Visionnement : Where’d you go, Bernadette

Des idées sur la glace

© Entertainment One

Par : Normand Pineault

Il y a certaines façons de raconter une histoire qui fonctionnent mieux que d’autres, et le média choisi afin de la raconter permet aussi beaucoup de jeu à un auteur. Chaque média a cependant ses limites lorsque vient le temps d’adapter une œuvre venant d’une autre source, telle que les romans qui font le saut au grand écran. Dans de nombreux cas, beaucoup de détails et de subtilités se perdent ainsi dans la transition, et gâchent souvent l’originalité qu’avait l’œuvre de départ. C’est un peu dans cette catégorie que tombe le film Where’d you go, Bernadette.

Tiré du roman-comédie du même nom sorti en 2012 par l’auteure Maria Semple, ce film prend plus ici la tournure d’un drame social aux multiples personnalités. Il nous raconte la crise existentielle de Bernadette Fox (Cate Blanchett), une mère de famille attentionnée, et architecte agoraphobe à la retraite qui tente tant bien que mal de retrouver la passion de ses jeunes années. Ce n’est qu’avec l’anxiété d’un départ en Antarctique avec sa famille qu’une force la poussera à faire face à ses peurs, et à se redécouvrir en tant qu’artiste avant de sombrer dans la dépression.

Comparativement au livre, où l’histoire nous était contée au travers d’une série de courriels, de mémos, et de réflexions par sa fille Bree, le film suit directement Bernadette, ce qui enlève une bonne partie du mystère de l’intrigue. La réalisation très tranquille et lente de Richard Linklater (Boy Hood, A Scanner Darkly) ne donne également pas de rythme au scénario qui semble simplement s’éterniser plutôt que de prendre vie. Au lieu de nous faire vivre la panique et la tension ressenties par le personnage, nous avons l’impression de n’être qu’un psychiatre à l’écoute de son patient, étendu sur le divan à ses côtés.

Heureusement, la forte performance toute en émotions de Cate Blanchett garde notre intérêt, mais celle-ci ne se démarque pas non plus des autres rôles de l’actrice. Plusieurs autres noms font également partie de la distribution, comme Laurence Fishburne, Judy Greer, Kristen Wiig, Billy Crudup, mais tous sont presque relayés au rang de remplissage d’un film qui dure quand même près de deux heures. L’humour tente sa chance à quelques reprises, mais sans pencher du côté comédie. Le suspense s’essaye à son tour par l’entremise d’un agent du FBI, mais tombe aussi facilement à plat puisque cette intrigue est rapidement balayée de la main. Il est donc difficile de dire quel est le véritable genre de ce film, puisqu’il semble être à l’image même du personnage de Bernadette : encore à la recherche de lui-même.

Where’d you go, Bernadette, en salle partout au Québec dès le vendredi 16 août 2019.

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