir du paquet en plastique, sans jamais réussir, comme un instrument parasite qui tente de s’infiltrer dans nos oreilles dérangées. Ou alors, cette famille, qui se croit au ciné-parc et qui commente sans aucune conscience des autres autour, sans la considération que nécessite un minimum de bienséance. Ce boys club de donateurs, qui arrive en retard, bruyamment, et repart après à peine une heure, en dérangeant tout le monde comme des crétins. Oui, il reste de l’éducation à faire en ce sens, ou peut-être certains ont-ils oublié qu’ils vivent parmi le monde, en société, après l’isolement des confinements à la chaîne?

Se réveiller d’un long rêve

Mais en ressortant de ce concert, ce n’était pas à ces sources frustrantes que j’avais envie de penser, mais bien à la grande beauté à laquelle nous venions d’assister, privilégiés de notre présence.

Tout ceci était pour de bonnes causes, et disons-le, l’espace artistique lui-même a su reprendre un grand souffle d’existence, en jouant ce soir-là une symphonie grandiose.

À tous les artistes, ils semblaient être des centaines au total, on se doit de dire merci, et désolée que nous vivions dans un monde imparfait qui, heureusement, est enjolivé par votre douance. Comme le disait lui-même Mahler : « Une symphonie doit être comme le monde. Elle doit contenir tout. » C’est le cas.

Bravo!

Crédit photo de couverture : Page Facebook de l’Orchestre de l’Agora/Ludovic Rolland Marcotte

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Texte révisé par : Johanne Mathieu

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