21e Gala Les Olivier

L’effet Mike Ward

© François Daoust/MatTv.ca

Par Marie Eve Archambault

Il faut se le dire, Mike Ward a volé la vedette lors de la 21e édition du Gala Les Olivier présentée à Radio Canada. Hier soir, l’humoriste a raflé 4 trophées sur dont deux des plus prestigieux soit: Le spectacle d’humour de l’année pour Noir et l’humoriste de l’année. Bien qu’on se doutait que la saga entourant Mike Ward et Jérémy Gabriel allait faire surface lors de cette soirée, le message qui en est ressorti a été celui de la liberté d’expression.

J’ai orienté ma question en ce sens à Sylvain Parent-Bédard, producteur de l’émission Roast Battle, qui met de l’avant la liberté d’expression de ses artistes, et où Mike Ward a été le juge pour la première saison :

Vous avez parlé que Roast Battle, c’est aussi une émission où il est question de liberté d’expression. Avec la saga de Mike Ward, j’imagine qu’on défend plus que jamais sur la liberté d’expression. J’aimerais vous entendre davantage là-dessus.

Sylvain Parent-Bédard : Il y a de nombreux pays où il n’y a pas d’humour ni d’humoristes. Ils n’ont pas la chance de monter sur scène et de critiquer qu’est-ce qui se passe dans la société. Je pense que c’est quelque chose de vraiment important et pour une émission comme Roast Battle, que anime de main de maître Alexandre Barrette, on pousse un peu les limites. Moi, je trouve cela vraiment important que les humoristes puissent s’exprimer sur scène de la façon dont ils le souhaitent. Bien sûr, avec une responsabilité sociale. Quand tu as le micro entre les mains, quand tu as une chance comme cela, tu as une responsabilité sociale. C’est important de défendre cette liberté-là.

Alexandre Barrette : Je ne pourrais pas mieux dire.

Bien que plusieurs tentaient ne pas s’aventurer sur le sujet en salle de presse, les animateurs du gala, Philippe Laprise et Pierre Hébert, qui ont géré la soirée à la perfection, m’ont confié ce qu’ils en pensaient que leur confrère ait pris la parole sur la situation dans laquelle il se bat depuis plusieurs années.

Philippe Laprise : L’effet Mike était extraordinaire à soir. Le fait qu’il prenne la parole ce soir et qu’il dise enfin ce qui est en train de se passer, y’a peut-être des gens à la maison qui vont dire, ok, je n’ai peut-être pas compris une affaire. C’était écoeurant. On a participé au 21e gala des Olivier, un gala qui risque de passer probablement à l’histoire des 20 dernières années.

Pierre Hébert : Ce qui est important c’est que tu puisses dire ce que tu as envie de dire parce que tu as le droit. Si Mike a envie de dénoncer, et bien il doit avoir cette tribune-là

Philippe Laprise : Il faut que tu voies l’envers de la médaille et que tu comprennes la différence. Ce n’est pas seulement l’histoire de deux gars qui se chicanent. En arrière de ça, il y a quelque chose de plus profond que cela. C’est ça peut-être que les gens ont de la difficulté à voir. Mike m’a ému ce soir. J’ai été ému par lui. Je me suis même dit : « Oh my god, le gala devrait finir de même. » On n’aurait pas dû monter sur scène et faire notre mot de fin. En plus, je me suis même trompé dans mon texte! Ce n’est pas mon genre.

Comme il l’avait mentionné sur les réseaux sociaux, Mike Ward a refusé toute entrevue afin de s’assurer que son message ne soit pas modifié ou couper au montage. Pour ceux et celles qui n’auraient pas eu la chance d’entendre le discours qui s’est mérité pour la première fois un standing ovation, le voici ci-dessous.

Les gagnants de la soirée

En 35 ans, on n’a jamais eu une telle offre humoristique, ce qui rend riche l’humour au Québec. Il y en a pour tous les goûts et hier, on a senti dans la sélection des gagnants, une diversité rafraîchissante. Certes, on sentait venir la victoire de certains, mais d’autres ont créé la surprise. Je me suis entretenue avec certains d’entre eux. 

