Un gala sympathique mais conservateur

Le cœur dit oui, la tête dit non

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Par : Marie-Claude Lessard

Cette année, comme thème central, les Galas Juste pour rire explorent certaines des plus grandes rivalités des Québécois. Le 20 juillet dernier, des humoristes bien connus et d’autres issus de la relève ont livré des textes gravitant autour de la pensée rationnelle et l’impulsivité. Bien que fort sympathique et divertissante, cette soirée animée par Laurent Paquin et Cathy Gauthier ne s’est pas avérée assez éclatante pour s’inscrire dans les annales de Juste pour rire.

Pour une rare fois, du moins depuis la dernière décennie, un Gala Juste pour rire a subi un dépouillement scénique d’abord déstabilisant pour ensuite devenir rafraîchissant plus la soirée avançait. Hormis les écrans géants semés un peu partout, les artisans n’ont eu recours à aucun décor, et ont très peu utilisé d’accessoires. Chansons, danseurs et artistes de variétés (sauf un) ont été relégués aux oubliettes. Ce retour aux sources mettant le focus sur le talent brut d’un humoriste s’est révélé une brillante idée convenant parfaitement aux invités sélectionnés.

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Ceci dit, le treizième tour de piste de Laurent Paquin en tant qu’animateur a considérablement été victime de la limite de son thème. Même déclamée par de talentueux humoristes provenant de tout acabit, la décortication du pourquoi les hommes sont plus cartésiens alors que les femmes agissent davantage sous le coup de l’émotion se boucle rapidement. Les spectateurs ont aisément cerné l’importance de ne pas considérer la logique meilleure que l’impulsivité ou vice versa après que deux/trois humoristes leur aient démontré de tout bord tout côté; il n’était pas alors nécessaire de le déclarer pratiquement à tous les numéros. Ajoutons à cela que, de manière générale, les invités ont sombré dans la prudence et le conservatisme. Des blagues controversées et croustillantes divisant les spectateurs, il y en a eu hélas très peu.

Heureusement, le public a été bon joueur, offrant de petites ovations pour pratiquement toutes les prestations, même celles qui ne le méritaient pas réellement. Or, aucun numéro n’a soulevé totalement la foule rassemblée à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. On devra s’abattre sur un autre gala pour des moments cultes mémorables. Partageant une belle chimie, Paquin et Gauthier se sont très bien acquittés de leurs tâches, et ce, malgré l’abus des blagues sur l’agressivité problématique de l’une et la bonhomie exagérée de l’autre, le tout enrobé de pointes clichées et lassantes sur l’embonpoint. Dans leur numéro individuel respectif, ils ont été fidèles à eux-mêmes, c’est-à-dire efficaces, divertissants, mordants et irrévérencieux.

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Révélation du Festival l’an dernier, Simon Gouache a proposé un numéro divertissant et bien rythmé sur sa difficulté à entreprendre des activités qui nécessitent plus de deux étapes! Il a livré une montée de lait hilarante, mais un peu convenue, sur les gars qui se promènent le lunch à l’air dans les vestiaires de gym. Alex Douville,  un autre humoriste de la relève, a raconté son douloureux test neurophysiologique visant à expliquer le manque de sensibilité de son membre viril. Ce qui semblait être un numéro vulgaire sans contenu a dissimulé un brillant commentaire sur les véritables répercussions qu’a l’humour sur les gens qui sont soi-disant ridiculisés. Ce Jean-Marc Parent trash a assurément été le clou du spectacle! Maintenant un habitué des festivals, Olivier Martineau, armé de sa guitare, a proposé un texte quelque peu incohérent qui ne possédait pas de fil conducteur. Sa bouille sympathique et sa capacité d’accrocher le public en s’adressant intensément à lui ont sauvé le numéro.

Dans l’espoir d’aider les gens aux prises avec la même maladie mentale, François Massicotte a confié qu’il a découvert sa bipolarité lors d’un épisode de rage au volant! Humble et touchant, ce numéro a frappé dans le mille et avait plus que sa place dans ce gala! En duo depuis plus de 23 ans, Dominic Sillon et Martin Cloutier sont demeurés bien ancrés dans leur zone de confort. Le numéro a débuté avec Martin qui essaie de convaincre le public que Dominic est le plus cérébral des deux… chose que Dominic a évidemment tôt fait de démentir en enfilant des jokes de céréales, pensant que le titre du gala était Céréale contre Un Pulsif. Léger mais trop prévisible et redondant. Il serait temps que les deux charismatiques amis songent à prendre davantage de risques. Dans la même lignée, Jean-François Mercier est venu parler des attentes liées à son personnage scénique, ce qui a suscité des rires francs. Or, ce début prometteur servait uniquement de prétexte pour que l’humoriste crache son venin sur les personnes laides de ce monde. Il a donc offert du Jean-François Mercier colérique typique sans grande conviction et avec beaucoup de blagues décousues. Dépourvu d’une critique sociale qui a fait la renommée de l’humoriste, ce numéro a amèrement déçu, probablement parce que Jean-François Mercier peut offrir tellement mieux.

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Le seul sketch de la soirée a mis en vedette Carole aide son prochain (Silvi Tourigny), spécialiste en tous genres venue donner des conseils de méditation à Cathy et des idées d’activités simples pour se décoincer à Laurent. Réussi et d’une longueur parfaite, ce numéro s’est soldé par la réjouissante présence de Paul Doucet, notre Georges Sainte-Marie national (Unité 9), qui tente d’oublier Marie Lamontagne dans les bras ternes de Carole!

La finale est malheureusement tombée à plat. Se déblatérant des insultes, Laurent et Cathy accueillaient les critiques de l’autre calmement avant d’aller frapper sur des objets de grandes valeurs comme un vase de porcelaine, un téléviseur et une voiture. Alors que tout le reste du gala transpirait la simplicité, ce numéro détonnait, d’autant plus que, ironiquement, il n’assumait pas pleinement son exubérance.

Bref, malgré quelques petits accros, ce gala a rempli sa mission de divertir et faire quitter le public avec un large sourire.

Texte révisé par : Annie Simard

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