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Fred Pellerin à l’OSM: La poste du paradis

Les écrits s’envolent mais les paroles restent

Crédit photo: Gabriel Talbot

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C’est à la Maison Symphonique de Montréal, mercredi dernier, que se sont réunis, sur la même scène, le Chef d’orchestre émérite, Kent Nagano et le célèbre conteur des temps moderne qui nous plonge dans le passé avec aisance, Fred Pellerin. Une soirée remarquable sous la  mise en scène de René Richard Cyr. Ajoutons à cette distribution la présence de Todd Cope, clarinettiste solo de l’OSM, pour une interprétation du Concerto pour clarinette de Mozart.

Crédit photo: Gabriel Talbot

Une réunion attendue où la magie se situe au sein même des lieux. L’alliance des mots du conteur et la musique du Maestro que l’on ne peut désunir. Une union qui fait partie d’un récit et qui ajoute à celui-ci une profondeur désarmante. À quelques jours des festivités du Temps des Fêtes, se retrouver dans l’enceinte symphonique, nous a permis de vivre, à nouveau, le fantastique, l’émerveillement et le charme des personnages de St-Élie de Caxton dans l’imaginaire (ou le réel, on ne le saura vraiment jamais) de Fred Pellerin et nous apporte la beauté du surréalisme.

Rappelons qu’il ne s’agit pas de la première fois où ces deux grandioses marient leur art respectif  en se joignant pour nous offrir du sublime tant pour nos oreilles que pour nos cœurs et nos âmes. La tuque en mousse (2011), Le bossu symphonique (2013), Il est né le divin enfin! (2015) et Les jours de la semelle (2018). Dix ans nous séparent de leur première collaboration. Pour entrer en la matière, Fred s’est permis d’ajouter, à la blague, en parlant du départ du Maestro: Tous le monde disait: Yé parti! Je me disais: Il va ben revenir pour Noël! Soulignant aussi, à la toute fin de la soirée, que dix ans, auparavant, Kent Nagano lui avait remis les clés de la maison symphonique. En guise de remerciement, c’était maintenant à son tour de remettre les clés de sa demeure: son chalet. (Jamais barré au dire du proprio).

Crédit photo: Gabriel Talbot

Alice Lavergne, alias Aliche pour les intimes, est le personnage sur qui repose le thème de la soirée. L’arrivée du bureau de poste avec déjà une madame dedans. C’est ainsi qu’elle est apparu dans le village avec son rire de tourterelle pour y laisser sa marque. Rendant tous et chacun heureux de recevoir une lettre. Tous sauf une personne. Le cœur d’Alice sera ainsi mis à rude preuve pour déjouer la vie et la mort. Remettre du bonheur en passant du bureau de poste vers le bureau de posthume.

La mort sera ainsi traitée avec de la subtilité, de la finesse et enjolivée. Celle que l’on peut lire entre les lignes d’une lettre déposée dans un courrier attendu, voire inespéré. Les personnages du village de St-Élie de Caxton prennent vie, une soirée, pour se confesser de certains remords. Des prises de consciences avant que la mort ne les guettent. Toussaint Brodeur en dette envers son beau-frère, Belle Lurette pleurant (en se liquéfiant) la disparition ou le non retour de son homme, Méo, le coiffeur qui a hérité d’un coffre trop garni pour un simple barbier, Mme Gélinas, mère de 473 enfants rongée par la perte de son unique fille. Des paroissiens qui tiennent à faire la morale au nouveau prête pas encore tout à fait sec tellement il est flambant neuf, Élie Sylvestre Sirois.

Un conte qui nous fait voyager au fin fond de nos cœurs d’enfants pour y révéler une beauté profonde et  incommensurable.

Crédit photo: Gabriel Talbot

Un choix de compositions qui accompagnent à la perfection la magie du conte. Des musiques qui intensifient la profondeur des textes et de la narration. Nocturnes de Claude Debussy, Symphonie de Sergueï Prokofiev, Mystère de l’instant de Henri Dutilleux, Concerto de clarinette en la majeur de Wolfgang Amadeus Mozart, Danses populaires roumaines de Béla Bartok, Cantus in memoriam Benjamin Britten de Arvo Pärt ainsi que Réjouissances, suite pour orchestre sur des airs traditionnels québécois de Gilles Bellemare pour conclure sur une lancée du temps des fêtes.

Le thème du deuil est, ici, habilement souligné pour faire naître l’espoir tout en finesse et avec émotion.  La narration des paroles de la chanson Je redeviens le vent est venu chatouiller nos âmes. Et la finale avec la chanson L’hymne avec, au-dessus de la scène, une sphère et, en son centre, un vol d’oiseaux, sont venus mettre une finale tout en profondeur.

Paraît qu’il y a une vie après la poste…

Horaire de diffusion:

À la radio: 26 décembre à 10h sur ICI MUSIQUE

À la télévision: 26 décembre à 20h sur ICI TÉLÉ ainsi que le 27 décembre à 20h sur ICI ARTV

Le concert sera également en rattrapage télé sur ICI TOU.TV et sur Radio-Canada OHdio

Crédit photo: Gabriel Talbot

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