Julien Lacroix (capsule ou sketch web humoristique de l’année)

MatTv : Comment perçois-tu ton succès qui est fulgurant à travers les années?

On dirait que je n’y crois pas. Tantôt, j’étais sur scène, pour vrai, je tremblais. Je suis encore impressionné avec qui ou contre qui je suis en nomination et qui sont des gens avec qui j’ai fait des capsules et des gens avec qui je travaille. On dirait que je suis encore un gamin qui est impressionné par tout le monde. Je suis content. Tu sais, l’humoriste de l’année, je suis en nomination contre des idoles de jeunesse et des amis que j’idolâtre. Je suis vraiment content.

MatTv : On parlait de multi-plateformes, penses-tu qu’il faut cela maintenant pour percer?

Si tu le fais pour les bonnes raisons, oui. Moi, je le fais parce que j’ai du fun à faire du web et à monter et réaliser mes capsules. J’ai du fun à écrire du cinéma, à faire de la télé et faire de la scène. Simon Leblanc et Simon Gouache ne font que de la scène et ils réussissent très bien. À partir de là, fais ce que tu aimes, et mets ton énergie à la bonne place. Ça ne sert à rien de vouloir tirer partout pour vouloir tirer partout.

MatTv : Et si tu avais à résumer ton année, tu le ferais comment?

Ce serait un film, un one-man show, deux séries et un gala juste pour rire et proche d’être épuisé, mais là ça va! (rires)

Pierre Hébert (PH) et Philippe Laprise (PL) (animateurs de la soirée)

MatTv: C’était votre deuxième animation pour le gala des Olivier. Est-ce plus difficile de se renouveler ou au contraire, c’est plus facile de travailler?

Pierre Hébert: C’est plus facile de travailler sur le deuxième gala parce qu’il y a moins de pression. On sait encore plus qu’est-ce que ça demande au travail.

Philippe Laprise : L’année passée, on s’est fait parachuter dans le 20e où nous avions des contraintes de parler d’humour en général. Cette année, avec le VTR, on s’est payé un time. Wow! On a de l’argent. On a un time. On n’a jamais fait.

PH : On avait envie de faire cela.

PL : C’est ça. C’était absurde de voir deux gars qui se battent tout l’automne pour un trophée quand on sait très bien qu’on en a deux chacun.

PH : C’est tellement la différence d’animer à deux. On ne le ferait pas seul. À deux, on diminue le stress et on double le plaisir. C’est niaiseux, mais à chaque fois, Phil et moi on jase en coulisse, j’arrive en équipe. Je n’ai pas l’impression d’être tout seul dans ce gala-là.

PL : Le seul désavantage c’est qu’on split le cachet à deux.

PH : Phil c’est la personne qui travaille le plus différemment de moi, mais avec qui je travaille le mieux.

PL : On a un grand respect envers l’autre. Dans une équipe, il faut se dire les choses comme il faut. On est très bon pour être doux l’un envers l’autre.

PH :On est au service du gala.

François Bellefeuille (Numéro d’humour de l’année)

MatTv : On le sait que tu as fait carrière comme vétérinaire, mais d’où est venu l’idée du numéro de l’ex-vétérinaire. Peux-tu nous en parler?

Je travaille avec Olivier Thivierge depuis le début. Il savait que je ne voulais pas parlé de ça que j’étais un vétérinaire avant. Cette idée de ce numéro-là vient que j’étais en nomination pour meilleur vendeur, c’est la fois où j’ai mis mon Olivier aux enchères, et Guzzo l’avait acheté. On l’avait donné au CALACS. C’était tout de suite après le scandale de Rozon. J’avais el goût de dire pendant mes remerciements: Merci de me donner un trophée. Je ne l’ai pas eu facile parce que j’ai déjà été vétérinaire et j’ai déjà eu à m’asturber un cheval. On avait tellement trouvé drôle les gags qui ont sorti de cette idée-là parce que que c’est une histoire vraie, je suis le seul humoriste au Québec qui peut parler de ça. Je n’aurais jamais inventé ça. Le fait que ce me soit arrivé pour vrai, j’ai trouvé ça le fun. Je finis le Netflix avec cela parce que tu ne peux rien faire après un numéro de même. Quand tu expliques que tu as fait ça, tu ne peux pas parler de tes enfants ou d’autres choses après (rires). Je suis fier de nous autres parce qu’on a écrit ce numéro-là en trois semaines. C’est souvent sous pression qu’on sort le meilleur de nous autres.

