FFM : Embrasse-moi comme tu m’aimes

Une première mondiale remarquée et réussie

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©Martial Genest/MatTv.ca

Par : Marie-Claude Lessard

Alors que le Festival des Films du Monde de Montréal nage en pleine tourmente pour son quarantième anniversaire (des démissions d’employés en masse, le retrait du Cineplex Forum qui restreint le nombre de projections…), la première mondiale d’Embrasse-moi comme tu m’aimes d’André Forcier en ouverture jeudi soir dernier a apporté un délicieux moment d’accalmie et d’espoir pour les organisateurs. Hôte de cette soirée fort attendue, le Cinéma Impérial sera le seul établissement dans lequel les festivaliers pourront visionner les films en compétition. Cette nouvelle réalité a forcé un changement dans l’horaire de la programmation… qui a été dévoilé publiquement quelques heures avant la première. Les cinéphiles n’ont pas semblé trop dérangé par cette modification, trop occupés à accueillir généreusement les artisans sur le tapis rouge extérieur. Doté d’une distribution impressionnante alliant jeunes comédiens de la relève comme Émile Schneider et Juliette Gosselin, et de grands noms comme Roy Dupuis, Réal Bossé et France Castel, Embrasses-moi comme tu m’aimes s’est avéré le meilleur choix pour amorcer avec bonheur et tendresse un festival qui en a bien besoin. Entre les séances de dédicaces et de photos, j’ai pu accoster quelques têtes d’affiche du film afin d’en apprendre davantage sur les coulisses de cette production ambitieuse et audacieuse.

L’enfant terrible du cinéma

Comme la bande-annonce du film qualifie André Forcier d’enfant terrible du cinéma, j’en ai profité pour demander à quelques acteurs si le réalisateur de Coteau Rouge est plutôt enfant ou terrible sur un plateau.

Réal Bossé : « Il est terriblement enfant! Il est tannant. C’est quelqu’un qui aime son métier, qui aime jouer et déranger entre les scènes, c’est parfait! Après les scènes, il dit souvent que c’est très bien, mais qu’il faudrait arrêter de faire semblant et jouer pour vrai. J’adore ça! »

Mylène Mackay :  « Je ne l’ai connu ni enfant ni terrible. Je ne sais pas si j’ai été dans ses bonnes journées! J’ai eu vent qu’il peut être terrible, mais, avec moi, ça s’est vraiment bien passé. »

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France Castel : « Les deux, et ça marche très bien! Pour moi, il est un maître. »

Catherine De Léan :  « Exactement les deux! C’est un tyran avec un gros caractère. Il est fou et démesuré. En même temps, il est très drôle. André a beaucoup de plaisir sur le plateau. Il est très doux et tendre avec ses acteurs. »

Les limites de l’amour

L’histoire d’Embrasse-moi comme tu m’aimes se déroule en 1940. Pierre Sauvageau (Émile Schneider) souhaite s’enrôler dans l’armée, mais il doit s’occuper de sa sœur jumelle infirme, la manipulatrice Berthe (Juliette Gosselin). Les deux êtres développent une relation qui flirte dangereusement avec la séduction amoureuse. Pierre tente de fuir cette situation lorsqu’il tombe sous le charme de la belle Marguerite (Mylène Mackay), mais Berthe continue de hanter toutes ses pensées. Ce synopsis, qui laisse présager une oeuvre abordant l’inceste, m’a poussée à savoir si les artistes pensent que l’amour possède des limites.

Roy Dupuis : « L’amour a des limites comme chaque être humain. L’humain porte l’amour, donc chaque être humain porte ses propres limites, autant dans l’amour que dans la haine. »

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Benoit Brière : « C’est très délicat comme sujet. Je crois qu’il y a des conditions où il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. D’un point de vue moral et social, il y certainement des limites. De manière générale, plus il va y avoir des limites à l’amour, plus ça va mieux aller, et Dieu sait que le monde a actuellement besoin d’un gros paquet de limites! »

Émile Schneider : « Oui, le film aborde le thème de l’inceste, mais on est plutôt dans un univers parallèle, une fantasmagorie où les fantasmes, la réalité et les rêves se côtoient, et en amour, c’est comme cela aussi. Ce film a transformé ma perception sur la possibilité, encore aujourd’hui en 2016, d’amener la poésie au cinéma avec un scénario qui a de la substance. »

Juliette Gosselin : « On ne choisit pas qui on est et qui on aime. Dès la première lecture que j’ai faite du film, je me suis dit que c’était une histoire d’amour impossible. Le contexte du film fait en sorte que mon personnage ne peut être amoureuse que de son frère. C’est le seul homme qu’elle connaît. C’est très touchant, car l’amour et la sexualité des gens infirmes ne sont pas des sujets qu’on aborde très souvent. Pourtant, ils ont les mêmes désirs et fantasmes que tout le monde. »

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Le film, à l’affiche partout au Québec dès le 16 septembre, prend un malin plaisir d’embrasser des tabous de société avec une poésie crue et enveloppante filmée dans une totale liberté et jouée de manière colorée. Une critique complète du film sera publiée sous peu.

Crédit photo : Martial Genest/MatTv.ca

Texte révisé par : Annie Simard

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