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Êtres/Lieux par Enrique Ramirez à la Galerie de L’UQAM

Réalisme Poétique

Enrique Ramírez, Los Durmientes (image tirée de la vidéo), 2014, vidéo triptyque, couleur, son, 15 min. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galerie Michel Rein, Paris/Bruxelles. © Adagp, Paris, 2021

Par : Justine Millaire

Le 4 novembre a eu lieu le vernissage d’Êtres/Lieux, première exposition individuelle en sol canadien de l’artiste chilien Enrique Ramirez. Réalisée à la Galerie de l’UQAM, sous le commissariat de Marta Gili et Louise Déry et en collaboration avec l’École Supérieure de Photographie d’Arles, cette exposition propose une exploration poétique de plusieurs enjeux actuels et passés.

Ce qui ressort de cette exposition est l’immense polyvalence de l’artiste. Entre montages photos, installations vidéos, sculptures, poésies et multimédias, le visiteur évolue dans un univers riche et d’une profonde sensibilité. Dans Êtres/Lieux, les œuvres sont toutes influencées par les injustices du monde (Colonialisme, dictatures, crise des migrants, etc.), ce qui leur donne un aspect presque documentaire.

Enrique Ramírez, Incoming (image tirée de la vidéo), 2017, vidéo, couleur, son, 17 min. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galerie Michel Rein, Paris/Bruxelles. © Adagp, Paris, 2021

Dans l’œuvre Los Marinos (Les Marins), Ramirez propose une œuvre hybride, un encadrement de verre gravé entourant une vidéo d’hommes en combinaison de sauvetage flottant sur la mer, chacun tenant une voile de voilier. Un poème en espagnol est gravé sur le verre, traduit en français plus loin :

« D’eau. Les hommes flottants. Ils pensaient que le vent les emporterait, il n’a jamais soufflé, ils ne sont jamais partis. Le vent n’est jamais venu… et la mer… la mer les a abandonnés. ».

L’œuvre, pourtant petite, nous absorbe, nous invite à nous rapprocher pour y observer ces corps à la dérive.

L’eau est omniprésente dans les œuvres d’Enrique Ramirez. Tantôt lieu de destruction (celle des victimes de la dictature de Pinochet, celle des migrants morts de leur traversée), lieu de deuil et source de vie dont certains sont privés, l’eau et la mer sont toujours des forces implacables.

Enrique Ramírez, Un homme sans image… (image tirée de la vidéo), 2020, vidéo, couleur, son, 9 min. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galerie Michel Rein, Paris/Bruxelles. © Adagp, Paris, 2021

La mémoire est également un thème important dans cette exposition. La vidéo triptyque Los Durmientes (Les dormants) représente bien cet état d’esprit. On peut y voir la mer déchainée d’un côté, des croix flottant à la surface de l’autre, et au centre un homme marchant sur la plage allant à la rencontre d’un autre pour le serrer dans ses bras au milieu des vagues. Cette œuvre évoque un événement traumatique de l’histoire chilienne, où les victimes de la dictature de Pinochet étaient ligotées à des traverses de chemin de fer avant d’être jetées en pleine mer du haut des airs (en espagnol, Los Durmientes se traduit à la fois par « les dormant·e·s » et « les traverses de chemin de fer »).

Enrique Ramírez, Los durmientes, 2014, vidéo triptyque, couleur, son, 15 min. Vue de l’exposition Los durmientes, 2014, Palais de Tokyo, Paris. Photo : Aurélien Mole. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galerie Michel Rein, Paris/Bruxelles. © Adagp, Paris, 2021

La mer devient ici un lieu de mémoire, le seul où les familles peuvent pleurer leurs disparus. Après l’horreur, on cherche la paix, mais également à se souvenir de ces événements sans les invoquer de nouveau. Lorsque le.a visiteur.euse se tient devant ce triptyque, son regard est entièrement absorbé, captivé par cet homme face à cette mer infinie et ces croix usées toujours en mouvement.

Les commissaires décrivent l’œuvre de Ramirez ainsi :

« Devant ses œuvres, nous regardons dans l’instabilité des vagues et entendons dans le bruissement du vent des êtres qui nous paraissent de nulle part, au péril d’une disparition qui les laisserait sans image, sans visage. Pourtant, l’artiste s’emploie à faire briller, selon ses propres mots, « des millions d’étoiles au fond de la mer ». Il transforme le risque du naufrage et de la perte en une image d’espoir et un lieu d’humanité. »

Ramirez parvient à parler des gens les plus vulnérable en leur laissant une dignité indéniable.

Enrique Ramírez, La gravedad (image tirée de la vidéo), 2015, vidéo, couleur, son, 11 min 26 s. Avec l’aimable permission de l’artiste et de la Galerie Michel Rein, Paris/Bruxelles. © Adagp, Paris, 2021

 

Êtres/Lieux sera à la Galerie de l’UQAM du 5 novembre au 18 décembre 2021. Un catalogue (en français, anglais et espagnol) de l’exposition sera coédité par la Galerie de l’UQAM et l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles.

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