MatTv : Ça aide beaucoup que tu sois le seul. Ça permet des sujets inédits.

FB : Oui, mais je ne voulais pas être vu comme le vétérinaire drôle. Là, puisque je suis assez établi, je trouve cela correct de parler de ça maintenant. Y’a aussi qu’avant. mon personnage était tellement typé que je ne me voyais pas parler de ça. C’était impossible qu’il ait déjà étudié la médecine vétérinaire, mais maintenant avec tout ce que j’ai fait, les gens comprennent la convention. Le personnage c’est rapproché de moi. Je parle de mes enfants, de ma blonde… Maintenant, j’ai commencé à le faire en anglais et ça fonctionne très bien! Il va peut-être faire le tour du monde ce numéro-là! Qui sait!

Sam Breton (Découverte de l’année)

MatTv : Tu as entre les mains l’Olivier de la Découverte de l’année. Comment perçois-tu ton succès?

C’est une belle marque de confiance de l’industrie. On n’a pas besoin nécessairement de ça pour faire sa place, mais c’est le fun. C’est comme quand tes beaux-parents t’apprécient. Là, à Noël, tu as un cadeau qui vaut 200$, au lieu d’une carte-cadeau de 25$, tu dis: Je savais que vous m’aimiez, mais ça vient officialiser la chose. Tu te sens un peu plus apprécié.

MatTv : Comment décrierais-tu ton année 2019?

Je réponds à ta question. Je n’ai pas de mots. Tout va si vite. Le 31 décembre s’en vient, tu te revires de bord et tu te dis: Iiiii, il s’est passé tout cela dans l’année. Je ne pensais jamais parce que tout va vite. Chaque jour, tu n’as pas de routine. Tu es travailleur autonome. Chaque jour est une nouvelle histoire. Un moment donné, tu t’arrêtes, est tu réalises qui s’est passé tant d’affaires. C’est de loin la meilleure année humoristiquement parlant. Que ce soit à cause de mes chroniques à Salut Bonjour!, mes shows ou la vente de billets qui a monté considérablement.

Lise Dion (Meilleur vendeur)

MatTV : Comment percevez-vous votre succès?

Je pense que c’est la proximité avec les gens. Je n’ai jamais changé. J’ai toujours restée la même. Je pense que les gens s’identifient beaucoup à moi. On voit avec ma carrière, qu’il est possible de réussir dans ton hobby, dans quelque chose que tu aimes faire. Quand ils me regardent, je pense qu’ils savent que ça peut arriver. Je pense que c’est ça le succès. Mais c’est vraiment en raison de la proximité avec les gens parce que si je vais jouer à la Côte-Nord, les gens m’invitent à venir manger des toasts chez eux. Alors, il n’y a pas de barrières de vedette avec moi. Je trouve cela le fun d’être proche des gens. J’espère que ce sera comme ça jusqu’à la fin. On est rendu à la 150e représentations, là je suis dans mes pantoufles. Pis ça ne me tente pas d’écrire d’autres affaires parce que je veux savourer.

Bien qu’en entrée de jeu, Philippe Laprise et Pierre Hébert ont annoncé ne pas revenir à la barre de l’animation l’an prochain. On ignore si c’était pour faire rigoler la foule en essayant de trouver de bons remplaçants ou s’ils étaient sérieux dans leurs paroles. Ceci dit, ils ont fait un excellent travail et je serais bien surprise que quelqu’un critique leur travail qu’ils ont mené, à mon humble avis, d’une main de maître.

Crédit photo © François Daoust/MatTv.ca

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