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Idiot doué

Mouvements bruts encadrés de musique furieuse

IDIOT_52 @ credit_Claudia Chan Tak© Claudia Chan Tak

Par : Sébastien Bouthillier

Des bouchons pour les oreilles sont remis au public. Le cran supplémentaire serait d’inviter les 150 convives de cette petite salle intime à joindre les artistes pour danser sur scène avec eux.

« And those who were seen dancing were thought to be insane by those who could not hear the music. » On attribue à Nietzsche la citation à l’effet que ceux qui voient les danseurs sans entendre la musique les prennent pour fous. Or, ils peuvent très bien être réellement fous furieux même si on entend la musique…

Durant une heure, la Chapelle devient une zone d’ombres d’un rêve où la chorégraphe Helen Simard invite le public à s’abandonner aux interprètes. La scène revêt les allures d’un espace de vulnérabilité exacerbée malgré la profondeur du rêve dont l’imbibent les quatre danseurs et les trois musiciens.

Idiot constitue le deuxième segment d’une trilogie qu’Iggy Pop inspire à Helen Simard. Son œuvre reflétant l’absurdité de l’être humain, elle invite le spectateur à laisser sa logique au vestiaire quand il vient assister au spectacle. Le portrait de l’homme qu’elle présente s’avère une description juste de qui il est, tantôt beau mais défaillant, tantôt spirituel mais agressif.

Les interprètes contribuent à la mise en scène, leur engagement dans le moment présent entremêle improvisation et collaboration. Les visions artistiques conjuguent celles des danseurs Stacey Désilier, Stéphanie Fromentin, Sébastien Provencher et Emmalie Ruest à celles des musiciens Jackie Galant, Roger White et Ted Yates, la chorégraphe leur accordant une large place.

Son, texte et mouvement servent de matériaux purs, mais bruts. En rupture avec l’harmonie ambiante, Idiot prédispose à une mise en relief des différences par la dérision, la provocation et le détournement de sens, comme si le temps des concessions était révolu. L’idiotie dénote ici moins une absence de maladresse qu’une action spontanée, irréfléchie.

Rocker parmi les plus influents, Iggy Pop a inspiré Helen Simard pour ce spectacle. Lancé en 1977 lors d’un long séjour en Europe, son album solo The Idiot n’a pas immédiatement connu le succès qu’il méritait. La chorégraphe est ainsi redevable au précurseur du mouvement punk pour le titre de son spectacle.

Idiot, à la Chapelle jusqu’au 3 mars.

Crédit photo : Claudia Chan Tak

Texte révisé par : Annie Simard

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