Une galère décousue mais divertissante

L’amitié dans toute sa folie et maladresse

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©Andrée-Anne Guy/MatTv.ca

Par : Marie-Claude Lessard

Tapis rouge, bar à bonbons, photomaton…Une ambiance de fête régnait au Théâtre Maisonneuve le 24 novembre à l’occasion de la première montréalaise du très attendu spectacle La Galère sur scène. Trois ans après la fin de la désormais série culte, les inconditionnels peuvent enfin connaître l’évolution de leur quatuor favori. Si le succès mercantile est déjà assuré (l’horaire des représentations s’étire jusqu’en janvier 2018!), en revanche, la qualité de la proposition ne fait pas l’unanimité…

D’entrée de jeu, il faut préciser que les néophytes risquent d’être complètement confus devant cette histoire qui tient pour acquis que les spectateurs présents ont précédemment dévoré les six saisons télédiffusées à Radio-Canada. Depuis qu’elles gravitent dans l’entourage du Premier ministre du Québec, les filles goûtent à la belle vie, à l’exception de Steff (Marilyse Bourke), l’épouse de celui-ci, qui étouffe dans sa vie faussement parfaite.

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Lors d’une soirée mondaine particulièrement arrosée, elle commet, avec l’aide de ses fidèles amies, une bourde épouvantable qui les poussera toutes à s’exiler dans un chalet perdu au fond des bois. À travers les crises de nerfs, les joies et les peines, elle se confronteront à propos de leurs multiples problèmes: l’obsession de Claude (Anne Casabonne) d’être connue, les absences mentales prolongées d’Isa (Geneviève Rochette) en raison de son Alzheimer, les craintes de Mimi (Brigitte Lafleur) concernant les supposées aventures extraconjugales de son chum.

L’adaptation théâtrale sert principalement le côté déjanté, improbable et caricatural de La Galère. L’entièreté des intrigues repose sur des quiproquos clichés farcis de blagues plutôt prévisibles. Le fil conducteur, fort décousu, manque de cohérence puisque le scénario s’éparpille constamment.

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L’auteure, Renée-Claude Brazeau, instaure des idées intéressantes au riche potentiel, mais celles-ci n’aboutissent hélas jamais, submergées trop souvent par des répliques impertinentes qui ne font nullement avancer la trame narrative. Certains dialogues existent dans l’unique but de meubler le temps, faisant en sorte, au final, que le public ne sait pas trop quels messages en retenir. Les enjeux personnels de chaque fille s’embrouillent les uns aux autres jusqu’à perdre leur signifiance et intérêt. Des scènes, comme le skype de Claude, s’avèrent trop burlesques et ridicules, même de la part de cet univers débridé qui a habitué son public à des situations irréalistes.

Par contre, quelques perles d’humour mordantes critiquant la société germent de ce texte brouillon mal structuré. Comme c’était le cas dans l’émission, le personnage de Claude hérite des lignes les plus hilarantes et surprenantes alors que celui de Steff celles des plus acidulée s, comme en témoigne le défoulement collectif au cellulaire lorsque les filles se chicanent avec leurs treize enfants. Un autre moment fort réside dans un monologue de Claude qui, à l’intérieur de sa quête pour se débarrasser de sa progéniture, dénonce habilement les failles de notre système pénal. On perçoit là toute l’ardeur et l’audace de Brazeau, forces qu’on aurait, bien entendu, voulu savourer davantage.

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Heureusement, l’amitié si caractéristique unissant les filles frappe encore la cible. La chimie entre les protagonistes prouve l’importance d’avoir des alliés qui ne nous lâcheront jamais malgré les embûches, les erreurs et les désaccords. Ce lien indestructible est joué de manière fort convaincante par l’ensemble des comédiennes. Marilyse Bourke, à qui revient l’ingrate tâche de remplacer Hélène Florent, tire magnifiquement son épingle du jeu. Certes, un ajustement est de mise lors des dix premières minutes pour les fans de la première heure, mais l’actrice, en ne cherchant pas à imiter les expressions de Florent, saisit parfaitement l’esprit du personnage et s’impose de manière crédible dans cette galère. Elle s’avère spécialement efficace lorsqu’elle est fâchée et déçue. Brigitte Lafleur, de son côté, continue d’offrir une Mimi resplendissante et absolument adorable.

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Savoureusement truculente, Anne Casabonne séduit car elle s’abandonne sans peur dans les remarques assassines et le narcissisme totalement assumé de Claude. Même lorsqu’elle n’est pas au centre d’une scène,  elle vole la vedette par ses expressions faciales et sa démarche langoureuse. Geneviève Rochette, propose, à l’instar de ce qu’elle a fait dans la série, une interprétation touchante et déchirante. Elle ne verse jamais dans le cabotinage lorsque son personnage vit une crise et subit ses répercussions. Son désarroi happe de plein fouet.

Dotée de décors sublimes, d’une mise en scène dynamique signée André Robitaille et d’une distribution toute étoile, La Galère sur scène laisse toutefois une sensation amère en bouche par sa trame narrative décousue et confondante. Or, quelques moments franchement hilarants et des propos acerbes sauvent la mise en rendant le tout divertissant malgré de flagrants défauts.

 

Crédit photo : ©Andrée-Anne Guy/MatTv.ca

Texte révisé par : Bella Richard

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